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Des réfugiés syriens au Liban dénoncent le décret de Trump comme une « injustice »

"Quand on pense que c’est un pays démocratique qui fait ça...! Mais qu’ils nous interdisent d’entrer ou pas, que peut faire le peuple syrien ?" lâche un Syrien qui a fui son pays

Des familles syriennes au camp de réfugiés d'Arsal dans la vallée de la Bekaa, au Liban, le 18 février 2014. (Crédit : AFP)
Des familles syriennes au camp de réfugiés d'Arsal dans la vallée de la Bekaa, au Liban, le 18 février 2014. (Crédit : AFP)

« Qu’a fait le peuple syrien pour mériter ça ? » Grelottant de froid dans un camp au Liban, Abou Mahmoud al-Ghoul s’insurge contre le décret signé par le président Donald Trump interdisant d’entrée les réfugiés syriens aux Etats-Unis.

Originaire de la ville syrienne de Qousseir dans la province de Damas, ce père de famille de 44 ans fait partie des millions de Syriens qui ont fui la guerre chez eux pour trouver refuge dans des pays d’accueil.

Visage fatigué, ce père de six enfants s’est réfugié dans un camp informel à Marj, dans l’est du Liban, petit pays voisin de la Syrie qui a accueilli un million de réfugiés syriens alors que lui-même ne compte que quatre millions d’habitants.

« Quand on pense que c’est un pays démocratique qui fait ça…! Mais qu’ils nous interdisent d’entrer ou pas, que peut faire le peuple syrien ? » lâche-t-il, résigné.

Dans le camp de Marj où ont été installées des baraques mais aussi des tentes rudimentaires par les réfugiés eux-mêmes, des enfants grelottent de froid, la température avoisinant zéro degré celsius dans la plaine de la Békaa au climat semi-désertique.

Selon le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, la région de la Békaa accueille à elle seule plus de 360.000 réfugiés syriens forcés de quitter leurs foyers face aux violences destructrices qui ont fait plus de 310.000 morts en près de six ans.

‘Pays démocratique ?’

Vendredi, le nouveau président américain a annoncé un dangereux tour de vis en matière d’immigration et d’accueil de réfugiés, visant certains pays musulmans dont la Syrie afin de stopper selon lui une possible entrée aux Etats-Unis de « terroristes islamiques radicaux ».

Selon le décret, intitulé « Protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux Etats-Unis », les réfugiés syriens, dont seulement 18 000 ont été acceptés aux Etats-Unis depuis 2011, seront définitivement interdits d’entrée, jusqu’à nouvel ordre.

Dans un autre camp informel de la Békaa, aux abords de la localité de Bar Elias, on ressent également le décret comme une grande injustice.

« Il (Trump) n’a pas le droit de prendre une telle décision », souligne Ibtissam Youssef al-Faraj, une mère de famille de quatre enfants de 41 ans, portant un voile vert sur ses cheveux.

« Ils prétendent être un pays démocratique et il n’en est rien. Nous sommes des réfugiés, où est son problème si on entre légalement aux Etats-Unis ? Qu’est-ce que ça lui fait ? » dit cette femme originaire de la Ghouta orientale, bastion rebelle près de Damas.

‘Solidaire’

Abou Mahmoud et Ibtissam sont arrivés comme la plupart des réfugiés au Liban depuis les premières années de la guerre qui a éclaté en mars 2011. Beyrouth, qui n’a pas signé la convention de Genève sur les réfugiés, ne leur reconnaît pas ce statut.

Leurs réactions ont été recueillis avant la signature du décret par M. Trump, mais le Washington Post en avait publié le contenu dès mercredi.

Ces réfugiés vivent dans des conditions très dures malgré les aides internationales qui leur sont fournies et beaucoup d’enfants ne sont pas scolarisés. De plus, selon l’ONU, le taux de natalité est très élevé parmi les réfugiés.

Le décret de Trump « est une erreur. On espère qu’il changera d’avis à l’égard des réfugiés syriens. Il n’a qu’à voir comment on vit dans les camps. Il faut qu’il soit solidaire avec nous et les pays européens aussi », martèle Ibtissam.

Même chez les plus jeunes, c’est la déception. « C’est une injustice pour le peuple syrien, une grande injustice », dit Qoussaï Youssef, 12 ans. Mais d’ajouter : « J’espère pouvoir revenir dans mon pays ».

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