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En Tunisie, des championnes de pétanque se voient déjà aux JO

Bien que ce jeu reste majoritairement pratiqué par des hommes, quatre clubs féminins ont été créés récemment et les femmes représentent 10 à 12% des licenciés

Les membres de l'équipe tunisienne de pétanque lors des championnats internationaux de pétanque Open dans la ville tunisienne de Hammamet, le 31 mars 2018 (Crédit :  AFP / FETHI BELAID)
Les membres de l'équipe tunisienne de pétanque lors des championnats internationaux de pétanque Open dans la ville tunisienne de Hammamet, le 31 mars 2018 (Crédit : AFP / FETHI BELAID)

Une boule d’acier lovée au creux de la main, Mouna Béji ajuste posément son tir, le long d’une plage proche de Hammamet : en Tunisie, la pétanque, importée d’Europe, est un sport relativement répandu qui voit émerger une jeune génération de championnes.

« Mon père était lui-même amateur de ce jeu, et il m’a appris les bases », raconte Mouna, sacrée championne du monde en 2011 en Turquie.

La jeune femme, aujourd’hui âgée de 32 ans, a ainsi débuté enfant par des parties en famille dans son quartier de Tunis. Poussée par son père convaincu de ses talents, de sa technique et de sa précision, elle s’est vite inscrite en club, s’entraînant intensément.

Quatre fois médaillée d’argent au niveau international, elle est devenue cette année la première bouliste tunisienne à être recrutée à l’étranger, par un club français.

La Tunisie, neuf fois championne du monde dans différentes spécialités, compte au total 78 clubs et 3 200 licenciés. Mais aussi des milliers de joueurs du dimanche qui transforment un parking ou un terrain vague en boulodrome le temps d’une partie.

« Comme tous les sports individuels, la pétanque a un écho limité car il y a peu de moyens, peu de médiatisation », explique Walid Nalouti, journaliste de sport à La Presse, principal quotidien francophone tunisien.

« Mais c’est facile à pratiquer en amateur et cela reste très pratiqué dans les quartiers où s’étaient installés les Italiens et les Maltais sous la colonisation, à La Goulette (banlieue de Tunis), à Bizerte ou Menzel Bourguiba » (nord).

Le dimanche, dans les quartiers de Mégrine ou du Bardo à Tunis, il n’est pas rare de tomber sur une dizaine de voisins, toutes générations confondues, pointant et tirant en bas de chez eux, sur un terrain de fortune délimité avec une ligne tracée avec de l’eau sur le sol sec.

Moyens limités

Fin mars à Hammamet s’est déroulée la 24e édition de l’Open international de Tunis, une épreuve de préparation pour la Coupe du Monde.

Mouna Béji est montée sur la plus haute marche du podium avec ses compatriotes Ahlem Sassi et Asma Belli, après avoir vaincu leurs adversaires allemandes en triplette.

« Les joueurs tunisiens peuvent jouer sur tous types de terrain, c’est leur point fort », relève l’entraîneur, Fethi Wechtati.

Mais leurs moyens restent limités : le gouvernement accorde 350 000 dinars (environ 115 000 euros) par an à la fédération, une somme amputée d’un tiers avec le budget d’austérité voté pour 2018. Et les parraineurs sont rares.

La fédération travaille à faire inclure la pétanque « dans les programmes sportifs scolaires, pour attirer le maximum de joueuses », souligne le directeur technique de l’équipe tunisienne, Iskander Cherif, qui considère son pays comme « un bastion ».

Bien que ce jeu reste majoritairement pratiqué par des hommes, quatre clubs féminins ont été créés récemment. Absentes jusqu’en 1990, les femmes forment désormais 10 à 12% des boulistes licenciés.

Objectif Paris-2024

Mouna Béji, qui a longtemps été la seule joueuse entourée d’hommes, dit être traitée avec « respect et considération par les athlètes de l’autre sexe ».

Concilier sa vie de jeune mère avec le sport de haut niveau reste toutefois un défi.

« Pour réussir dans ce sport, il faut faire beaucoup de sacrifices, et (…) des entraînements supplémentaires », explique cette professeure de sport, cheveux tirés, le regard perçant attiré par les boules à chaque claquement. « Ce n’est pas facile, parce que j’ai une famille ».

Mais cela paie, se réjouit-elle, arborant sur son pull les étoiles qui symbolisent ses titres.

Les exploits de Mouna lui ont permis d’être repérée de l’autre côté de la Méditerranée, en France, berceau du jeu.

Elle a été recrutée début 2018 par le club lyonnais des Canuts avec lequel elle dispute la Coupe de France.

La prochaine étape dont elle rêve, ce sont les jeux Olympiques: la pétanque pourrait être ajoutée au programme lors des JO de 2024 à Paris.

Si la pétanque tunisienne y est représentée, « le budget consacré à notre fédération va être décuplé », espère M. Cherif, rappelant qu’il s’agit du sport qui a rapporté à la Tunisie le plus de médailles d’or.

Mouna espère ainsi finir sa carrière en beauté, rêvant de décrocher « des médailles d’or aux JO et de rendre la Tunisie heureuse! »

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