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En Israël, Mgr Bechara Raï célèbre une messe devant des bannis du Liban

Le patriarche maronite a prié pour une assemblée quasiment composée exclusivement d'anciens alliés d'Israël

Bechara Raï (gauche) et Héctor Timerman (Crédit : MRECIC ARG/Wikimedia commons/CC BY SA 2.0/Flickr)
Bechara Raï (gauche) et Héctor Timerman (Crédit : MRECIC ARG/Wikimedia commons/CC BY SA 2.0/Flickr)

Le patriarche maronite Mgr Bechara Raï a célébré mercredi une messe en Israël pour la communauté libanaise, composée en quasi-totalité d’anciens membres d’une milice alliée à l’armée israélienne, contraints de fuir leur pays après le retrait du Liban Sud en 2000.

Des centaines de personnes venues du nord d’Israël, frontalier du Liban, ont assisté à cette messe dans l’église Saint-Pierre à Capharnaüm, ce qui constituait le moment le plus polémique de cette visite controversée, la première visite d’un patriarche maronite depuis la création d’Israël en 1948.

Souleimane Nakhlé, originaire de Jezzine, au Liban Sud, a affirmé être « venu prier » mais ne pas attendre grand-chose de cette rencontre inédite avec le patriarche libanais.

« Nous n’avons jamais voulu quitter notre pays et le patriarche (Raï) le sait », a confié Henri al-Ghafry. « Israël n’est pas notre pays, je veux rentrer au Liban. Beaucoup de Libanais qui étaient avec nous nous ont reniés ».

Au contraire, Victor Nader, ancien officier de l’Armée du Liban sud (ALS), milice supplétive de l’armée israélienne, a assuré « ne pas vouloir retourner au Liban »

« Nous sommes très heureux ici et mon fils sert dans l’armée israélienne », a-t-il ajouté, tout en considérant que la visite de Mgr Raï apportait « du respect et un soutien au moral » de cette communauté de proscrits, considérés comme des « traîtres » par de nombreux Libanais, en particulier par le puissant parti chiite Hezbollah, principal adversaire militaire d’Israël au Liban.

Villageois chrétiens chassés

La loi libanaise interdit tout contact avec l’Etat hébreu, en état de guerre avec le Liban, et les Libanais qui se rendent en Israël sont passibles de haute trahison.

Mais des dérogations existent pour les membres du clergé chargés des quelque 10 000 maronites vivant dans le pays.

Avant la messe à Capharnaüm, le patriarche maronite s’était rendu dans un village chrétien vidé de sa population par l’armée israélienne lors de la « Nakba » (catastrophe, en arabe) que représente pour les Palestiniens la création d’Israël en 1948.

« Ce qui est arrivé à votre village est une grande injustice », a dit Mgr Raï aux habitants chrétiens de Kafr Biram, évacués en novembre 1948. La mesure devait être provisoire mais ils n’ont jamais été autorisés à rentrer.

« Nous sommes avec vous et nous ferons notre possible pour vous aider », a déclaré le patriarche maronite, invoquant l’influence du pape François, à l’occasion du pèlerinage duquel il a décidé sa propre visite en Israël.

« Nous agirons par le biais du Vatican et ferons pression sur le pape jusqu’à ce que le monde entende votre situation », a-t-il assuré.

Arrivé avec le pape de Jordanie à Bethléem, en Cisjordanie, puis à Jérusalem, avant que François ne reparte lundi pour Rome, Mgr Raï avait annoncé qu’il ne rencontrerait aucun responsable israélien et a affirmé que ce voyage avait été organisé sans « aucune coordination » avec les autorités israéliennes.

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