Un photographe israélien tente de trouver du réconfort dans la nature
Frappé par de nombreuses tragédies au cours de sa vie, Tal Paz-Fridman utilise son appareil photo pour trouver la paix
Pendant des années, j’ai cherché une œuvre d’art familiale et abordable à accrocher au-dessus du canapé du salon. Puis j’ai découvert les images saisissantes de Tal Paz-Fridman sur Artfully Walls, un site d’art et de conservation.
Son nom semblait israélien et ses photos – des vagues de la Méditerranée d’un bleu irisé, des feuilles en noir et blanc flottant dans un ciel couleur de craie, d’un enfant jouant dans la mer – m’ont profondément touchée. Elles reflétaient des images et des endroits que je reconnaissais.
Deux gravures représentant des feuilles délicates semblables à des fougères sont maintenant suspendues dans mon salon, mais je n’ai cessé de ressentir depuis l’envie de mieux connaître l’artiste – dont les œuvres représentant la faune et la flore israéliennes ainsi que des avions Hercule traversant le ciel sont disponibles sur plusieurs sites de décoration.
Il aura fallu quelques mois pour convaincre le photographe d’une interview, même s’il répond tout de suite qu’il a « une histoire riche, profondément ancrée dans l’histoire du pays ».
Et il s’avère que c’est la tragédie qu’a vécue Tal Paz-Fridman à l’aube de sa vie qui l’a amené à la photographie.
Une histoire tragique qui commence par un deuil : son père. Amiram, a trouvé la mort alors qu’il était capitaine d’une unité de parachutistes durant la bataille du Sinaï pendant la guerre de Kippour, en 1973. Tal Paz-Fridman avait alors 6 mois.
Cette bataille avait été un élément crucial du conflit. Très peu de soldats y avaient survécu pour témoigner de ce qu’il s’y était passé.
« J’ai vu une photo de lui il y a quelques mois, [prise] la veille de leur départ », raconte Tal Paz-Fridman. « Il avait 26 ans, il savait que quelqu’un devrait prendre la direction des opérations, que ce quelqu’un, ça devait être lui – et il devait penser, ce soir-là, à tout ce qui allait se passer, à l’endroit où il allait emmener ces centaines de soldats. »
La mort de ce père aura résonné de différentes manières sur sa vie – mais, de manière plus déterminante, elle l’aura poussé à s’adonner pleinement à sa passion, la photo.
Son père était originaire du kibboutz Shfaïm, une coopérative agricole connue dans le centre d’Israël, établie sur le littoral méditerranéen par les parents d’Amiram et d’autres pionniers.
Désormais privatisé, ce kibboutz abrite l’une des villas les plus grandioses du pays, un centre commercial et un terrain de golf.
Avec sa mère Gila, fille d’immigrés irakiens, il vivra dans le kibboutz encore deux ans après la mort de son père.
Aujourd’hui âgé de 47 ans, Paz-Fridman a d’abord grandi auprès de sa grand-mère, puis rejoint, avec l’aîné de ses cousins, la maison des enfants, où l’aïeule continue à s’occuper d’eux – elle était chargée de prendre soin des enfants du kibboutz et mena cette mission pendant de longues années.
« Cela a été la première scène de ma vie », s’exclame Paz-Fridman.
« Et le lien que j’entretiens donc avec la famille de mon père est très étroit, et il explique la raison pour laquelle j’ai cette connexion avec le kibboutz, avec ma grand-mère et avec mon cousin ».
Après son installation à Ramat Gan, une ville adjacente à Tel Aviv, avec sa mère, Il continue à passer un week-end sur deux au domicile de sa grand-mère paternelle, au kibboutz, s’imprégnant de ses leçons de vie.
Une grande partie de son enfance s’est déroulée dans l’ombre du deuil de sa mère et de sa recherche d’une nouvelle relation.
Ils vécurent plusieurs années à Dallas lorsqu’elle fréquentait un Israélien qui habitait la ville.
Elle se remarie et donne naissance à une fille, la demi-sœur de Paz-Fridman, qui a onze ans de moins que lui. Mais pendant longtemps, il resta seul aux côtés de sa mère, ajoute-t-il, un duo compliqué, aux relations étroites.
En classe de sixième et de cinquième, alors qu’il rend encore visite régulièrement à sa grand-mère, lui et son cousin vagabondent dans le kibboutz et dans les champs environnants. Le photographe en herbe a toujours un appareil photo à la main.
