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Chanter pour changer la société israélienne fracturée ?

Les jeunes fondateurs de Koolulam, immensément populaire, font chanter les Israéliens - et partagent les vidéos virales sur YouTube

Prendre cinq jeunes enfants dans une voiture après une longue journée de travail et d’école pour un long trajet en voiture aux heures de pointe n’est pas ce que la plupart des parents apprécient. Mais c’est ce que Rachel et Doron Papkin ont fait avec bonheur le 13 mars, emmenant leur famille, depuis leur maison à Givat Shmouel à un événement de chant de Koolulam à Jérusalem.

Les Papkins sont des passionnés de Koolulam, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau. Ce soir-là – le cinquième événement de la sorte auquel assiste la famille – était animé, quelques milliers de personnes se sont rassemblés sur la place de Safra devant l’hôtel de ville de Jérusalem.

« Les enfants adorent ça et nous rencontrons de nouvelles personnes à chaque événement. Les personnes qui organisent cela sont des tzadikim [des sages]. Ils font une bonne action en aidant les gens à se connecter de cette manière. J’espère vraiment que ce sentiment d’appartenance débordera sur les autres aspects de la vie », a déclaré Rachel.

Sa fille de neuf ans, Noga, a ajouté qu’elle aime tellement l’initiative sociale qu’elle en a parlé à sa classe à l’école.

La popularité de Koolulam a explosé depuis son lancement à Tel-Aviv en avril 2017, les Israéliens sautent sur l’occasion de se réunir par milliers pour chanter.

Les places à 40 NIS pour les récents événements de Koolulam ont été vendus en quelques minutes. En moins d’une heure, les participants apprennent un arrangement en trois parties d’une chanson en hébreu ou en anglais, puis la chantent dans une vidéo à partager sur les médias sociaux. Les vues des vidéos atteignent des centaines de milliers et des millions dans certains cas.

Cet événement fut cependant le premier où les organisateurs organisèrent des rassemblements simultanés dans cinq villes différentes d’Israël : Jérusalem, Dimona, Ashkelon, Rishon Lezion et Kiryat Motzkin. Au total, 7 500 personnes ont chanté Bagilgul Hazeh du rockeur israélien Shalom Hanoch pour couronner la Good Deeds Day, une initiative de l’ONG Ruach Tova (Good Spirit) qui encourage le volontariat en Israël et dans d’autres pays.

La famille Papkin de Givat Shmouel à l’événement Koolulam à Jérusalem, le 13 mars 2018 (Renee Ghert-Zand / TOI)

Cet exploit sera bientôt surpassé car le président israélien Reuven Rivlin a annoncé qu’il souhaitait un événement Koolulam le 9 avril pour célébrer le prochain 70ème anniversaire d’Israël. Il aura lieu à l’arène Menora Mivtachim à Tel Aviv, un stade couvert de 10 300 places.

Chanter, c’est croire

Lors de cette froide soirée de Jérusalem il y a quelques semaines, alors que les participants pénétraient dans le lieu, les volontaires de Koolulam les ont assignés à l’une des trois parties musicales : baryton, alto ou soprano. Puis ils leur ont remis une feuille de chanson adaptée à leur rôle.

« Cela semble tellement amusant dans les vidéos, et je voulais venir ressentir l’unité », a déclaré Hadas, un jeune adolescent arrivé avec des amis d’Efrat.

Quand ils ont conçu l’initiative, les trois fondateurs de Koolulam, Ben Yefet, Michal Shahaf Shneiderman et Or Taicher, souhaitaient obtenir ce sentiment de connexion entre les gens.

Taicher, un réalisateur, scénariste et activiste social âgé de 33 ans, a déclaré qu’il cherchait un moyen de contrer l’acrimonie qu’il a observée en ligne parmi les Israéliens. Taicher a ensuite vu une vidéo de fidèles entassés sur la place devant le mur Occidental, chantant à l’unisson et avec ferveur à Yom Kippour. C’est alors qu’il a eu l’idée de Koolulam : il s’est dit que la musique et la créativité pourraient être utilisées afin d’unir les Israéliens à grande échelle.

« L’impulsion était de rassembler des Israéliens de tous horizons, indépendamment de leurs opinions politiques ou de leurs affiliations », a déclaré Shneiderman, qui a rejoint Taicher pour fonder et diriger Koolulam.

Shneiderman, 33 ans, a trouvé le nom accrocheur de l’initiative. C’est un jeu multiple sur le mot anglais « cool », le mot hébreu « kulam » (tout le monde), le mot hébreu « kol » (voix), et « kululu », le son d’ululation de joie des Israéliens d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient dans les bar-mitsva et les mariages.

« Fondamentalement, l’essentiel est que nous devrions tous être heureux ensemble », a déclaré Shneiderman.

Yefet, un éducateur de musique doué et chef d’orchestre, est l’acteur musical derrière Koolulam. Il crée des arrangements pour les chansons, les enseigne en 45 minutes environ, puis dirige les chœurs ad hoc pour les enregistrements. Comme les événements ont pris de l’ampleur, Yefet a été rejoint par des co-chefs d’orchestre et des musiciens.

« Koolulam s’est développé si rapidement que nous avons tous les trois abandonné notre travail pour nous concentrer uniquement sur cette initiative sociale », a déclaré Shneiderman, une entrepreneuse qui possédait sa propre agence de publicité numérique.

L’équipe a de grands projets pour Koolulam, qui selon lui peuvent avoir un impact significatif sur la société israélienne et au-delà. Ils collaborent déjà avec des municipalités et des ONG, et ils espèrent lancer bientôt un produit KoolSchool pour enseigner aux écoles comment produire leurs propres événements de style Koolulam (y compris la production vidéo). Il est également question d’étendre les activités dans des contextes thérapeutiques et de réadaptation, tels que les hôpitaux et les prisons, et même d’emmener Koolulam dans d’autres pays.

Yitzhak Raveh à l’événement Koolulam à Jérusalem, le 13 mars 2018 (Renee Ghert-Zand / TOI)

« Mais je suis venu parce que je sentais que c’était important, » a dit Raveh. (Il a mentionné qu’il a mené une vie laïque avant de devenir religieux, et qu’il avait déjà chanté avec des femmes.)

« La vidéo m’a vraiment ému. La musique nous soulève et c’est ce qui nous relie. Nous avons parlé 200 millions de fois dans ce pays de la nécessité de nous connecter. Il est temps de le faire », a déclaré Raveh.

Après 45 minutes d’instruction de la part de Yefet, la foule était prête à enregistrer cinq prises successives de la chanson. Les meilleurs morceaux seront édités avec les meilleurs des performances simultanées à travers le pays pour la vidéo.

Tout le monde a semblé un peu hésitant lors du premier passage, d’autant plus que c’était la première fois que le groupe complet se mettait en place (les répétitions se faisaient sans accompagnement). Mais les prises se sont progressivement améliorées grâce aux rappels de Yefet pendant les courtes pauses.

À la fin, les bonnes vibrations et la bonne volonté étaient palpables : tout le monde a sauté de haut en bas, souriant aux gens autour d’eux.

En fin de compte, il ne s’agissait pas vraiment de la musique ou de la qualité du chant. Avec autant de personnes, vous ne pouvez pas clairement entendre votre propre voix.

« Le vrai plaisir pour moi, c’est que vous pouvez chanter et personne n’entendra », a déclaré Eliana, une des filles d’Efrat.

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