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Corbyn, Premier ministre, suscite une peur « inédite » – journaliste juif anglais

Jonathan Freedland explique dans le "Guardian" que le racisme toléré pour "une cause importante" contre le Brexit signifie que "ce que nous pensions du pays n'était pas la réalité"

Le chef du Parti travailliste d'opposition britannique Jeremy Corbyn quitte sa résidence dans le nord de Londres, le 28 octobre 2019. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)
Le chef du Parti travailliste d'opposition britannique Jeremy Corbyn quitte sa résidence dans le nord de Londres, le 28 octobre 2019. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Dans une chronique poignante publiée samedi dans The Guardian, Jonathan Freedland, journaliste juif britannique de premier plan, a écrit que l’idée que le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn soit Premier ministre et que son cercle intime dirige le pays suscite chez la majorité de la communauté juive britannique une crainte « que nous n’avions jamais connue auparavant ».

Freedland a écrit que même si beaucoup voudraient « éjecter un gouvernement cruel et inutile et arrêter le Brexit » en refusant au Premier ministre conservateur sortant Boris Johnson une majorité aux élections du 12 décembre prochain, « la perspective d’un Corbyn Premier ministre me remplit de terreur ».

Citant les longs antécédents de Corbyn en matière de commentaires contre Israël et son incapacité à éradiquer l’antisémitisme au sein de son parti, M. Freedland a déclaré que pour la première fois dans l’histoire de la communauté juive britannique, une majorité d’entre eux a « réalisé qu’une personne hostile à leur égard est sur le point de prendre le pouvoir démocratique. »

Faisant allusion à un sondage de mars montrant que 87 % des Juifs britanniques estiment que Corbyn est antisémite, « c’est-à-dire qu’il est raciste et anti-juif », M. Freedland poursuit en énumérant les « temps forts » de la vie du leader travailliste, comprenant son éloge d’un prédicateur islamiste palestinien qui a été reconnu par un tribunal britannique comme ayant « colporté le mythe médiéval et mortel des Juifs qui se nourrissent du sang des enfants des Gentils » ainsi qu’une invitation pour prendre le thé à la Chambre des communes ; La réaction de Corbyn en 2018 quand il a entendu « un plan pour enlever une fresque murale contenant des caricatures hideuses de banquiers juifs au nez crochu » et a demandé pourquoi ; et la défense répétée de ses propos tenus en 2013 selon lesquels les « sionistes » ne comprennent pas « l’ironie anglaise » bien que vivant depuis de nombreuses années en Grande-Bretagne.

Des membres de la communauté juive organisent une manifestation contre le chef du Parti travailliste de l’opposition britannique Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du Parti travailliste, devant les chambres du Parlement britannique au centre de Londres, le 26 mars 2018. (AFP Photo/Tolga Akmen)

Quatre ans depuis que Corbyn a été élu leader travailliste, Freedland a
dit : « Les Juifs de Grande-Bretagne ont – naïvement, peut-être – attendu le moment où l’une de ces révélations s’avérerait trop dure pour les sympathisants du Labour, les choquant et les faisant passer à l’action. »

Freedland a fait remarquer que « le Parti travailliste est devenu le deuxième parti politique à faire l’objet d’une enquête pour racisme institutionnel par la Commission pour l’égalité et les droits de l’homme [l’autre étant le Parti national britannique – BNP] », mais aucune révélation « ne s’est jamais avérée suffisamment choquante pour ne pouvoir être expliquée par ceux qui préfèrent ne rien voir ».

Au lieu de cela, on a conseillé aux Juifs, qui sont majoritairement pro-Remain, contre le Brexit, de « mettre de côté leur colère en échange d’un gouvernement qui arrêtera le Brexit ».

« En effet, on dit aux Juifs et à leurs alliés potentiels qu’un certain racisme est, sinon tout à fait acceptable, un prix à payer », a-t-il écrit.

Jonathan Freedland, écrivain juif. (Philippa Gedge)

Critiquant la une du Sunday Telegraph de la semaine dernière, où l’on pouvait lire : « Les Juifs partiront si Corbyn gagne », Freedland a déclaré : « Nous ne sommes pas dans les années 1930 », une référence sans doute à la montée du parti nazi en Allemagne.

La plupart des Juifs ne quitteraient pas le pays, a-t-il affirmé, « mais que la question soit dans l’air, que quelqu’un qui considère que les Juifs sont pas vraiment comme ‘nous’ – ‘ils ne comprennent pas l’humour anglais’ – puisse être jugé digne de devenir Premier ministre, rend notre présence ici plus incertaine et conditionnelle. »

Freedland a également déclaré que le « parti historique de la justice sociale » du Royaume-Uni a trouvé « un peu de racisme acceptable pour le bien de la cause en général », ajoutant que cette prise de conscience signifiait aussi que « ce que nous pensions de ce pays n’était pas tout à fait vrai ».

Aux critiques qui prétendent que ses sentiments sont « exagérés », il dit : « Je crains que l’histoire juive ne nous ait rendus ainsi, enclins à imaginer le pire ».

En terminant sur une note sombre, Freedland a écrit : « Nous regardons nos arbres généalogiques habituellement clairsemés et nous pouvons repérer les pessimistes, ceux qui ont paniqué et sont partis. Ce sont eux qui nous ont marqués. Vous voyez, les optimistes, ceux qui pensaient que tout irait pour le mieux, n’ont jamais pu partir à temps. »

La chronique de Freedland est parue quelques jours après que le Jewish Chronicle britannique eut imploré les citoyens britanniques de ne pas voter pour Corbyn dans un éditorial en première page.

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