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"Qu'il ait au moins l'air de le vouloir"

Antisémitisme : Le Labour accusé de laissez-faire depuis l’arrivée de Corbyn

"Jeremy Corbyn n'a pas su prendre de mesures significatives et a laissé un espace aux racistes", a déclaré Jonathan Arkush, président du Board of Deputies of British Jews

Des membres de la communauté juive organisent une manifestation contre Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste de l'opposition britannique, et contre l'antisémitisme au sein du parti, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (AFP/Tolga Akmen)
Des membres de la communauté juive organisent une manifestation contre Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste de l'opposition britannique, et contre l'antisémitisme au sein du parti, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (AFP/Tolga Akmen)

Le Parti travailliste, principal parti d’opposition au Royaume-Uni, est en plein tumulte, accusé de ne pas combattre assez vigoureusement l’antisémitisme en son sein, des accusations qui poursuivent Jeremy Corbyn depuis qu’il est chef du parti.

Depuis son arrivée à la tête du Labour en septembre 2015, plusieurs membres du Parti travailliste ont été suspendus, expulsés ou forcés de démissionner pour avoir fait des déclarations antisémites, ce qui n’empêche pas Corbyn et ses soutiens d’extrême-gauche d’être accusés de complaisance.

La démission de Christine Shawcroft, une responsable qui avait demandé la réintégration d’un membre accusé d’antisémitisme, est le dernier épisode en date d’une crise qui a culminé avec une manifestation inédite lundi contre Corbyn.

« Jeremy Corbyn n’a pas su prendre de mesures significatives et a laissé un espace aux racistes », a déclaré devant environ 1 500 manifestants Jonathan Arkush, président d’une organisation représentative de la communauté juive, le Board of Deputies of British Jews.

« Trop c’est trop », a-t-il entonné, avertissant que les juifs « désertaient » le Parti travailliste.

L’organisation avait au préalable, avec une autre organisation juive, le Jewish Leadership Council, publié une lettre ouverte au ton exceptionnellement critique, dans laquelle ils accusaient Jeremy Corbyn de se trouver régulièrement « du côté des antisémites ».

Ces accusations poursuivent Corbyn depuis qu’il dirige le parti.

Immédiatement après sa victoire, il avait été forcé de s’expliquer pour avoir qualifié d’ « amis » le mouvement terroriste islamiste du Hamas et le mouvement terroriste chiite libanais du Hezbollah lors d’une discussion sur les perspectives de paix au Proche-Orient.

Autorité morale contestée

Ken Livingstone at the annual meeting of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, in 2008. (photo credit: CC-BY-SA World Economic Forum, Wikipedia)
Ken Livingstone à Davos, en 2008. (Crédit : CC-BY-SA World Economic Forum, Wikipedia)

Un an plus tard, l’un de ses principaux alliés, l’ancien maire de Londres Ken Livingstone, avait déclaré qu’Hitler « soutenait le sionisme avant de devenir fou et de finir par tuer six millions de Juifs ».

La remarque avait causé l’indignation et Livingstone avait été suspendu du parti.

Autre coup dur pour Corbyn, les déclarations controversées d’un de ses grands soutiens, le réalisateur Ken Loach, dans une interview de la BBC en septembre 2017.

Lorsqu’on lui a demandé si la négation de l’Holocauste était acceptable, Ken Loach a déclaré : « L’Histoire est là pour être discutée ». « La fondation de l’Etat d’Israël, par exemple, basée sur le nettoyage ethnique, est là pour être débattue par nous tous ».

Le réalisateur avait plus tard clarifié ses propos en disant que l’Holocauste était « un événement historique aussi réel que la Seconde Guerre mondiale elle-même et ne devait pas être contesté ».

La dernière crise frappant le Labour a débuté la semaine dernière, lorsque Corbyn a été contraint de s’excuser pour une publication sur Facebook qu’il avait écrite en 2012 en soutien à un artiste de rue dont la fresque comportant des symboles clairement antisémites devait être retirée à la suite de plaintes.

Pour Robert Shrimsley, directeur de la rédaction du Financial Times, Corbyn et ses partisans ont « ignoré et nié » l’antisémitisme dans le parti jusqu’à la semaine dernière.

« M. Corbyn peut encore résoudre ce problème mais il faut qu’il ait au moins l’air de le vouloir », écrit-il.

La Une du Jewish News après son interview avec Jeremy Corbyn (Crédit : capture d’écran Jewish News)

Le Guardian, quotidien de gauche, estime pour sa part que « Jeremy Corbyn ne dirige pas un parti antisémite » mais qu’il est « trop complaisant » face à un problème « qui menace son autorité morale ».

Jeremy Corbyn a tenté d’éteindre l’incendie en donnant une longue interview à Jewish News [partenaire du Times of Israël] jeudi. Il y indique qu’il y a eu 300 signalements pour antisémitisme au sein du parti depuis 2015 et que 150 personnes ont été exclues ou ont démissionné.

« Je ne suis pas un antisémite, je ne l’ai jamais été, je ne le serai jamais », a-t-il affirmé, défendant son bilan.

Mais le journal n’a pas été convaincu, et proclamait à sa Une : « Nous avons donné une chance à Jeremy Corbyn pour réparer les dégâts mais ses réponses n’étaient tout simplement … PAS ASSEZ BONNES ».

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