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De Raqqa à Bruxelles, « la mère de Satan », l’explosif préféré de l’EI

Découvert par un chimiste allemand, le peroxyde d'acétone est un explosif artisanal obtenu en mélangeant des produits faciles à trouver

Cristaux de péroxyde d'acétone (TATP), explosif surnommé "la mère de Satan" dans les milieux jihadistes. (Crédit : Spatula Tzar/Public Domain, via WikiCommons)
Cristaux de péroxyde d'acétone (TATP), explosif surnommé "la mère de Satan" dans les milieux jihadistes. (Crédit : Spatula Tzar/Public Domain, via WikiCommons)

C’est une poudre blanche, discrète, facile à fabriquer, mortelle. A Bruxelles mardi, comme au Bataclan à Paris ou sur les champs de bataille syriens, le TATP, surnommé dans les milieux jihadistes « la mère de Satan », s’avère être un explosif de choix pour le groupe Etat islamique.

« Quinze kilos d’explosif de type TATP, 150 litres d’acétone, 30 litres d’eau oxygénée, des détonateurs, une valise remplie de clous et de vis » ont été trouvés dans un appartement des kamikazes de Bruxelles, a révélé mercredi le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw.

Découvert à la fin du 19e siècle par un chimiste allemand, le peroxyde d’acétone (en anglais TATP : triacetone triperoxide) est un explosif artisanal obtenu en mélangeant, dans des proportions précises, de l’acétone, de l’eau oxygénée et un acide (sulfurique, chlorhydrique ou nitrique), produits faciles à trouver dans le commerce.

On obtient alors une poudre constituée de cristaux blancs, ressemblant à un sucre grossier, qu’un détonateur simple suffit à faire exploser, dans une déflagration produisant un terrible dégagement de gaz brûlants.

Ces dernières années, en Irak et en Syrie, les laboratoires, d’abord sommaires puis quasi-industriels, de TATP et d’autres matières explosives artisanales se sont multipliés.

Dans un rapport publié en février, l’ONG Conflict Armament Research a mis à jour, après une enquête de vingt mois, un réseau de 51 sociétés, basées dans vingt pays, dont la Turquie, la Russie mais aussi la Belgique et les Etats-Unis, ayant fourni à l’EI les composants nécessaires à la fabrication semi-industrielle d’explosifs artisanaux.

« Contrairement à ce qu’on dit parfois, regarder un tutoriel sur internet ne suffit pas », assure à l’AFP Eric, un ancien officier du Génie, spécialiste des explosifs, qui demande à ne pas être davantage identifié. « Il faut quand même que quelqu’un vous ait montré une fois. Mais des instructeurs, les gars de l’Etat islamique n’en manquent pas, en Syrie et en Irak. Puis ça se diffuse de cours pratique en cours pratique. Quand on vous a montré, vous pouvez effectivement le faire dans votre cuisine ».

‘Ça a pété fort’

La partie la plus délicate est l’ajout d’acide au mélange d’acétone et d’eau oxygénée, qui dégage de la chaleur, de fortes émanations et peut s’enflammer, mais un opérateur soigneux, protégé par un simple masque, peut y parvenir sans peine.

C’est de TATP qu’étaient constituées les ceintures explosives des kamikazes du 13 novembre à Paris, comme, selon les premières présomptions, les gilets et bombes que les jihadistes ont fait sauter mardi dans l’aéroport et le métro de Bruxelles, faisant au moins 31 morts et 270 blessés, dont beaucoup souffrent de graves brûlures.

Pour provoquer l’explosion du TATP, un détonateur est nécessaire. Il peut être fabriqué, à l’aide d’un fin tube métallique rempli de pâte et relié à deux fils électriques qui, mis en contact, vont provoquer un arc électrique puis une flamme. Plus simplement, ils peuvent être achetés dans le commerce.

C’est ce qu’a fait Salah Abdelslam, l’un des jihadistes du 13 novembre, arrêté le 18 mars à Bruxelles : après avoir laissé photocopier son permis de conduire, il avait acheté une dizaine de détonateurs pyrotechniques chez un vendeur de matériel pour feux d’artifice de la région parisienne, sans éveiller le moindre soupçon.

« Le principal problème que nous pose le TATP », confie à l’AFP un membre des services français antiterroristes, qui demande à rester anonyme, « c’est la disponibilité des ingrédients. On peut surveiller les ventes d’eau oxygénée, d’ailleurs on le fait bien sûr, mais si les gars sont assez malins pour faire vingt pharmacies et acheter de petites quantités, ça passe. Pareil pour l’acétone et l’acide  »

« Lors d’un stage, on a passé l’après-midi à fabriquer des explosifs artisanaux, notamment du TATP, ensuite testés. C’est d’une facilité déconcertante. Uniquement avec des produits achetés » dans des magasins de bricolage. « En une demi-heure, on avait fabriqué l’explosif, une demi-heure après on le faisait péter. Et ça a pété fort », dit-il.

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