En Corée du Nord, un photographe israélien dépasse la façade
Moshe Shai a pris des photos de l'exposition organisée pour les touristes par le gouvernement répressif et, quand cela est possible, de la vie quotidienne
Pendant des années, Moshe Shai a eu envie de visiter la Corée du Nord. Le mois dernier, il a saisi sa chance, se rendant au royaume ermite en tant que touriste. Le photographe n’avait pas la permission de prendre des photos à volonté mais a proposé de documenter le spectacle que le gouvernement met en place pour les visiteurs et, chaque fois que possible, l’autre facette du pays réprimé.
« Ils vous emmènent dans les endroits où ils veulent que vous preniez des photos, aux expositions. Je savais que je verrais un spectacle là-bas, du paradis, combien il est amusant d’être là-bas, a précisé Shai. Je savais que c’était comme ça et j’ai cherché des endroits où ce n’était pas comme ça. »
Il était en Corée du Nord pendant huit jours le mois dernier avec un petit groupe de touristes. Le groupe a été témoin de défilés et de fêtes dans les rues, mais la tension était palpable, a expliqué Shai, et leurs mouvements ont été étroitement surveillés et contrôlés.
« Vous ne pouvez pas marcher dans la rue, vous ne pouvez pas rencontrer des gens, vous ne pouvez pas sortir pour manger une pizza ou boire une bière. C’était vraiment l’un des voyages les plus étranges que j’ai jamais faits, mais c’était fascinant, a décrit Shai. Vous savez qu’ils vont vous montrer une exposition et cela fait partie de l’idée. »
Le gouvernement veut que les touristes viennent pour les revenus qu’ils représentent, a souligné Shai, et les Israéliens sont autorisés à visiter le pays, même s’ils ne peuvent voir qu’un parcours étroitement contrôlé.
« Même quand vous allez aux toilettes, ils vous suivent, a déclaré Shai. Deux personnes, afin qu’ils puissent se surveiller l’un l’autre. Chacun surveille les autres. »
Le tour du pays a été mené en anglais, langue que les guides parlent très bien.
« Vous leur posez des questions difficiles et ils répondent à tout. Ils croient vraiment en ce qu’ils font, a-t-il déclaré. Ils disent : ‘nous n’avons rien à cacher’. Je leur demande s’ils peuvent se rendre à l’extérieur du pays, ils disent : ‘bien sûr, je peux voyager, mais je n’ai pas le temps’. »
Shai, qui n’a pas eu une autorisation spécifique pour visiter la Corée du Nord en tant que photographe, s’y est rendu avec un appareil photo touristique typique, différent des modèles professionnels plus grands qu’il utilise habituellement.
Il a vu les festivités organisées par le gouvernement pour marquer la fête nationale en l’honneur de Kim Il-sung, le fondateur de la Corée du Nord. Les rues étaient remplies, avec tout de même une forte présence policière.
« C’était une journée libre, tout le monde était heureux, mais vous le voyez. Vous le voyez dans les visages du peuple », a expliqué Shai.
Shai a ajouté qu’il savait à quoi s’attendre et qu’il n’était pas surpris par ce qu’il a vu, à l’exception de quelques signes de normalité, ce qui inclut les taxis qui passaient dans les rues et les grands restaurants raffinés mis en place pour les touristes et les dignitaires étrangers.
Shai a terminé son voyage avant le conflit entre le ministre israélien de la Défense, Avigdor Liberman, et les leaders nord-coréens la semaine dernière. Il a déclaré que les Nord-Coréens avec lesquels il avait été en contact ne connaissaient pas grand-chose sur l’Etat juif et le judaïsme en général.
« Ils savent qu’Israël existe, mais ils n’ont aucune idée de ce que c’est. Ils savent que le judaïsme existe, mais ils n’ont aucune idée de ce qu’est le judaïsme, d’où cela vient, depuis combien de temps, a souligné Shai. Ils ne connaissent tout simplement rien. Ils n’ont pas le choix de croire ou de ne pas croire. »