Analyse

Une réalité à “3 états” émerge avec la mise en place d’une direction Hamas-Dahlane à Gaza

La réconciliation politique dans la bande de Gaza va probablement retarder la guerre contre Israël à court terme, mais entraîner une confrontation plus mortelle par la suite

Mohammad Dahlane en 2006. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)

Samir Mashrawi revient à Gaza. Et son retour suggère qu’un tremblement de terre est sur le point de secouer le territoire palestinien.

Mashrawi est un homme de Mohammad Dahlane, ancien cadre du Hamas et rival de Mahmoud Abbas. Dahlane était le chef de la sécurité préventive du Fatah dans la bande de Gaza, et était autrefois persona non grata pour le Hamas, qui l’a expulsé de Gaza pendant le coup d’état ayant mis le groupe terroriste islamiste au pouvoir.

Mashrawi, vu comme le bras droit de Dahlane et son conseiller crucial pendant les périodes de conflit intense avec le Hamas, était particulièrement haï en raison du rôle central qu’il a joué dans la poursuite des membres du Hamas en 1996 et 1997. Célèbre pour avoir rasé leurs barbes et avoir arrêté ces membres pendant de longues périodes, Mashrawi a été le premier à quitter Gaza quand les tensions entre le Hamas et le Fatah se sont réellement intensifiées, en 2007.

C’est cependant le Hamas qui a annoncé son retour imminent. Ahmad Yusuf, cadre du Hamas, a transmis l’information lundi pendant un entretien avec un journal jordanien. Son retour entre dans le cadre de l’accord qui prend forme entre Dahlane, le Hamas et l’Egypte, officiellement pour surveiller les opérations d’une commission formée pour aider les familles dont des membres ont été blessés ou tués.

Les partisans palestiniens du chef de file du Fatah, Mohammad Dahlane, qui a été expulsé, pendant une manifestation à Gaza Ville, le 18 décembre 2014. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

En réalité, le retour de Mashrawi signifie l’existence d’une réconciliation, non pas entre le Hamas et le Fatah, mais entre le Hamas et la faction du Fatah de Dahlane.

Qu’est-ce que cela veut dire pour Israël ? Trois choses ?

D’abord, comme nous l’avons récemment souligné, le danger d’une guerre entre le Hamas à Gaza et Israël diminue, pour l’instant.

L’accord de réconciliation entre Dahlane et le Hamas, qui est en train d’être négocié entre des cadres du Hamas, les proches de Dahlane et les renseignements égyptiens, devrait permettre l’ouverture du poste-frontière de Rafah entre la bande de Gaza et l’Egypte, a indiqué Yusuf, et la mise en place d’une nouvelle « commission de gestion », en d’autres termes, un nouveau gouvernement de facto pour la bande de Gaza.

Cette commission comprendra bien sûr des représentants du Hamas, d’autres factions palestiniennes de l’enclave, et de Dahlane. Impact attendu : une amélioration des conditions humanitaires à Gaza, ce qui réduira la probabilité d’une guerre.

Ce qui nous amène au deuxième point intéressant Israël : le nouvel accord séparera encore plus la bande de Gaza de la Cisjordanie.

Des camions égyptiens apportent du carburant dans la bande de Gaza par le terminal de Rafah, le 21 juin 2017. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Un état palestinien est en train d’être créé juste devant nos yeux, mais seulement à Gaza, sans aucun lien avec la Cisjordanie. Nous allons voir l’émergence d’une sorte de situation à « trois états », Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Selon Yusuf, le Hamas restera responsable de la sécurité à Gaza, et en parallèle, la nouvelle « commission », avec des représentants de Dahlane, supervisera les relations de Gaza avec le monde extérieur. Des proches de Dahlane seront par conséquent présents au poste-frontière de Rafah.

Malheureusement, le troisième point est que si Rafah est totalement ouvert à la circulation des personnes et des biens, les préparatifs du Hamas pour la guerre seront renforcés. Les hommes de Dahlane n’empêcheront pas l’entrée d’armes ou de terroristes du Hamas dans Gaza.

C’est le piège : le nouvel accord diminue la probabilité d’une guerre avec Israël à court terme, mais ne fait que retarder la prochaine. Le Hamas sera renforcé à long terme, comme sa confiance en lui. Quand elle arrivera, la prochaine confrontation sera prochainement plus mortelle et plus dangereuse pour Israël.

Le nouvel accord marquera le retour de Dahlane au centre de la scène, avec une aura de pouvoir, contrairement à Abbas, perçu comme faible, comme les cadres du Fatah de Cisjordanie.

Nickolay Mladenov en 2013 (Crédit : Marco Castro/Nations unies)

Le Hamas a récemment rejeté un accord de compromis avec l’Autorité palestinienne d’Abbas, proposé par Nickolay Mladenov, envoyé spécial des Nations unies au Moyen Orient, apparemment parce que les possibilités avec l’Egypte et Dahlane sont plus attirantes.

L’accord en cours de négociation, composé de 15 clauses, annonce un changement historique sur le front politique, en pouvant potentiellement officialiser la division entre Gaza et la Cisjordanie.

Il n’y a toujours pas d’amour entre Hamas et Dahlane, c’est un euphémisme, ou entre le Hamas et Mashrawi. Des années d’amertume ne s’évanouiront pas en une nuit. Dès que l’une des parties se sentira menacée par l’autre, la notion de réconciliation disparaîtra, et elles seront à nouveau en guerre. C’est ce qu’il s’est passé il y a dix ans.

Mais pour l’instant, tous les regards se portent sur le retour de Mashrawi.

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