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Au Liban, pays de leur mère, ils manifestent mais n’ont pas la nationalité

"Nous ne réclamons pas la naturalisation de tous les Palestiniens, uniquement ceux nés d'une mère libanaise. C'est un droit naturel", s'indigne Samer.

Des manifestants scandent des slogans pendant des manifestations anti-gouvernement devant la banque centrale du Liban à Beyrouth, le 28 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)
Des manifestants scandent des slogans pendant des manifestations anti-gouvernement devant la banque centrale du Liban à Beyrouth, le 28 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

Enveloppée dans le drapeau du Liban, Dana manifeste chaque jour depuis trois semaines contre la classe dirigeante libanaise, jugée corrompue et incompétente. Si son coeur bat au rythme de la « révolution », la jeune femme n’est toutefois pas libanaise.

Dans un pays où la mère ne peut pas transmettre la nationalité à ses enfants, Dana, née de mère libanaise et d’un père étranger, fait partie des milliers de jeunes, privés des droits liés à la nationalité, qui font resurgir leur revendication au sein du mouvement de contestation inédit qui agite le Liban.

« Je suis née à Beyrouth, mon père est Syrien mais mes parents ont divorcé avant ma naissance. J’ai grandi ici avec ma mère », raconte cette protestataire de 22 ans qui bat le pavé chaque jour depuis le 17 octobre sur la place Riad el-Solh, l’un des épicentres des manifestations à Beyrouth.

« Je me perçois comme libanaise, mais ils ne veulent pas reconnaître mon identité », ajoute-t-elle en référence aux responsables qu’elle qualifie de « patriarcaux » et « racistes ».

« Cela n’a pas été sans impact sur ma psychologie et la construction de mon identité », déplore la jeune femme.

Comme elle, Omar a rallié la contestation dans l’espoir d’un « renouveau » dans un pays où la classe dirigeante est restée quasiment inchangée depuis la fin de la guerre civile (1975-1990).

Né d’un mariage libano-syrien, cet adolescent de 17 ans dit « avoir été une seule fois en Syrie ». Mais chaque année, il doit renouveler son permis de séjour auprès de la Sûreté générale.

« Nous sommes traités comme des étrangers. C’est humiliant ! », s’exclame-t-il, brandissant le drapeau national frappé du cèdre vert.

Un homme brandit un drapeau du Liban durant une manifestation sur l’autoroute qui relie Beyrouth à Tripoli, pendant des manifestations contre l’augmentation des impôts et la corruption au sein du gouvernement, le 26 octobre 2019. (Crédit : JOSEPH EID / AFP)

Avec une loi en vigueur depuis 1925, le Liban est à la traîne dans la région : L’Algérie, l’Égypte, le Maroc, la Tunisie ou le Yémen accordent des droits égaux en matière de transmission de la citoyenneté. En Irak et en Mauritanie, la condition est de ne pas être né à l’étranger.

« Nous avons besoin (de la nationalité) pour travailler (sans devoir obtenir au préalable un permis), inscrire nos enfants à l’école, bénéficier de la sécurité sociale », énumère Samer, 33 ans, né d’un père palestinien et lui-même père de trois enfants.

Mais les autorités libanaises rechignent à amender la loi, malgré les appels répétés de la société civile.

L’argument avancé ? La crainte d’un déséquilibre démographique et confessionnel –à travers notamment des mariages blancs–, en cas de naturalisation d’une partie des 1,5 million de Syriens et des quelque 174.000 Palestiniens majoritairement sunnites établis au Liban, selon les estimations officielles.

Dans ce petit pays multiconfessionnel d’environ 4,5 millions d’habitants, le système politique repose sur un partage communautaire du pouvoir.

En 2018, le chef de la diplomatie, Gebran Bassil, avait envisagé de présenter un projet de loi accordant ce droit uniquement aux Libanaises mariées à des étrangers non palestiniens ou syriens.

« C’est du racisme », déplore Randa Kabbani, coordinatrice de la campagne « Ma nationalité, ma dignité » qui réclame depuis 2011 une révision légale.

Sur les quelque 10.000 ménages concernés recensés par la campagne, environ 60% sont syriens, 10% sont égyptiens et 7% palestiniens. Les autres sont Jordaniens, Irakiens, Européens ou Américains. « Environ 80% sont musulmans contre 20% de chrétiens », indique Mme Kabbani.

« Nous ne réclamons pas la naturalisation de tous les Palestiniens, uniquement ceux nés d’une mère libanaise. C’est un droit naturel », s’indigne Samer.

Réclamant notamment une refonte du système confessionnel, la contestation a fait ressurgir cette revendication.

Les manifestants scandent des slogans anti-gouvernement à Beyrouth, au Liban, le 20 octobre 2019 (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)

« Je ne peux pas avoir la nationalité de ma mère mais je peux défendre sa révolution », pouvait-on lire sur une pancarte lors d’une manifestation.

« Avant le mouvement, les femmes avaient presque honte d’en parler. Aujourd’hui, elles clament haut et fort leur droit », se félicite Randa Kabbani.

Dimanche, des centaines de manifestants ont participé à une marche organisée par « Ma nationalité, ma dignité » à Beyrouth.

Une tente baptisée du nom de la campagne a été érigée par des volontaires à Riad el-Solh.

Aux heures creuses du mouvement, Dana y anime des discussions pour promouvoir « le combat auprès d’autres manifestants », dit-elle.

Mais la jeune femme ne se fait pas d’illusion. Sans changement radical à la tête du pays, il n’y aura point de dénouement positif : « Le jour où de nouveaux dirigeants dignes de ce nom arriveront au pouvoir, l’amendement légal passera comme une lettre à la poste ».

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