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Barzani tient au référendum au Kurdistan irakien malgré les pressions

Malgré l'opposition de l'ONU, des Etats-Unis, de l'Iran, de l'Irak et de la Turquie, les Kurdes devraient se prononcer demain sur leur indépendance

Massoud Barzani, président de la région autonome du Kurdistan irakien. (Crédit : Facebook)
Massoud Barzani, président de la région autonome du Kurdistan irakien. (Crédit : Facebook)

Le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a martelé vendredi son intention de tenir lundi son référendum d’indépendance mais les négociations se poursuivent pour tenter de le faire changer d’avis.

Alors que le dirigeant kurde multiplie les meetings populaires dans les principales villes de la région autonome et dans la province disputée de Kirkouk, les pressions et menaces internationales s’intensifient pour annuler cette consultation qui pourrait entraîner des troubles dans le pays.

« Maintenant le référendum n’est plus entre mes mains, ni entre celles des partis [politiques], il est entre les vôtres », a-t-il lancé lors de son dernier meeting devant des milliers de personnes réunies au stade de football d’Erbil.

« Nous sommes prêts à un dialogue sérieux […] avec Bagdad, mais après le 25 septembre, parce que maintenant c’est trop tard » a-t-il ajouté.

Cependant les pressions et les négociations se poursuivent pour le faire changer d’avis, ont indiqué à l’AFP des responsables proches des discussions.

Kurdes irakiens devant le parlement de la région autonome du Kurdistan, à Erbil, le 15 septembre 2017. (Crédit : Safin Hamed/AFP)
Kurdes irakiens devant le parlement de la région autonome du Kurdistan, à Erbil, le 15 septembre 2017. (Crédit : Safin Hamed/AFP)

« Rien n’est bouclé, on continue à discuter pour essayer de lui offrir des garanties sérieuses qui le fassent changer d’avis », a dit l’un d’eux sous le couvert de l’anonymat.

Selon les autorités kurdes, une victoire du « oui » n’entraînera pas illico l’annonce de l’indépendance mais constituera un moyen de pression pour arracher au pouvoir central de Bagdad des concessions sur les contentieux liés au pétrole et aux finances.

En 2014, en raison d’un conflit sur les exportations de pétrole, Bagdad avait décidé de ne plus verser à la région kurde les 17 % du budget national, soit 12 milliards de dollars.

Les conséquences se sont faites immédiatement sentir puisque ce transfert représentait 80 % des recettes du budget de la région et les salaires, y compris ceux des combattants kurdes peshmergas ont été écornés.

‘Rejeté aujourd’hui ou dans le futur’

Le Conseil de sécurité de l’ONU a exprimé jeudi dans un communiqué « sa préoccupation face à l’impact potentiellement déstabilisateur du projet du gouvernement régional du Kurdistan de tenir de manière unilatérale un référendum la semaine prochaine. »

Le Premier ministre irakien Haider Al-Abadi (Crédit : CC BY 2.0)
Le Premier ministre irakien Haider Al-Abadi (Crédit : CC BY 2.0)

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a quant à lui affirmé mardi rejeter toute forme de référendum « aujourd’hui ou dans le futur, qu’il se tienne dans la région du Kurdistan dans les frontières de 2003 ou dans les zones disputées. »

Les régions disputées sont des zones qui sont constitutionnellement sous l’autorité de Bagdad et que le Kurdistan revendique, comme la région pétrolière de Kirkouk, des zones dans le nord et le centre du pays.

Les pressions internationales se poursuivent aussi. L’Arabie saoudite a appelé mercredi Barzani à renoncer au référendum pour éviter de « nouvelles crises ».

Le chef d’une unité d’élite des Gardiens de la révolution iraniens, le général Qassem Soleimani, s’est rendu une nouvelle fois au Kurdistan pour une ultime rencontre avec des responsables, a affirmé à l’AFP une source kurde haut placée.

Il était vendredi à Souleimaniyeh et devait se rendre ensuite à Erbil afin « d’avertir les responsables kurdes que l’Iran est sérieusement hostile [au référendum] et de les mettre en garde afin qu’ils y renoncent », selon cette source.

Le commandant des force Al-Qods des Gardiens de la Révolution islamique, Qassem Soleimani (Crédit : YouTube/BBC Newsnight)
Le commandant des force Al-Qods des Gardiens de la Révolution islamique, Qassem Soleimani (Crédit : YouTube/BBC Newsnight)

« Il a informé ses interlocuteurs que l’Iran faisait pression sur Bagdad pour qu’il accepte les demandes kurdes et règle le contentieux sur le budget, le salaire des peshmergas et les régions disputées », a-t-elle ajouté.

Prise d’Al-Charqat

Mais Massoud Barzani refuse toujours officiellement de changer de position. Il a rejeté jeudi « l’initiative » du président irakien, le Kurde Fouad Maasoum. Celui-ci proposait, dans un document que l’AFP a pu consulter, l’ouverture de « négociations sans préconditions » appuyées par l’ONU.

Il suggérait la création d’un Haut comité présidé par le chef de l’État comprenant les Premiers ministres d’Irak et du Kurdistan ainsi que le président du Parlement irakien.

Massoud Barzani, au centre, président de la région autonome du Kurdistan irakien, pendant un rassemblement de soutien au référendum sur l'indépendance du Kurdistan, à Sulaimaniya, le 20 septembre 2017. (Crédit : Shwan Mohammed/AFP)
Massoud Barzani, au centre, président de la région autonome du Kurdistan irakien, pendant un rassemblement de soutien au référendum sur l’indépendance du Kurdistan, à Sulaimaniya, le 20 septembre 2017. (Crédit : Shwan Mohammed/AFP)

Les craintes que ce référendum ne déclenche des troubles dans le pays déjà miné par sa guerre contre le groupe Etat islamique (EI) sont importantes. La semaine passée, Hadi al-Ameri, chef de l’organisation Badr, un puissant groupe paramilitaire chiite soutenu par Téhéran, avait mis en garde contre le risque d’une « guerre civile ».

Malgré cette crise, les forces gouvernementales irakiennes sont parvenues vendredi à s’emparer entièrement d’Al-Charqat, une localité au nord de Bagdad tenue par l’EI, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Cette localité se trouve à 30 kilomètres au nord-ouest du principal objectif des forces irakiennes dans le nord du pays : Hawija, une localité tombée aux mains des jihadistes en juin 2014.

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