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Attentat de l’Amia en Argentine : drame, polémiques et 23 ans sans condamnation

Aucun responsable n'a été arrêté ou jugé ; les soupçons se portent sur l'Iran et sur le Hezbollah

Le centre juif de l'AMIA à Buenos Aires après l'attentat du mois de juillet  1994 (Crédit: Cambalachero/Wikimedia commons)
Le centre juif de l'AMIA à Buenos Aires après l'attentat du mois de juillet 1994 (Crédit: Cambalachero/Wikimedia commons)

L’attentat de 1994 contre les institutions juives d’Argentine n’en finit pas de donner lieu à des rebondissements, dont le récent mandat d’arrêt contre l’ex-présidente Cristina Kirchner pour entrave à l’enquête, mais toujours sans aucune condamnation 23 ans après.

Deux anciens présidents sont accusés d’avoir fait piétiner les investigations, un procureur a mystérieusement disparu et plus de deux décennies après les faits, aucun responsable n’a été arrêté ou jugé, même si les soupçons se portent sur l’Iran.

L’attentat

Il est connu en Argentine comme l’attentat de l’Amia (Association mutuelle israélite argentine), mais il visait aussi les institutions juives d’Argentine, situées dans le même bâtiment du quartier commerçant d’Once, dans le centre de Buenos Aires.

Le 18 juillet 1994, une bombe a pulvérisé l’immeuble. Les secouristes retrouveront 85 corps dans les décombres, et 300 blessés, l’attaque la plus meurtrière contre la communauté juive depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’attentat n’a jamais été revendiqué, ni élucidé, mais Israël accuse Téhéran d’être le commanditaire.

Dans un contexte de tension entre Israël et l’Iran, deux attentats ont été commis à Buenos Aires, car le 17 mars 1992 c’est l’ambassade d’Israël qui avait été visée par une explosion (29 morts et 200 blessés).

L’Argentine abrite la deuxième communauté juive d’Amérique, après celle des Etats-Unis.

Deux accusations d’entrave à l’enquête

– La première est dirigée contre Carlos Menem, président de 1989 à 1999, le magistrat en charge de l’enquête pendant dix ans Juan José Galeano, l’ancien chef des services de renseignement de l’époque, Hugo Anzorreguy, et un ancien dirigeant de la communauté juive. Le magistrat est par exemple accusé d’avoir remis un pot-de-vin en échange de faux témoignages.

– La deuxième accusation d’entrave porte sur un pacte scellé après les faits entre l’Iran et le gouvernement de Cristina Kirchner, 17 ans après les faits. Comme l’Argentine ne parvenait pas à obtenir l’extradition des suspects iraniens, l’administration Kirchner a imaginé un plan pour que des magistrats se rendent à Téhéran pour les interroger.

L’accord passé avec le régime iranien avait été approuvé par le Parlement argentin, contre l’avis de l’opposition, qui est désormais au pouvoir à Buenos Aires. L’accord est resté lettre morte car le Parlement iranien ne l’a pas adopté. Classée sans suite en 2015, l’enquête pour entrave à l’enquête a été rouverte début 2017 par le juge Bonadio, qui a récemment inculpé Mme Kirchner.

Le mystère Nisman

Alberto Nisman (Crédit : capture d’écran YouTube)

En charge de l’enquête pendant 10 ans, le procureur Alberto Nisman avait été nommé par Nestor Kirchner, président de 2003 à 2007, pour enfin élucider l’affaire. Il a lancé des mandats d’arrêt internationaux contre plusieurs dirigeants iraniens. Parmi eux, l’ambassadeur d’Iran en poste à Buenos Aires au moment de l’attentat, Hadi Soleimanpour, a été interpellé à Londres, avant d’être relâché par la justice britannique faute de preuves.

Opposé au pacte avec les Iraniens, Nisman a accusé en 2015 Cristina Kirchner d’entrave à l’enquête. Quatre jours plus tard, il était retrouvé mort dans son appartement de Buenos Aires, une balle dans la tête. Le lendemain, il devait justifier ses accusations devant les parlementaires, lors d’une session spéciale.

Les suspects

Outre l’ambassadeur Hadi Soleimanpour, Buenos Aires avait demandé l’extradition de l’ancien diplomate iranien à Buenos Aires Moshen Rabbani, du vice-président Ali Akbar Rafsanjani (1989-1997), des anciens ministres des Renseignements Ali Fallahijan, de la Défense Ahmad Vahidi et l’ex-patron de la Garde révolutionnaire Mohsen Rezai.

D’après Nisman, l’Iran a commandité l’attentat de l’Amia, exécuté en Argentine par des hommes du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

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