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En Alsace, concertation pour calmer la polémique sur le projet mémoriel de « Mur des noms »

L'ancien déporté François Amoudruz est "opposé à ce mur dans sa conception actuelle", il a dénoncé le "mélange des mémoires insupportable", qui "oublie" que certains Malgré-Nous "ont été séduits par le nazisme"

François Hollande à la cérémonie de commémoration de Struthof, le 26 avril 2015. (Crédit : Patrick Hertzog/Pool/AFP)
François Hollande à la cérémonie de commémoration de Struthof, le 26 avril 2015. (Crédit : Patrick Hertzog/Pool/AFP)

Le projet de « Mur des noms », destiné à honorer la mémoire des 52 000 Alsaciens et Mosellans morts en 1939-1945, va faire l’objet d’une « nouvelle concertation » afin d’apaiser une polémique portant sur l’histoire des « Malgré-Nous », a annoncé lundi le président du Grand Est.

Ce « nouveau moment de débat et d’échange » doit permettre le « rassemblement et {le] partage des mémoires », a indiqué Philippe Richert dans un communiqué.

En présentant ce projet début février, le président de la région Grand Est avait souligné qu’il visait à rendre hommage à toutes les victimes locales du nazisme, civiles ou militaires, quelles que soient les circonstances de leur mort.

Ce mur, qui coûtera 1,2 million d’euros entièrement financés par le Conseil régional, doit être aménagé d’ici l’automne près de l’actuel « Mémorial de l’Alsace-Moselle », sorte de musée historique implanté à Schirmeck (Bas-Rhin), à quelques kilomètres de l’ancien camp de concentration du Struthof.

L'ancien camp de concentration du Struthof. (Crédit : Colin W/CC.BY SA 3.0/WikiCommons)
L’ancien camp de concentration du Struthof. (Crédit : Colin W/CC.BY SA 3.0/WikiCommons)

Mais plusieurs voix se sont émues du fait que les noms de victimes civiles du nazisme – y compris des juifs déportés – vont côtoyer ceux des « Malgré-Nous », ces Alsaciens et Mosellans enrôlés de force dans l’armée d’Hitler.

Sur les 51 à 52 000 morts – le recensement n’est pas encore définitif en ce qui concerne les civils de Moselle -, on compte plus de 30 000 de ces incorporés de force, souvent tombés sur le front de l’Est, et dont beaucoup n’ont pas de sépulture connue.

Or, parmi ces Malgré-Nous, plus de 6 000 ont été affectés au sein d’unités de Waffen SS, dont certains « ont commis, ici et là, des crimes contre l’humanité », a souligné dans une tribune publiée sur internet le politologue strasbourgeois Philippe Breton.

François Amoudruz. (Crédit : Claude Truong-Ngoc/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
François Amoudruz. (Crédit : Claude Truong-Ngoc/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

L’ancien déporté François Amoudruz s’est dit de son côté « absolument opposé à ce mur dans sa conception actuelle ». Il a dénoncé la semaine dernière dans Le Monde un « mélange des mémoires insupportable », qui « oublie » que certains Malgré-Nous « ont été séduits par le nazisme ».

« J’ai un immense respect pour la souffrance de tous ces jeunes gens qui ont été enrôlés de force dans l’armée allemande, mais je dis simplement qu’il y un risque : celui d’apposer sur un même mur, côte à côte, le nom d’un mort en déportation avec celui d’un incorporé de force qui a commis des crimes de guerre », a expliqué à l’AFP M. Breton.

« Dans le fichier du Mur des noms, il y a au moins deux Alsaciens qui étaient présents à Oradour le jour du massacre, dans la division Das Reich. Ils ont été associés à un crime contre l’humanité. Peut-être qu’ils ne l’ont pas commis à titre individuel, je n’en sais rien, mais il y a un risque », a-t-il ajouté.

« Nous prendrons le temps de la concertation (…) Il faut faire de l’explication et discuter » pour éviter « un climat de tension », a répondu de son côté Richert, interrogé par l’AFP. « S’il faut prendre plus de temps, eh bien on prendra plus de temps », a-t-il ajouté.

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