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Des objets nazis dans les entrailles du Sénat parisien

Selon "Le Monde", le palais du Luxembourg cache en son sein un buste d'Adolf Hitler, un grand drapeau nazi et d’autres objets allemands

L'hémicycle du Sénat français en septembre 2009. (Crédit : Romain Vincens/CC BY SA 3.0/Wikimedia communs)
L'hémicycle du Sénat français en septembre 2009. (Crédit : Romain Vincens/CC BY SA 3.0/Wikimedia communs)

Un buste d’Adolf Hitler de 35 cm de haut et un grand drapeau nazi de 2 mètres sur 3 : ce mardi, dans une longue enquête, Le Monde a révélé la présence de ces objets dans les réserves du Sénat.

D’autres reliques, comme des ouvrages en allemand, frappés des tampons « Luftflotte West » ou « Luftkreiskommando », un appareil respiratoire allemand et une lampe à gaz, se trouvent également dans « l’abri de défense passive » du Sénat, un bunker aménagé en 1937 sous le jardin du Petit Luxembourg.

L’arrivée de ces objets dans le palais du Luxembourg remonte en toute vraisemblance à son occupation pendant la Seconde Guerre mondiale par la Luftwaffe, l’armée de l’air allemande. Le bâtiment a finalement été évacué le 25 août 1944.

La direction de la communication du Sénat a néanmoins dit ignorer « l’origine » de ces objets.

« C’est une découverte pour beaucoup de gens, tout le monde tombe de haut », a assuré le service de communication du palais.

Dans son enquête, Le Monde a contacté de nombreux fonctionnaires du Sénat – sénateurs comme personnel de fonction.

Hormis Damien Déchelette, architecte en chef du Sénat, tous ceux contactés affirment n’avoir pas eu connaissance de l’existence de ces objets auparavant.

« Vous me l’apprenez, a indiqué Vincent Capo-Canellas, sénateur (UDI) de Seine-Saint-Denis et aujourd’hui un des trois questeurs du Sénat. On doit bientôt faire une visite du bunker avec mes collègues. Cet endroit était resté un peu dans son jus, c’est peut-être l’explication. »

Jean-Marc Pastor, 69 ans, socialiste et ex-questeur, a lui aussi été tout à fait surpris.

« J’ignorais la présence de ce buste. J’ai demandé à la questure (chargée de la gestion de l’institution, ndlr) d’approfondir les recherches sur l’ensemble des objets », a déclaré Gérard Larcher en conférence de presse. Des suites seront données à ce rapport attendu.

Le président LR, dont le propre bureau était alors occupé par le maréchal allemand Sperrle, s’est dit « certain que les services n’ont rien cherché à cacher, d’ailleurs le bunker a déjà été visité par des équipes de télé, des journaux ». Ces objets « auraient mieux fait d’être répertoriés », a-t-il admis.

« J’ai demandé qu’on ait un travail en profondeur, et en même temps une réflexion sur cette période. Il y a eu, paraît-il, de la part d’agents qui étaient là des moments de patriotisme que je ne voudrais pas occulter », a ajouté M. Larcher, qui a fait le lien avec la Libération de Paris. Le Palais du Luxembourg a été libéré le 25 août 1944.

Si le journaliste du Monde a pu visiter le bunker du Sénat et voir l’appareil respiratoire allemand et la lampe à gaz, il n’a néanmoins pas pu voir de ses yeux le buste d’Hitler et le drapeau nazi, conservés aux archives.

Le Sénat avait quitté le Palais du Luxembourg le 10 juin 1940, d’abord pour Tours, puis, à partir du 14 juin, pour Bordeaux (où le gouvernement et les deux chambres restèrent jusqu’au 29 juin), avant d’arriver à Vichy le 3 juillet.

De son côté, le député LR de la Manche Philippe Gosselin a écrit mercredi au président de l’Assemblée Richard Ferrand (LREM), lui demandant « si les archives de l’Assemblée nationale possèdent de tels objets, datant de ces temps funestes ».

« Tout comme ceux du Palais du Luxembourg, les murs de l’Assemblée nationale ont abrité également une partie de l’état-major de la Luftwaffe mais aussi de l’administration du ‘Gross-Paris’, ainsi que le service de la question juive », souligne-t-il dans ce courrier dont l’AFP a eu copie.

« Miroirs d’une sombre époque, il me semble que la place de ces éléments doit être dans des musées et non dans les archives ou les caves de nos assemblées, ou à tout le moins, dans une exposition spécifique à l’intérieur de nos institutions pour rappeler l’indicible », selon M. Gosselin.

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