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Flottille vers Gaza en 2010 : fin des poursuites turques contre Israël

La décision du tribunal a été motivée par l'accord de normalisation, dans le cadre duquel Israël a versé 20 M $ d'indemnités pour les familles des victimes

Le Mavi Marmara, navire turc participant à la flottille pour Gaza, visant à briser le blocus maritime imposé par Israël, en mai 2010. (Crédit : CC BY Free Gaza Mouvement/Flickr)
Le Mavi Marmara, navire turc participant à la flottille pour Gaza, visant à briser le blocus maritime imposé par Israël, en mai 2010. (Crédit : CC BY Free Gaza Mouvement/Flickr)

La justice turque a abandonné vendredi les poursuites contre des officiers israéliens jugés pour l’assaut lancé en 2010 contre une flottille en route vers la bande de Gaza, qui a empoisonné les relations entre Ankara et Jérusalem jusqu’à un récent accord de normalisation.

Suivant l’avis du procureur, un tribunal d’Istanbul a mis fin aux poursuites contre les quatre officiers en poste au moment des faits et jugés in absentia, a annoncé sur Twitter une avocate de la partie civile, Me Gülden Sönmez.

Dix Turcs avaient été tués dans l’assaut contre le navire Mavi Marmara, élément de la flottille qui cherchait à briser le blocus de la bande de Gaza.

L’incident avait provoqué une profonde crise diplomatique entre la Turquie et Israël qui, vivement encouragés par les Etats-Unis, ont conclu en juin un accord de normalisation de leurs relations après des mois de tractations secrètes.

Former IDF chief of staff Gabi Ashkenazi in 2007. (photo credit: Abir Sultan/Flash90)
Gabi Ashkenazi, ancien chef d’Etat-major de l’armée israélienne, en 2007. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

A huis clos, le tribunal a également annoncé sa décision de lever les mandats d’arrêt visant l’ancien chef de l’état-major israélien, Gabi Ashkenazi, les ex-chefs de la marine et de l’aviation, Eliezer Marom et Avishai Levi, ainsi que l’ancien patron du renseignement militaire, Amos Yadlin, a précisé Me Sönmez.

D’après l’agence de presse pro-gouvernementale turque Anadolu, la décision du tribunal a été motivée par la conclusion de l’accord de normalisation, dans le cadre duquel Israël a versé fin septembre 20 millions de dollars d’indemnités à la Turquie au profit des familles des victimes.

En échange, cet accord prévoyait qu’aucun citoyen israélien ni aucun représentant du gouvernement d’Israël ne pouvait être tenu responsable.

Anticipant la décision rendue vendredi, plusieurs proches des victimes avaient manifesté leur colère pendant l’audience, scandant des slogans hostiles au gouvernement israélien, a constaté une journaliste de l’AFP sur place.

« Maudit soit Israël ! », « nous sommes fiers du Mavi Marmara ! », ont-ils lancé dans une ambiance électrique.

« Quelle que soit la décision du tribunal au sujet de ceux qui ont commis ces crimes […], nous savons qu’ils ont été condamnés par la conscience populaire », a déclaré, avant la décision du tribunal, un avocat de la partie civile, Yasin Samli.

‘Loi foulée aux pieds’

Eitan Naeh, nouvel ambassadeur d'Israël en Turquie. (Crédit : Twitter)
Eitan Naeh, nouvel ambassadeur d’Israël en Turquie. (Crédit : Twitter)

La réconciliation turco-israélienne a été scellée par la nomination réciproque d’ambassadeurs le mois dernier. Eitan Naeh, premier ambassadeur d’Israël en Turquie depuis 2010, a pris ses fonctions lundi à Ankara.

Le gouvernement turc a pour sa part nommé Kemal Okem, conseiller du Premier ministre Binali Yildirim, au poste d’ambassadeur en Israël.

Les avocats de la partie civile ont dénoncé les « interférences politiques » dans le procès. « Prendre une décision sur la base de motivations politiques revient à fouler la loi aux pieds », a déclaré Mehmet Sari, président d’une association d’avocats turcs.

Signe qu’au niveau gouvernemental, la crise liée au Mavi Marmara n’est plus qu’un souvenir, les deux pays discutent d’un ambitieux projet de construction d’un gazoduc pour acheminer le gaz israélien en Turquie, mais aussi jusqu’en Europe.

Les tensions ne sont toutefois pas totalement dissipées : le président turc Recep Tayyip Erdogan semble avoir renoué avec la rhétorique propalestinienne qu’il avait largement modérée pendant les négociations de normalisation.

Lors d’un entretien à la télévision israélienne le mois dernier, le président turc a ainsi affirmé qu’il lui était « impossible d’oublier les centaines, les milliers de personnes qui sont mortes » lors d’une intervention de l’armée israélienne à Gaza en 2014.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan interrogé par la journaliste israélienne Ilana Dayan, pendant un entretien diffusé le 21 novembre 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan interrogé par la journaliste israélienne Ilana Dayan, pendant un entretien diffusé le 21 novembre 2016. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Il avait également jugé que « quand il est question de la mort d’autant de gens, il est déplacé de se demander qui était le plus barbare » entre Hitler et Israël.

Ankara a également qualifié d' »absolument inacceptable » et d' »insulte à la culture, au passé et à l’histoire de Jérusalem » un projet de loi israélien visant à diminuer le volume des appels à la prière des mosquées.

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