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Après la Seconde Guerre mondiale, elle reçoit la légion d’honneur… à 102 ans

Geneviève Callerot et sa famille ont fait passer des juifs et aussi toute autre personne qui voulait entrer en zone libre

Genevieve Callerot, 102 ans pose avec sa Légion d'honneur dans le jardin de sa ferme, à Saint-Aulaye, dans le sud-ouest de la France, le 25 août 2018 (Crédit : AFP / MEHDI FEDOUACH)
Genevieve Callerot, 102 ans pose avec sa Légion d'honneur dans le jardin de sa ferme, à Saint-Aulaye, dans le sud-ouest de la France, le 25 août 2018 (Crédit : AFP / MEHDI FEDOUACH)

« Je n’en voulais pas », soutient Geneviève Callerot qui a finalement changé d’avis. A 102 ans, elle a reçu vendredi la légion d’honneur mais à une condition : que sa famille y soit associée car ils ont tous fait passer en zone libre plus de 200 personnes durant le Seconde Guerre mondiale.

« Je n’en voulais pas parce qu’il y a des tas d’autres gens qui la méritaient beaucoup plus et puis j’ai réfléchi, je vais quand même la prendre en association avec mes parents, mes frères et soeurs », justifie la centenaire avec ses lunettes autour du cou et ses prothèses auditives.

De la Dordogne occupée, ils font passer des juifs bien sûr et aussi toute autre personne qui voulait entrer en zone libre. Les gens qui arrivaient chez eux à Saint-Aulaye, entre Libourne (Gironde) et Périgueux, étaient trop épuisés pour repartir le jour même.

Ils les accompagnaient le lendemain, toujours entre 12H00 et 14H00. « Au début on comptait. Il y en a eu plus de 200, c’est sûr », précise Geneviève qui en garde de nombreuses anecdotes.

« J’ai fait passer une femme et j’étais assez furieuse. Elle est arrivée en short rouge et en blouse jaune. Jamais personne n’a eu de short ici, en plus en rouge et jaune, ça se voyait à un kilomètre. Je lui ai fait mettre une jupe foncée, elle était furieuse mais j’ai tenu bon », se souvient-elle.

« Pourquoi elle passait ? Je l’ai su plus tard. Elle était juive et sa tête était mise à prix. C’était la femme d’un médecin qui n’était pas juif », précise celle qui avait alors une vingtaine d’années.

« Une combattante de l’ombre »

Mais ce n’est pas sans risque. La jeune femme est arrêtée à trois reprises. « La première fois, j’étais sur la route avec ma bicyclette », raconte Geneviève qui portait toujours un sac d’orties et une faucille au cas où elle serait contrôlée par les Allemands.

« J’ai expliqué à grand renfort de cocorico et de coin coin que je ramassais des orties parce qu’ils nous prenaient tout. Je ne sais pas s’il a compris que je ramassais des orties pour nourrir mes coin coin et mes cocorico ! », sourit la centenaire qui monte toujours sur son tracteur pour faucher l’herbe et aime marcher pieds nus.

La troisième fois, elle a passé trois semaines en prison à Libourne : « Je ne faisais pas passer que des évadés. C’était une cousine de ma mère qui avait 56 ans et un jeune homme de 17 ans qui revenait de vacances ».

« Quand on a été arrêtés, on était dans les bois. J’ai dit que j’allais voir mon fiancé. J’ai inventé un fiancé, Jacques Martin. Le temps qu’ils répertorient tous les Martin de France… », se rappelle Geneviève avec ses yeux bleus rieurs.

Née en 1916 comme son mari, elle est l’aînée d’une fratrie de cinq enfants. Il ne lui reste aujourd’hui que son frère Etienne Morise, 83 ans. « Dix-neuf ans de moins que ma soeur », précise-t-il, « fier » qu’elle ait eue la légion d’honneur.

« Elle a fait beaucoup de résistance pendant la guerre. Ce n’était pas une guerrière mais c’était une combattante, une combattante de l’ombre. Elle a pris beaucoup de risques, mon père et sa soeur aussi », estime le petit frère aux cheveux tout aussi blancs que sa soeur.

En 1957, Geneviève s’installe dans une ferme, toujours à Saint-Aulaye, avec son mari qui ne veut plus être architecte mais agriculteur.

Ses trois enfants élevés et à l’heure de la retraite, elle commence à écrire, à 63 ans, des « romans paysans ». Son sixième livre, qu’elle vient de recevoir, sortira prochainement : « Deux filles sous la botte, chronique d’une famille pendant l’occupation ».

A partir de 600 lettres échangées pendant la guerre, la romancière a écrit ce récit avec l’aide d’Agnès Gillain « parce que bientôt personne ne pourra plus dire : ‘j’ai vu… j’y étais…’ « 

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