Au lycée, la photographie devient un passe-temps plus sérieux. Paz-Fridman et un bon ami prennent des photos – tout en faisant attention : les pellicules étaient onéreuses.
Paz-Fridman s’installe ensuite au Canada avec sa mère et sa sœur à la fin de ses années de lycée et étudie deux années dans une université du pays.
S’il est difficile pour lui d’être éloigné de ses amis israéliens, il passe beaucoup de temps à prendre des photos et à apprendre l’art du développement des pellicules.
Ce hobby allait définitivement devenir sa passion lors de son service militaire, passé au grade d’officier au sein d’une unité de renseignement. Avec un appareil 35 millimètres peu sophistiqué, lui et son ami de lycée prennent l’habitude de faire des photos, la nuit, dans des endroits iconoclastes.
« Nous avions beaucoup de talent brut, mais nous ignorions comment parvenir à ce que nous voulions faire », se souvient Paz-Fridman.
Les deux amis voyagent ensuite dans tout l’Etat juif, choisissant des perspectives et des angles sortant de l’ordinaire, photographiant des silhouettes humaines du crépuscule jusqu’à l’aube. Puis, en l’an 2000, ils réunissent enfin leur travail dans un livre présentant leurs clichés au grand public.
Finalement, Paz-Fridman décroche un emploi dans le secteur high-tech, il épouse sa petite amie de lycée et devient l’heureux père de trois enfants. Il abandonne alors la photographie pendant longtemps, jusqu’à ce que le numérique et Instagram ne permettent de nouvelles possibilités – que ce soit pour prendre des photos, les présenter au public et les vendre.
La facilité avec laquelle il a pu prendre des photographies, en s’immergeant dans cette expérience, l’a ramené à sa passion de longue date. Il a également trouvé de nouveaux moyens de commercialiser ses œuvres en les vendant via des galeries en ligne et des sites artistiques.
Finalement, Paz-Fridman puise encore sa motivation dans le plaisir qu’il trouve aux différents stades de la photographie et en sortant au grand air, dans tout le pays, pour capturer sur un cliché ce que la nature lui donne à voir.
« J’ai toujours aimé cette capacité à me retrouver avec moi-même dans la photographie », explique-t-il. « Je peux sortir et je n’ai à interagir avec personne. Je peux être enfin avec moi-même uniquement. Et pour moi, l’appareil photo n’est qu’une partie de l’expérience ».
Paz-Fridman explique qu’il est souvent insatisfait de ses clichés, même s’il est conscient qu’ils ont de la valeur et que le public peut créer son propre lien avec l’image.
« Ils ont une résonance donc je les laisse entrer dans l’expérience que j’ai vécue », dit-il. « Je le fais pour moi et je partage ».
Il dit être toujours en quête du « moment décisif » lorsqu’il parvient à immortaliser ce qu’il a vu.
« Je me qualifie de documentariste créatif », dit-il.
« Je ne recadre pas et ce que vous voyez, c’est ce que j’ai capturé – c’est mon interprétation. Ce n’est que moi, et c’est là que je suis le plus à nu. C’est quand je suis dans mon élément, quand je me sens le plus moi-même, dans ma nature, avec mes pensées, avec ma manière de faire », ajoute-t-il.
De manière ironique, la majorité des acheteurs sur les sites en ligne ignorent que les sites et les personnes présentés sur les images sont israéliens.
« Ils voient des palmiers, la mer et la chaleur, et ils adorent le côté exotique de ça », clame-t-il. « Ils adorent l’eau chaude parce que, sans doute, ils vivent là où il fait froid ».
De nombreux clients sont également friands de ses photographies d’avions-chasseurs prises lors du spectacle aérien organisé chaque année pour la Journée de l’indépendance – une thématique qu’il explique par son amour inné pour les avions.
Les clichés dépeignent des scènes de la vie israélienne de base, des lieux familiers à Paz-Fridman, comme sa propre arrière-cour.
L’artiste aimerait bien également faire des photographies ailleurs, en particulier dans des zones reculées dont les petites habitations feraient renaître le souvenir de la maison de sa grand-mère, au kibboutz ; dans des secteurs où il n’y aurait pas de clôture, où la confiance régnerait – ce sentiment qu’il garde en lui et qui lui permet de se sentir en sécurité.
« C’est drôle de voir les différences entre notre monde et le leur », constate Paz-Fridman, évoquant ses photos et ses clients. « Je veux que vous regardiez ma photo et que vous y voyez des choses différentes à chaque fois que vous la regardez de nouveau ».
comments