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Cinq siècles après l’Inquisition, l’Espagne tend la main aux juifs séfarades

C'est la culture des juifs "séfarades" - "Espagne" en hébreu - qui se répandra ensuite dans la Méditerranée

Rue des Juifs, Toledo, Espagne, juin 2010 (Crédit : CC BY Daytonarolexboston/Wikimedia Commons)
Rue des Juifs, Toledo, Espagne, juin 2010 (Crédit : CC BY Daytonarolexboston/Wikimedia Commons)

Le Congrès espagnol devait adopter jeudi une loi permettant aux descendants des juifs expulsés d’Espagne par les rois catholiques en 1492 d’obtenir facilement la nationalité, pour réparer « une erreur historique », cinq siècles plus tard.

La loi, proposée par le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy et à l’ordre du jour de la séance de jeudi, devrait entrer en vigueur en octobre et susciter au moins 90 000 candidatures de juifs séfarades dans le monde, selon une estimation officielle.

« Elle dit beaucoup sur ce que nous avons été dans le passé (…) et ce que nous voulons être à l’avenir: une Espagne ouverte, diverse, tolérante », a déclaré le ministre de la Justice Rafael Catala devant les députés.

La précédente législation, datant de 1924, permettait à l’Etat d’accorder la nationalité à ces descendants d’Espagnols mais exigeait qu’ils renoncent à leur autre nationalité et résident en Espagne.

La nouvelle loi prévoit en revanche que les candidats puissent devenir bi-nationaux comme c’est le cas d’Espagnols nés dans d’anciennes colonies du royaume, au Portugal ou en Andorre.

La loi sur les séfarades est soutenue par l’ensemble des partis politiques espagnols.

« C’est un jour historique, important, émouvant », a déclaré à la presse à l’entrée de la chambre basse à Madrid le président de la fédération espagnole des communautés juives, Isaac Querub.

Résidant à Lisbonne, Kelly Benoudis Basilio, 70 ans, enseignante en littérature à la retraite, a pour sa part l’intention de demander la nationalité, même si elle ne prévoit pas de s’installer en Espagne.

« C’est très important, pour des raisons émotionnelles », dit cette descendante de juifs expulsés d’Espagne née dans le nord-ouest du Maroc, et Portugaise par mariage.

Exil ou mort

Les estimations varient mais selon les historiens au moins 200 000 juifs vivaient en Espagne lorsque les rois Isabelle et Ferdinand leur ont ordonné de se convertir ou de partir après des années de ségrégation grandissante.

Les juifs d’Espagne, qui avaient vécu en paix avec musulmans et chrétiens pendant des siècles, devaient partir en quelques semaines et avaient interdiction de revenir. Ils risquaient la peine de mort s’ils retournaient en Espagne. Ceux qui refusaient étaient parfois brûlés sur la place publique.

Les exilés, souvent pillés sur les routes, avaient fui vers l’Italie, l’Afrique du nord, l’Empire Ottoman, les Balkans mais aussi le Portugal. Ce sont les juifs « séfarades » – ce mot signifiant « Espagne » en hébreu – dont la culture se répandra ensuite dans la Méditerranée.

D’autres communautés juives avaient auparavant été chassées d’Angleterre et de France notamment.

La communauté séfarade compterait 3,5 millions de personnes. Certains utilisent encore une langue romane d’origine espagnole, le « ladino », transmise de génération en génération.

Kelly Benoudis Basilio se souvient, elle, des contes de son enfance en « haketia », un dialecte où se mélangent l’espagnol, l’arabe et l’hébreu. « Nous avons toujours eu un attachement très fort à la culture espagnole », dit-elle.

Les candidats à la nationalité devront disposer d’une attestation sur leurs origines émise par la fédération espagnole des communautés juives ou par un rabbin de leur lieu de résidence.

Ils passeront des tests de culture et langue espagnole et auront à prouver qu’ils ont « un lien spécial avec le pays », où il devront se rendre à leurs frais pour présenter leur requête.

La loi expirera au bout de trois ans mais pourra être encore prolongée pour un an si nécessaire.

Elle ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté juive qui craint qu’elle n’entraine un « enfer bureaucratique » pour ceux qui souhaiteraient en profiter.

« Cela sera un chemin de Croix (…) je suis déçu », a déclaré à l’AFP Leon Amiras, qui dirige en Espagne une association de personnes souhaitant émigrer vers Israël, en provenance d’Amérique latine notamment.

Le député du Parti populaire (PP, droite) Gabriel Elorriaga, rapporteur de la loi, explique pour sa part qu’elle est le fruit d’une recherche complexe d’équilibre entre la nécessité de vérifier si les candidats sont légitimes et le souhait de simplifier la procédure.

En 1992 le roi Juan Carlos avait fait un premier geste important, en se rendant à la synagogue de Madrid et avait admis les « injustices » du passé.

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