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« Crazy Auntie », seule femme cyclo-rickshaw du Bangladesh

Le Bangladesh est l'une des sociétés les plus conservatrices d'Asie, pourtant Mosammat Jasmine tire un rickshaw pour nourrir ses enfants

Mosammat Jasmine, la seule femme cyclo-rickshaw au Bangladesh dans la ville de Chittagong le 15 janvier 2017, (Crédit : AFP PHOTO / STR)
Mosammat Jasmine, la seule femme cyclo-rickshaw au Bangladesh dans la ville de Chittagong le 15 janvier 2017, (Crédit : AFP PHOTO / STR)

Seule femme à pédaler un cyclo-rickshaw de tout le Bangladesh, Mosammat Jasmine pourrait être une icône féministe. Mais pour les passagers qu’elle transporte dans les rues de Chittagong, elle reste avant tout « Crazy Auntie », la « tante délurée ».

« Je fais cela pour m’assurer que mes fils n’aient pas faim et puissent avoir une éducation correcte dans une bonne école », explique à l’AFP cette mère de trois jeunes enfants lors d’une pause au terminal de bus de Chittagong (sud), premier port du Bangladesh et deuxième ville du pays.

Nation de 160 millions d’habitants à majorité musulmane, le Bangladesh est l’une des sociétés les plus conservatrices d’Asie. Jusqu’au moment où Jasmine est montée en selle il y a cinq ans, il était inconcevable d’y voir une femme au guidon d’un cyclo-taxi, l’un des modes de transport les plus populaires du pays.

« Allah m’a donné des mains et des jambes pour travailler. Je ne mendie pas, à la place j’utilise ces dons pour gagner ma vie », dit Jasmine.

Abandonnée avec ses trois jeunes garçons par son mari, parti dans les bras d’une autre femme, elle s’était d’abord fait embaucher comme employée de maison, puis avait travaillé dans une des nombreuses usines textiles du pays. Sans s’en satisfaire.

« Un poste de domestique, c’est bien si vous n’avez à vous soucier que de vous-même mais ça ne fonctionne pas si vous avez des enfants en bas âge (en raison des horaires). Et le travail d’usine, ça vous épuise physiquement et la paie est misérable », raconte cette femme de 45 ans.

Peinant à joindre les deux bouts, elle a changé radicalement de carrière le jour où un voisin qui possédait un cyclo-rickshaw, attelage composé d’un vélo attaché à une nacelle aux couleurs vives, lui a proposé de le lui louer pour quelques jours.

Si s’orienter dans le labyrinthe urbanistique de Chittagong fut la partie facile, réussir à trouver des clients fut un défi autrement plus compliqué pour Jasmine: on refusait de monter à bord de son véhicule et on la moquait pour exercer une profession d’homme.

« Certains (passants) me disaient que l’islam interdit à une femme d’aller et venir comme cela, tandis que d’autres refusaient de me payer le même tarif que pour un conducteur homme », se souvient-elle.

Mais, résiliente, la mère de famille a persévéré: « J’ai tenu bon car sinon, qui payera mes factures et l’éducation de mes enfants ? », lance-t-elle.

Musique à pleins tubes

Huit heures par jour, sept jours par semaine, Jasmine pédale donc. Elle gagne ainsi quelque 600 takas par jour (7 euros), une somme qu’elle reverse en partie au propriétaire de son rickshaw.

Les jeunes cherchent particulièrement à la héler, attirés par la bruyante musique que déversent les enceintes placées sous le siège passager.

Vision désormais familière des rues bouillonnantes de Chittagong, la « rickshaw walli » a aussi gagné l’estime de ses collègues. En se garant au terminal de bus, elle est saluée par les sourires et les gestes de mains d’une dizaines de conducteurs hommes.

« Jasmine est unique. Elle est la seule femme tireuse de rickshaw sur les 160 millions d’habitants que compte le Bangladesh. Son courage est très émouvant », note, admirative, l’activiste locale Suzana Salim.

La police de la circulation applaudit sa civilité sur la route et son port du casque – au contraire de ses homologues mâles – et même certains islamistes voient son activité d’un bon oeil.

« Elle est un bon exemple pour la société, alors que beaucoup de filles en galère se tournent vers la prostitution ou la drogue », déclare à l’AFP Nurul Alam Azmiri, imam d’une mosquée du coin. « Elle a une vision pour ses enfants, ce qui est tout à fait louable. »

Mais si son travail est de mieux en mieux accepté, cette musulmane pratiquante continue à être parfois confrontée à des personnes qui questionnent sa foi.

« Je ne les écoute pas », dit-elle. « Mes enfants ont besoin d’aller à l’école donc je ferai de mon mieux pour qu’ils puissent le faire, tant que je vivrai. »

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