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En Iran, les incertitudes américaines plombent la devise

La devise iranienne a atteint lundi son plus bas niveau historique face au dollar, atteignant désormais 50 860 rials pour un dollar sur le marché non régulé

Un billet de 200 rials iranien (Crédit : CC0 / Wikipedia)
Un billet de 200 rials iranien (Crédit : CC0 / Wikipedia)

La devise iranienne a atteint lundi son plus bas niveau historique face au dollar, sur fond d’inquiétude quant à l’évolution de la politique américaine envers Téhéran qui pourrait conduire à un retrait de Washington de l’accord nucléaire et au retour des sanctions économiques.

Ces inquiétudes sont d’autant plus vives que le président Donald Trump a récemment nommé deux partisans de la ligne dure contre l’Iran dans la haute administration, Mike Pompeo comme secrétaire d’Etat et John Bolton comme conseiller à la sécurité nationale. 

Samedi, le président de la Commission des Affaires étrangères au Parlement iranien avait ainsi estimé que « l’utilisation d’éléments radicaux hostiles à la République islamique montre que les Américains cherchent à accentuer la pression contre l’Iran ».

Sur les six derniers mois, le rial iranien a perdu près du quart de sa valeur, atteignant désormais 50 860 rials pour un dollar sur le marché non régulé, selon le Financial Information Market, site référence sur les fluctuations du marché des devises.

C’est la première fois que la devise iranienne franchit la barre des 50 000 rials pour un dollar américain dans les échanges libres, s’éloignant toujours plus du taux de conversion officiel, qui était fixé lundi à 37 686 rials pour un dollar.

Le mois dernier, le gouvernement iranien a pris des mesures draconiennes pour endiguer le déclin du taux courant du rial, procédant notamment à l’interpellation d’agents de change, gelant les comptes bancaires de spéculateurs et augmentant les taux d’intérêt.

Malgré ces efforts, de longues files d’attente s’étirent toujours devant les bureaux de change, dans le cadre du Nouvel an perse, Norouz.

« Le problème est psychologique plutôt qu’économique. Il n’y a pas de raison d’acheter des dollars, sauf si on espère les vendre plus tard à un taux plus élevé », a déclaré Esfandyar Batmanghelidj, fondateur de Europe-Iran Forum, un réseau d’affaires.

Peur sur l’accord nucléaire

Selon lui, les Iraniens réagissent aux nouvelles inquiétantes de l’actualité américaine, notamment la nomination de MM. Pompeo et Bolton, deux figures de la politique américaine connues pour leur hostilité envers l’Iran.

Le président Donald Trump est opposé à l’accord nucléaire censé empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique, jugé trop faible. 

Pour les spécialistes du dossier, ce texte historique a désormais peu de chances de franchir le cap du 12 mai, lorsqu’expirera l’ultimatum donné par le président américain aux alliés européens pour le durcir.

Ils prédisent que le président Trump va se retirer de l’accord nucléaire conclu en 2015 entre l’Iran et les puissances du groupe 5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne), au moment de son renouvellement en mai, laissant présager le retour de sanctions économiques douloureuses. 

« Je vois beaucoup de gens qui cherchent à investir dans des pays voisins parce que la peur se répand sur l’avenir de l’accord » nucléaire, a affirmé Navid Kalhor, analyste financier basé à Téhéran. 

Il a fait état d’informations sur des milliards de dollars sortis du pays ces derniers mois, alors même que les banques manquent de liquidités. 

« J’ai des amis qui se rendent à la banque et demandent 15 ou 20 millions de rials (300 ou 400 dollars) et on leur dit de revenir dans une semaine », a rapporté M. Kalhor. 

La chute du cours du rial est problématique pour le gouvernement qui espérait attirer les investissements étrangers à la suite de l’accord nucléaire de 2015.

« La dépréciation est très préoccupante, a souligné M. Batmanghelidj. Si tu investis maintenant et que la monnaie perd même 15 % de sa valeur, tu dois déduire cela de ton retour sur investissement, et c’est très difficile de se protéger contre cela. »

Le gouvernement refuse pour le moment d’unifier le taux de change officiel avec celui du marché parallèle, de peur d’une explosion des coûts d’importation et d’une forte inflation.

Mais selon des analystes, l’écart entre les deux taux alimente la corruption et fausse les échanges commerciaux.

Face à cette incertitude, et à une stagnation du marché immobilier intervenant après des années de construction à marche forcée, les Iraniens ont désormais pris l’habitude d’épargner en dollars.

Les banques iraniennes ont tenté d’endiguer ce phénomène en proposant des taux d’intérêt très rémunérateurs atteignant 20 %, mais la mesure a été plutôt contre-productive, parce que décourageant l’investissement. 

« La situation actuelle de l’économie est loin d’être magnifique », conclut Navid Kahlor.

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