Abbas prépare son successeur à prendre des mesures spectaculaires contre Israël
Le leader de l'AP, 82 ans, n'a pas donné suite aux menaces de suspendre la reconnaissance d'Israël, mais prépare le terrain pour que son futur remplaçant le fasse
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Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a passé une bonne partie de sa carrière politique à maintenir le statu quo avec Israël, malgré l’opposition populaire palestinienne face au statut des relations actuelles.
Bien sûr, le leader de l’Autorité palestinienne a menacé avec passion de suspendre des accords : il a ainsi menacé d’interrompre à maintes reprises la coordination sécuritaire avec l’Etat juif et a averti plusieurs fois qu’il dissoudrait les accords d’Oslo qui garantissent la reconnaissance palestinienne de l’Etat d’Israël.
Mais son échec répété à agir suite à cette rhétorique enflammée donnait l’impression que Mahmoud Abbas, même s’il était furieux, ne donnerait jamais de suite à ses menaces.
Puis est venu le discours désormais célèbre d’Abbas ce dimanche, dans lequel il a souligné que son règne long de 13 ans touchait peut-être à sa fin, alors que le leader de l’AP est âgé de 82 ans. Abbas lui-même a fait remarquer que ce discours à ce congrès pourrait être le dernier.
Mais dans ce supposé chant du cygne qui s’ensuit des résolutions du Conseil central de l’Organisation de libération de la Palestine (PCC), le leader palestinien vieillissant a solidement ancré les bases des mesures de son successeur – qui qu’il soit – afin qu’il mette fin aux accords existants entre l’AP et Israël.
Les Palestiniens menacent d’annuler la reconnaissance d’Israël
La volonté et le consensus des dirigeants palestiniens basés en Cisjordanie ont radicalement évolué au cours des deux dernières années.
En 2015, lorsque le PCC – le deuxième plus haut organe de décision de l’OLP – s’est réuni pour la dernière fois, sa décision la plus fracassante a été de suspendre la coordination sécuritaire avec Israël. Une décision qui n’a, sans explication, jamais été mise en œuvre.
Deux ans plus tard, lundi, le PCC votait non seulement pour renouveler sa décision de mettre fin à la coordination sécuritaire avec l’Etat juif, mais il recommandait également que la direction palestinienne suspende la reconnaissance d’Israël jusqu’à ce que les Israéliens reconnaissent l’Etat palestinien, mettent fin à leur annexion de Jérusalem-Est et stoppent l’activité des implantations.
Le PCC a également déclaré que les accords d’Oslo – la base de la coopération entre Israël et les Palestiniens – « ne tenaient plus », arguant qu’Israël n’a pas respecté ses obligations, libérant ainsi les Palestiniens des leurs.
Abbas a soutenu les décisions du PCC.
Et ce faisant, le chef de l’AP a affuté les outils qui permettront de démembrer le statu quo qu’il a si soigneusement protégé.
Que se passe-t-il ensuite ?
Les conséquences de l’annulation des accords d’Oslo et de la suspension de la reconnaissance d’Israël ne sont pas claires.
Ni les dirigeants palestiniens ni le gouvernement israélien n’ont présenté une vision de ce à quoi ressemblerait un monde post-Oslo.
Les accords d’Oslo ont créé l’Autorité palestinienne, chargée de gérer une grande partie de la vie quotidienne en Cisjordanie. L’AP est l’organe palestinien reconnu avec lequel Israël travaille afin de coordonner la sécurité, de garantir les intérêts économiques communs et de distribuer les ressources telles que l’électricité et l’eau.
Comment tout cela pourrait fonctionner en sortant des accords d’Oslo reste une énigme.
De plus, Abbas est le dernier dirigeant palestinien de la génération qui a créé le mouvement national palestinien et contrôlé l’OLP depuis les années 1960. En conséquence, il a bénéficié d’une influence politique afin de repousser la pression publique pour des mesures drastiques et pour atténuer le pouvoir de ses rivaux.
Celui qui remplacera Abbas ne jouira probablement pas d’un tel droit de veto. Son successeur prendra les rênes du leadership palestinien en sachant clairement que ses pairs soutiennent un retrait des accords d’Oslo.
Si le successeur d’Abbas souhaite réaliser ces mesures, il aura la légitimité pour le faire.
Et même si son successeur s’oppose personnellement à de tels desseins, s’opposer à l’annulation de la reconnaissance d’Israël par les Palestiniens sera plus compliqué dans un monde post-Abbas.
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