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Cannes : Spike Lee de retour 27 ans après avec un film-pamphlet

Le réalisateur propose un polar aux allures de pamphlet contre le racisme, l'extrême droite et Donald Trump, terminant sur la dénonciation des événements de Charlottesville

Le réalisateur Spike Lee présente "BlacKkKlansman" lors du 71e festival de Cannes, le 15 mai 2018. (Crédit : Pascal Le Segretain/Getty Images)
Le réalisateur Spike Lee présente "BlacKkKlansman" lors du 71e festival de Cannes, le 15 mai 2018. (Crédit : Pascal Le Segretain/Getty Images)

Ving-sept ans après, Spike Lee a fait son retour lundi soir sur la Croisette avec « BlacKKKlansman », un polar aux allures de pamphlet contre le racisme, l’extrême droite et le président Donald Trump, contre qui il s’est livré à une attaque en règle en conférence de presse.

Basé sur l’histoire réelle d’un policier afro-américain qui a infiltré le Ku Klux Klan, le film de Spike Lee, absent du festival de Cannes depuis « Jungle Fever » en 1991, alterne pendant deux heures entre polar classique et film politique, terminant sur la dénonciation des événements de Charlottesville, cette ville de Virginie secouée par des violences de groupuscules d’extrême droite le 12 août 2017.

Pour conclure son réquisitoire, le réalisateur de Brooklyn fait ainsi un bond d’une cinquantaine d’années avec ces images de Charlottesville et notamment ces quelques secondes où la voiture d’un militant néo-nazi percute volontairement des militants antiracistes. Sur ces images, obtenues pour certaines par des personnes présentes sur les lieux, la mort en direct de Heather Heyer, 32 ans, renversée par le chauffard.

Un discours accueilli par une longue ovation du public du Grand Théâtre Lumière à la fin de la projection, devant un Spike Lee coiffé d’un béret noir et vêtu d’une veste imprimée de feuilles dorées, brandissant deux poings américains LOVE et HATE.

Le même Spike Lee, toujours coiffé de son béret noir, s’est livré à un réquisitoire cinglant contre le président Trump mardi devant les journalistes.

La mort de Heather Heyer « est un meurtre », a insisté le réalisateur: « Et nous avons un type à la Maison Blanche, je ne prononcerai même pas son putain de nom, qui, à ce moment décisif, aurait pu choisir l’amour contre la haine. Mais ce fils de pute n’a pas dénoncé le putain de Klan, l’alt-right (mouvance de la droite dure américaine, ndlr) et ces fils de pute de nazis ».

« Mais ce que je voudrais dire, a poursuivi Spike Lee, c’est que ces conneries d’extrême droite ce n’est pas seulement aux Etats-Unis, c’est partout dans le monde, et nous ne pouvons pas rester silencieux, il faut nous réveiller ».

Et de revenir au président Trump, toujours sans le citer: « Ce type à la Maison Blanche, il a le code nucléaire, (…) ce n’est pas de la science-fiction, ce fils de pute a le code nucléaire, mais qu’est-ce qui se passe ! », a-t-il conclu, persuadé, avec ce film, d’avoir été « du bon côté de l’Histoire ».

Une Histoire qu’il traite dans « BlacKkKlansman » par le biais de Ron Stallworth, jeune policier noir de Colorado Springs, interprété par John David Washington, le fils de Denzel Washington, le « Malcolm X » de Spike Lee en 1992. Son idée : infiltrer le KKK. Mais quand il s’agit de rencontrer physiquement le chapitre local du Klan, il lui faut une couverture : ce sera donc son collègue Flip Zimmerman (Adam Driver), blanc et juif.

Un duo qui s’en donne à coeur joie, le film débordant même souvent sur le registre de la comédie pure.

Côté film politique, le réalisateur de « Do The Right Thing » ou « Nola Darling n’en fait qu’à sa tête » dresse un parallèle entre le leader du Klan et le nouveau président américain. David Duke veut « rendre sa grandeur à l’Amérique » ? Difficile de ne pas penser au slogan de campagne de Donald Trump, « Make America Great Again ».

Dernière image du film: un drapeau américain aux étoiles à l’envers. Spike Lee ne cache décidément pas son jeu.

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