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Portrait

Génial, pingre et secret Ingvar Kamprad, fondateur d’Ikea, a 90 ans

En 1994, un journal révèle les liens du jeune Kamprad avec un groupuscule nazi suédois pendant et après la Seconde Guerre mondiale

UNe photo prise le 3 décembre 2012 du fondateur d'Ikea Ingvar Kamprad  à Lausanne (Crédit : AFP / FABRICE COFFRINI)
UNe photo prise le 3 décembre 2012 du fondateur d'Ikea Ingvar Kamprad à Lausanne (Crédit : AFP / FABRICE COFFRINI)

Assis sur un tas d’or, il écume les fripperies et guette les promos de supermarché: génial, pingre et plus résistant que ses meubles en kit, Ingvar Kamprad, le fondateur d’Ikea, souffle mercredi ses 90 bougies.

Fils de paysans du Småland, province pauvre et pieuse du sud de la Suède, Kamprad est devenu l’un des hommes les plus riches du monde sur une simple promesse à laquelle ont cru des millions de consommateurs: « Une maison de rêve à des prix de rêve ».

De Los Angeles à Sydney, de Laponie à Hong Kong, partout on accueille à bras ouverts ce phénomène, comme par exemple en Corée du Sud où l’ouverture du premier Ikea fin 2014 provoque des embouteillages monstres dans la banlieue de Séoul.

Son empire emploie aujourd’hui 150 000 personnes dans le monde et génère un chiffre d’affaires de 30 milliards d’euros. En retrait depuis quelques années, Kamprad suit néanmoins de près l’extraordinaire succès de sa petite entreprise.

L’histoire commence en 1943. Peu intéressé par les études, le jeune Ingvar préfère se lancer dans le commerce à 17 ans.

Dans une région où un sou est un sou, il se démène pour vendre moins cher que la concurrence. Des allumettes notamment, qu’il livre à vélo, puis des stylos, cadres, articles de décoration, machines à écrire…

En 1947, il offre ses premiers meubles, fabriqués par des artisans locaux, et quatre ans plus tard diffuse son premier catalogue, aujourd’hui imprimé à 200 millions d’exemplaires.

En 1956, un employé a l’idée de démonter les pieds d’une table pour la faire entrer dans un coffre de voiture. Le concept du meuble en kit, plus facile et moins cher à stocker et transporter, va le travailler jusqu’à devenir un art.

C’est aussi un acronyme célèbrissime: IKEA signifie tout simplement Ingvar Kamprad, Elmtaryd et Agunnaryd, son adresse de l’époque.

Pour contrer l’idée que des meubles aussi bon marché et à assembler soi-même sont de mauvaise qualité, il ouvre un premier magasin dans la petite ville d’Älmhult en 1958 pour les exposer.

Passé nazi

Cinq ans plus tard, il lance une expansion internationale effrénée. Ingvar Kamprad est persuadé que la recette peut fonctionner partout: prix bas, chasse aux coûts, standardisation, autofinancement et design scandinave.

À partir des années 1970 il conquiert la Suisse, l’Australie, le Canada, la France, les États-Unis, la Russie après la chute du Rideau de fer, l’Asie, le Moyen-Orient.

Les coffres débordent: pionnier de l’optimisation fiscale, Ingvar Kamprad quitte la Suède pour le Danemark en 1973, puis s’installe en Suisse en 1977.

La structure opaque du groupe Ikea est un autre héritage de ses qualités d’entrepreneur. Les fonctions exécutives, la stratégie, la conception des produits restent dans le Småland. Mais d’un point de vue juridique et comptable, Ikea se répartit entre fondations et sociétés aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Suisse et au Liechtenstein.

En 1994, un journal révèle les liens du jeune Kamprad avec un groupuscule nazi suédois pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Il admet dans une lettre à ses collaborateurs « la plus grande erreur de sa vie », qu’il met sur le dos des accointances national-socialistes de sa famille paternelle, d’origine allemande.

L’homme se réfugie dans sa villa d’Épalinges (Suisse) près des rives du lac Léman, où il vit chichement, en fuyant les médias qui se moquent de sa Volvo hors d’âge et des points sur sa carte de fidélité au supermarché.

« C’est dans la nature du Småland, je crois, d’être économe », justifie-t-il dans un rare entretien début mars à la chaîne suédoise TV4. « Si vous me regardez, je pense ne rien porter qui n’ait pas été acheté à un marché aux puces. Je veux montrer un bon exemple ».

Dans les années 2010 il prend progressivement sa retraite, pour laisser la place à ses trois fils, avant de revenir finir ses jours au pays natal en 2014.

L’héritage de l’empire Ikea a fait l’objet d’une âpre bataille entre son fondateur et ses enfants.

En 2013, un livre intitulé « Ikea en route vers l’avenir » affirme que ces derniers lui ont contesté les droits de la marque et un pourcentage sur les ventes, réclamant que de 20 à 30 milliards de couronnes (2,1 à 3,2 milliards d’euros) aillent à la fondation familiale.

Selon les auteurs de l’enquête, Kamprad a cédé, de guerre lasse.

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