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Chilly Gonzales, chi va piano va sano

Le musicien, fils d'un juif hongrois ayant fui son pays durant la Seconde Guerre mondiale, sort "Solo Piano III" et se dévoile dans un passionnant documentaire bientôt en salles

Le musicien canadien Chilly Gonzales en concert au Théatre National de Montreal, au Canada, en 2005. (Crédit : Wikimedia/CC BY-SA 2.0)
Le musicien canadien Chilly Gonzales en concert au Théatre National de Montreal, au Canada, en 2005. (Crédit : Wikimedia/CC BY-SA 2.0)

« Il faut toujours tutoyer les extrêmes avant de trouver le bon équilibre »: génie autoproclamé, artiste punk, virtuose, flamboyant, excentrique et généreux, Chilly Gonzales sort vendredi « Solo Piano III » et se dévoile dans un passionnant documentaire bientôt dans les salles.

« Shut Up and Play the Piano », de l’Allemand Philipp Jedicke, sortira le 26 septembre. On y découvre, avec de nombreuses images d’archives, le cheminement du musicien de 46 ans, Jason Beck au civil : son enfance au Canada, sa sulfureuse période berlinoise au tournant des années 2000, son retour aux sources du piano classique qu’il ne cesse de dépoussiérer et qui lui apporte aujourd’hui plénitude, reconnaissance et respectabilité.

Entre quelques témoignages (Feist, Peaches, Jarvis Cocker), le pianiste à l’éternelle robe de chambre se plie à l’interview confession. Pas de trop pour tenter de cerner la personnalité complexe de Chilly Gonzales, longtemps tiraillé entre mégalomanie et doute existentiel, entre l’artiste et l’homme. Avec au milieu, cet instrument aux 88 touches noires et blanches sur lequel il s’escrime passionnément, jusqu’au sang parfois, depuis l’âge de trois ans.

« Jeune, le piano m’a d’abord protégé car je pouvais au moins m’exprimer avec. Puis j’ai réalisé, vers 13, 14 ans, qu’avec lui j’impressionnais ma famille, mes amis, les filles… Tout est devenu tellement plus simple. J’ai fantasmé que ça puisse être ma vie », raconte-t-il à l’AFP.

« Aujourd’hui, si je le voulais, je passerais ma vie sur le piano et je crois qu’elle serait belle. Mais heureusement, j’ai aussi une vie en dehors et je sais, à présent, que je peux rester créatif sans faire du piano ma bulle protectrice », poursuit-il.

Ni même l’exutoire de sa nature ambitieuse, tôt nourrie à l’esprit de compétition dans un foyer où la figure paternelle était aussi celle du « self-made man », juif hongrois ayant fui son pays pendant la Seconde Guerre mondiale, avant de faire fortune en créant une des plus grosses entreprises de BTP canadiennes. Un foyer où, de surcroît, la rivalité musicale était forte avec son frère aîné Christophe, devenu compositeur de musiques de films (« Very Bad Trip », « Ant-Man »).

« Lâcher-prise, sublimation, spontanéité »

« Je ne sais pas si je me sentais marginal, je dirais que je me voyais plutôt comme un imposteur », estime Jason Beck qui, post-adolescent, délaissa quelque peu le piano et fit exploser sa créativité dans le rock, le hip hop, l’électro. Avant de trouver à Berlin un terrain de jeu idéal, et sans limites.

« Cette période dépassait la musique, c’était de la pure performance au quotidien », raconte celui qui s’autoproclama, en 2000 président de l’Underground berlinois: « C’était peut-être ma façon à moi d’être punk. Ce n’est pas ce que je suis au départ, même s’il y avait des points communs: je suis intéressé par le lâcher-prise, la sublimation, la spontanéité. J’aime l’idée qu’il faille faire confiance à son instinct », éclaire-t-il.

Un instinct qui l’a ramené au monologue pianistique en 2004, avec « Solo Piano », son plus gros succès à ce jour.

« ‘Solo Piano’ a été le contrepoids et le contrepoint, si j’utilise l’allégorie musicale, de mes aventures précédentes. En créant ce disque, j’ai appris à mieux me connaître », souligne Jason Beck, qui se consacre désormais beaucoup à la transmission de son savoir.

En 2014, il a sorti une méthode d’apprentissage du piano « Re introduction Etudes ». Cette année il a créé « Gonzervatory », un atelier gratuit qui a permis à sept jeunes musiciens d’appréhender la performance live.

https://www.youtube.com/watch?v=LSsB8tpfYg8

« J’ai pu faire preuve de générosité lorsque j’ai compris que ça suffisait d’avoir à prouver des choses. Je veux que ce cycle continue », dit cet infatigable qui a battu, en 2009 à Paris, le record du plus long concert donné au piano (27H03min).

« Au début du documentaire, on m’entend haranguer les gens: ‘il faut apprendre à me détester!’. Depuis, j’ai appris à accepter qu’on puisse m’aimer. »

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