Antisémitisme: 2 jours après sa réintégration, un élu du Labour encore suspendu
Chris Williamson, un proche de Corbyn, a de nouveau été suspendu dans l'attente d'une décision définitive ; des cadres du parti avaient dénoncé sa réintégration

Vendredi, le parti travailliste britannique a réimposé la suspension d’un député deux jours après qu’elle a été levée, à la suite d’un tollé entourant la gestion par le parti des plaintes d’antisémitisme.
Chris Williamson, un allié de Corbyn, avait été filmé en février en train de dire lors d’un meeting politique que le parti s’était « trop excusé » et avait « cédé trop de terrain » dans sa réaction aux accusations d’antisémitisme.
Il avait été réintégré mercredi après avoir été suspendu dans le cadre d’une procédure d’évaluation de son comportement.
Pourtant, un membre du comité qui avait permis le retour de Chris Williamson dans le parti, le député Keith Vaz, a déclaré qu’il avait le sentiment que la décision devait être réexaminée.
Après les commentaires de Keith Vaz, la secrétaire générale du Parti travailliste, Jennie Formby, a déclaré au comité exécutif de la formation que le cas de Chris Williamson serait à l’ordre du jour de la prochaine rencontre du comité chargé de trancher les conflits internes, a rapporté le quotidien The Guardian.
« En conséquence, le député n’est pas réintégré puisque la décision n’a pas été tranchée », a déclaré une source à la BBC.
L’élu du Derby North a tweeté vendredi qu’il est « naturellement préoccupé par le manque de procédure précise et de cohérence avec lesquels mon cas est traité ».
WATCH: Chris Williamson tells a Sheffield Momentum meeting that Labour has been "too apologetic" about anti-Semitism… pic.twitter.com/zxtKdHQPvw
— Liz Bates (@wizbates) February 26, 2019
Environ 90 membres importants du Labour ont demandé à son dirigeant, Jeremy Corbyn, d’expulser Chris Williamson.
Leur demande est intervenue peu après que le parti a levé la suspension de l’élu mercredi – les travaillistes étaient divisés sur les accusations selon lesquelles le parti serait devenu hostile aux Juifs sous la direction de son leader très à gauche, un critique sévère d’Israël et un soutien de longue date de la cause palestinienne.
L’élu Tom Watson a publié un communiqué signé par 90 élus travaillistes sur Twitter jeudi, appelant Corbyn à « faire preuve de leadership en demandant à revenir sur cette décision inappropriée, blessante et nuisible à la réputation du parti ».
Les signataires, parmi lesquels on retrouve des députés, ont déclaré qu’ils se sentaient « blessés et en colère » après la décision et qu’elle soulevait des questions sur « l’équité de la procédure ».
« Pour nous, il est clair que la procédure disciplinaire du Parti travailliste reste entachée par une interférence politique. Cela doit cesser. Nous avons besoin d’une procédure véritablement indépendante », pouvait-on lire dans la lettre.
Cette dernière notait que l’affaire était « particulièrement importante » à cause de l’enquête en cours sur l’antisémitisme au sein du Parti travailliste par la Commission sur l’égalité et les droits humains au Royaume-Uni, une institution gouvernementale de veille chargée d’enquêter sur des milliers de cas de propos antisémites au sein des rangs du parti depuis 2015.
« Au final, c’est à Jeremy Corbyn de décider si Chris Williamson reste un élu travailliste ou non. Il doit l’exclure immédiatement si nous voulons garder l’espoir de convaincre quiconque que le Parti travailliste prend la question de l’antisémitisme au sérieux », pouvait-on lire dans la lettre.
Statement on Chris Williamson pic.twitter.com/WGYx9os2A0
— Tom Watson (@tom_watson) June 27, 2019
Watson a déclaré à Sky News qu’il était « perplexe » sur la réintégration de Williamson et que les signataires de la lettre étaient « choqués par cette décision parce que nous connaissons l’offense causée par Chris Williamson à la communauté juive en Grande-Bretagne ».
« Quiconque faisant des remarques antisémites devrait s’attendre à être au moins réprimandé et, s’ils sont très sérieux et s’engagent dans des activités antisémites, alors ils seront expulsés du parti », a-t-il été cité par Sky.
Depuis son élection à la tête du Parti travailliste en 2015, Corbyn fait face à plusieurs accusations sur son attitude critique envers Israël et sa supposée tolérance de l’antisémitisme qui aurait instillé une haine des Juifs au cœur du parti.
En 2009, Corbyn a qualifié le Hamas et le Hezbollah d’amis et a déclaré que le Hamas cherchait à obtenir la paix et la justice. En 2013, il a défendu une fresque murale antisémite. En 2014, il a déposé des fleurs sur les tombes de terroristes palestiniens ayant assassiné des athlètes israéliens aux JO de Munich en 1972. L’année suivante, il a déclaré que les « Sionistes » britanniques ne comprennent pas l’ironie britannique.
En février, Williamsom a réservé une salle au Parlement pour la projection d’un film de la militante Jackie Walker intitulé la « Chasse aux sorcières » sur sa suspension du Parti travailliste pour antisémitisme.
Plus tôt ce mois-là, neuf élus ont quitté la formation, critiquant la gestion de l’antisémitisme par les responsables du parti. L’une d’entre eux, Luciana Berger, a tweeté, en réponse aux propos de Williamson : « C’est ce que j’ai laissé derrière moi. C’est toxique ».
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