Les raids aériens sont un obstacle, mais l’Iran tient à s’implanter en Syrie
Israël aurait empêché une attaque de missiles iraniens mardi soir, mais l'Iran a pour objectif stratégique général d'étendre son empire et ne sera pas facilement dissuadé
Il serait prématuré de célébrer ce qui semble avoir été un succès israélien pour déjouer la menace « d’attaque de représailles » lancée par l’Iran sur le nord d’Israël depuis la Syrie. La frappe iranienne au missile qui avait été prévue mardi dans la nuit pourrait avoir été empêchée par le raid mené sur la base de Kisweh, même si on peut présumer que les gardiens de la révolution de la république islamique n’en ont pas encore fini.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, qui est basé à Londres, ce sont au moins 15 personnes qui ont été tuées durant cette frappe nocturne à Kisweh, dont huit Iraniens. Ce qui signifie que la soif de revanche des Iraniens n’a pas été entamée – c’est plutôt complètement le contraire.
Le chef des brigades Al-Quds des gardiens de la révolution, Qassam Soleimani, tentera encore par le biais de ses groupes mandataires en Syrie de régler ses comptes avec l’Etat juif, que ce soit par des missiles ou via une attaque contre les soldats israéliens au Golan, comme celle menée au mois de janvier 2015.
De plus, il faut garder à l’esprit que l’objectif central poursuivi par l’Iran en Syrie n’est pas de mener des représailles contre Israël mais plutôt l’établissement d’une présence militaire permanente. L’Iran n’a aucunement l’intention de mettre un terme à ses efforts dans ce sens, peu importe le nombre de frappes que lancerait potentiellement Israël. L’empire perse est en train de prendre forme devant nos yeux entre Téhéran et la Méditerranée. Toute initiative d’attaquer Israël est une considération marginale si on observe le contexte de ce processus qui a pris des années.
Voilà comment les Iraniens peuvent considérer les activités en cours qui sont attribuées à l’Etat juif en Syrie : Israël n’acceptera pas le transfert d’armes « qui changent la donne » en Syrie à l’usage du Hezbollah ou des Gardiens de la Révolution – ni des missiles à longue portée de type Fateh-110, ni des drones d’attaques pénétrant sur le territoire israélien et empiétant sa suprématie aérienne absolue. Egalement sur la liste des lignes rouges définies par Jérusalem : une présence de milices chiites/du Hezbollah à proximité du plateau du Golan et une présence des forces aériennes iraniennes.
En d’autres mots, les Iraniens auront reconnus que l’inquiétude d’Israël se focalise sur une présence militaire de la République islamique. Mais les ambitions de Téhéran en Syrie ne sont pas seulement militaires par nature. Le pays veut une influence économique et politique dans une zone où son principal adversaire est l’Arabie saoudite. Et il obtient des avancées. Tandis que Ryad encaisse des défaites politiques (cf. les élections parlementaires au Liban) et militaires (cf. Yémen), l’Iran renforce sa prise.
Le croissant chiite dont s’alarmait le roi Abdallah de Jordanie il y a une décennie est en train de devenir un monstre réel. L’Iran obtient une influence croissante dans un corridor qui s’étend de Téhéran à la mer – si ce n’est le plein contrôle. Téhéran continue à remporter des appels d’offres pour faire fonctionner des entreprises de téléphones cellulaire, des mines de phosphate, et pourrait même peut-être prendre la tête (indirectement) d’un port naval.
L’Iran a tenté l’année dernière de louer des terrains à proximité de Tartus pour y installer un port, une initiative qui a été rejetée par Damas qui se trouvait sous une intense pression russe. Mais le régime iranien pense que tout ce qui ne fonctionne pas par le biais des canaux officiels peut toutefois s’accomplir en coulisses. La République islamique prévoit dorénavant de louer ces terres et de mettre en place un port en Méditerranée via un entreprise privée sans lien – au moins pas visiblement – avec le gouvernement iranien.
L’action préventive de mardi soir, qui aurait été menée par Israël et la preuve des capacités immenses des renseignements israéliens qui serait mise en évidence pourrait amener les leaders de Téhéran à réfléchir de façon plus minutieuse à leur menace de représailles – de « revanche », il vaut mieux le souligner, pour un raid présumé israélien mené sur la base aérienne T-4, à partir de laquelle un drone d’attaque avait été envoyé au-dessus de l’Etat juif il y a trois mois.
Soleimani et ses collègues se seront réveillés mercredi matin en ressentant un malaise considérable et avec certaines questions soulevées sur la vulnérabilité de leurs forces en Syrie face aux renseignements israéliens. Ce qui mourrait mener à un changement de tactique.
Mais ne nous y trompons pas. Rien de ce que l’Iran a pu voir jusqu’à présent – et cela comprend l’exposition impressionnante des capacités israéliennes présumées en termes militaires et de renseignements, inhérentes aux frappes aériennes contre ses combattants – n’altérera l’objectif stratégique de Téhéran d’étendre sa sphère d’influence via une expansion économique, politique et militaire en Syrie. L’Iran a l’intention de rester, et à long terme.
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