Rechercher
Dans cette photo du 19 novembre 2016, le musicien bosniaque Goran Bregovic à Belgrade. 
Pour la rock star des Balkans Goran Bregovic, Sarajevo, ville natale et muse, est plus qu'une ville. C'est une métaphore pour un mode de vie multiculturel qui peut être déchirée par les conflits religieux. . (Crédit : / AFP PHOTO / STRINGER)
Dans cette photo du 19 novembre 2016, le musicien bosniaque Goran Bregovic à Belgrade. Pour la rock star des Balkans Goran Bregovic, Sarajevo, ville natale et muse, est plus qu'une ville. C'est une métaphore pour un mode de vie multiculturel qui peut être déchirée par les conflits religieux. . (Crédit : / AFP PHOTO / STRINGER)
'Difficile de comprendre qu'on n'apprend rien de l'histoire'

Bregovic écrit 3 lettres d’amour à un Sarajevo rêvé

Quand l’ex-Yougoslavie s’est désintégrée dans une série de conflits sanglants, le célèbre musicien ne voulait tirer sur personne. Aujourd’hui, il remplace Sisyphe

Sarajevo n’est pas « juste le nom d’une ville », dit le musicien Goran Bregovic, c’est une « métaphore », celle d’un vivre-ensemble qui explose quand votre « bon voisin » soudain vous « tire dessus parce que vous êtes d’une autre religion ».

A cette fragile concorde autant qu’à sa ville natale, Bregovic, 67 ans, consacre son dernier album, « Trois lettres de Sarajevo » qu’il présentera sur quelque 130 scènes en 2018, avec son Orchestre tsigane des Mariages et des Enterrements.

Dans sa maison-studio de Belgrade où il reçoit l’AFP, Bregovic conte l’histoire d’un vieux juif qui chaque jour depuis 60 ans se rend au Mur des Lamentations et prie pour « arrêter cette guerre entre religions ».

« J’ai l’impression que je parle au mur », se lamente l’homme. « Dieu n’a pas prévu de nous apprendre comment vivre ensemble », dit Bregovic. « C’est quelque chose que nous devons apprendre nous-mêmes ».

Au milieu de chansons confiées aux Israéliens Asaf Avidan et Riff Cohen, à l’Algérien Rachid Taha et à l’Espagnole Bebe, trois morceaux pour violon viennent dire cette coexistence rêvée. Un instrument comme une seconde métaphore : « Le violon se joue de trois manières principales : chrétienne classique comme dans la musique classique; klezmer comme jouent les juifs; et orientale comme le jouent les musulmans ».

Boulot de Sisyphe

Dans une vidéo de 1991, Bregovic raconte l’écho mêlé « des mosquées, des églises, des cathédrales » qui s’élève à midi de Sarajevo, d’où la Shoah avait déjà quasiment éradiqué les descendants des juifs séfarades qui avaient fui l’Espagne. Ce mélange, « ce serait dommage que ça s’arrête un jour », disait celui qui devenait alors une star planétaire.

« C’est une vidéo que j’ai faite un an avant la guerre », dit Goran Bregovic. « Je répète la même chose dans les Lettres de Sarajevo ». « C’est un boulot de Sisyphe. Mais j’ai le sentiment que même le boulot de Sisyphe a un sens. On pousse cette pierre… A la fin peut-être, ça va arriver », dit-il.

Ce Sarajevo de concorde est aujourd’hui un mythe, chanté par les Occidentaux, poursuivi par quelques rêveurs. Les Serbes l’ont quitté pour des faubourgs sans âme à l’est, de nombreux Croates ne sont jamais revenus. La Bosnie est un pays où sont de moins en moins nombreux ceux qui, dans les recensements, se considèrent comme les « autres », refusant de se définir par leur religion, Croates (catholiques), Serbes (orthodoxes) ou Bosniaques (musulmans).

Patriotisme normal

La religion est une excuse « confortable », dit Bregovic, « l’unique barrière pour que le pauvre n’égorge pas le riche ». Et les Balkans sont « un endroit triste », « nous sommes un endroit triste », poursuit-il.

« C’est difficile de comprendre qu’on n’apprend rien de l’histoire, qu’on répète la même guerre tous les cinquante ans. Mon grand-père était soldat, mon père était soldat. Moi heureusement j’étais à Paris au début de la guerre ».

Quand l’ex-Yougoslavie s’est désintégrée dans une série de conflits sanglants, Bregovic, à l’inverse de nombreux artistes, a refusé de choisir un camp. « Mon père était croate catholique, ma mère est orthodoxe serbe, ma femme est musulmane… » Il aurait « fallu tirer sur qui ? Sur la famille de ma femme ? De mon père ? Ou de ma mère ? », demande-t-il. « Je n’étais pas dans la position de détester quelqu’un. Moi j’étais triste pour tous les autres ».

« J’ai eu la chance de partir », a dit un jour Bregovic. Il assume cet éloge de l’exil, invoquant une lettre du géant de la littérature des Balkans, Ivo Andric, qui s’offusquait qu’on taxe de lâcheté ceux qui partent.

« Si vous voulez faire votre devoir humain, il faut partir. Parce qu’ici il y a peu de chance que comme être humain vous puissiez vous réaliser », dit Bregovic, qui, quand il n’est pas en tournée, se partage entre Paris, Sarajevo et Belgrade.

Il clame son amour des Balkans, un amour « difficile », mais est « content que (ses) filles soient françaises », vivent dans « un pays normal » où règnerait « un patriotisme normal », « où il ne faut pas tout le temps aller à la guerre, faire des sacrifices énormes ». Dans les Balkans, « être patriote, ça vous demande trop, ils n’ont besoin que de soldats », dit Goran Bregovic.

Le deuxième opus des « Trois lettres de Sarajevo », des compositions pour orchestre symphonique, sortira fin 2018. Sa tournée ne prévoit pour le moment aucune date à Sarajevo.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.
Se connecter ou rejoindre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres de la Communauté qui payent un abonnement peuvent commenter les articles
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Seuls les membres de la Communauté du ToI peuvent commenter les articles.
Se connecter avec
check your email
Consultez vos emails
Nous vous avons envoyé un email à .
Il contient un lien pour vous connecter.
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.