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Fermeture des frontières avec la Syrie : coup dur pour l’économie jordanienne

Selon le Premier ministre jordanien, Abdallah Nsour, la Jordanie est en état de siège en raison des conflits au Moyen-Orient

Le Premier ministre jordanien, Abdallah Nsour, septembre 2013 (Crédit : Capture d’écran Youtube/BBCWorldNews)
Le Premier ministre jordanien, Abdallah Nsour, septembre 2013 (Crédit : Capture d’écran Youtube/BBCWorldNews)

La fermeture depuis début avril du principal poste-frontière avec la Syrie, artère vitale du trafic de marchandises dans la région, a porté un nouveau coup dur à l’économie jordanienne déjà affectée par les différents conflits secouant le Proche-Orient.

L’isolement commercial de la Jordanie, un pays pauvre en hydrocarbures et très dépendant de l’aide internationale, se double d’une crise humanitaire et financière sans précédent en raison de l’afflux de réfugiés syriens, estimés à plus de 600 000.

Des experts estiment que les perspectives économiques sont assez préoccupantes, notamment en raison de l’impact des suites du Printemps arabe, qui a porté un coup dur à plusieurs secteurs économiques clé comme le tourisme (12 % du PIB).

Après la fermeture l’année dernière des points de passages avec l’Irak –en proie à un conflit entre le gouvernement et les djihadistes du groupe Etat islamique (EI)–, la Jordanie a fermé le 1er avril le poste-frontière de Jaber avec la Syrie, tombé aux mains des rebelles et de la branche syrienne d’Al-Qaïda après des combats contre les forces du régime syrien.

Le poste de Jaber –appelé Nassib côté syrien– était le seul point de passage resté sous le contrôle du régime de Bachar al-Assad, après la capture d’un autre point de passage en octobre 2013.

Le Premier ministre jordanien, Abdallah Nsour, a prévenu cette semaine que son pays était en « état de siège » en raison notamment de l’occupation par l’EI de larges pans de territoires de la Syrie et l’Irak voisins.

‘Artère vitale’

Malgré le conflit ravageant la Syrie, la Jordanie pouvait faire passer, via Jaber, des marchandises exportées et importées qui étaient transportées sur des routes sous contrôle du régime syrien.

Des centaines de camions transportant des marchandises transitaient ainsi quotidiennement via la zone franche de ce poste-frontière depuis la Jordanie vers l’Europe notamment, via la Syrie puis la Turquie.

La Jordanie exporte notamment du phosphate, de la potasse et du calcaire, les trois principales richesses naturelles de ce pays, ainsi que des produits textiles et des légumes.

« Le point de passage de Jaber est une artère vitale entre nous et l’Europe », souligne Nabil Romman, président de la Commission des investisseurs jordaniens à la zone franche syro-jordanienne.

« 70 % de ce qu’on mange et de ce qu’on importe et exporte passait par la Syrie », explique-t-il à l’AFP.

Selon lui, « plus de 1 000 investisseurs ont accusé des pertes à cause de la fermeture de la zone franche, dont plus de 500 Jordaniens qui ont investi plus d’un milliard de dollars ».

Romman a ajouté que les marchandises pillées dans la foulée de la prise du poste-frontière par les rebelles sont évaluées à 100 millions de dollars.

De son côté, le président du syndicat des camionneurs jordaniens, Mohamed Daoud, estime les pertes du secteur de transport à 500 millions de dollars, à cause de la suspension du trafic routier vers la Syrie et l’Irak.

Alternatives coûteuses

« Plus la fermeture des frontières se prolonge, plus les conséquences seront lourdes sur l’économie jordanienne », avertit l’analyste économique, Mazen al-Rachid.

« La chute des exportations pourrait aggraver le déficit commercial, ce qui pousserait la Jordanie à s’endetter davantage pour combler le vide ». Or les dettes de ce pays ont déjà atteint un record en 2014, à 30 milliards de dollars, a ajouté Rachid.

Selon l’économiste Youssef Mansour, la Jordanie n’a plus qu’une option: se tourner vers les voies maritimes.

Soit les marchandises passent « via les ports (israéliens) de Haïfa et de Jaffa qui sont proches mais coûteux », la Jordanie étant liée à Israël par un traité de paix, soit elles transitent « via le port jordanien d’Aqaba, qui est loin (325 km au sud de la capitale Amman, ndlr) et où le coût de transport est élevé », assure Mansour.

Outre la Syrie, l’Irak et Israël, le royaume hachémite possède une longue frontière avec l’Arabie saoudite qui est un fournisseur et un client incontournable, notamment pour les hydrocarbures.

A ce sujet, la baisse des prix du pétrole a été une aubaine pour la Jordanie qui devrait profiter d’une facture énergétique réduite pour réaliser une croissance de 4 % en 2015, contre 3,1 % en 2014, selon le Fonds monétaire international (FMI).

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