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Grèce : la progression d’Aube dorée se poursuit, les provocations aussi

Aussi bien au parlement qu'à l'extérieur, le parti néo nazi grec montre qu'il est bien présent

Le porte-parole du parti néo nazi Aube dorée s'adresse à la foule réunie devant le Parlement en soutien à leu chef dont l'immunité di^lomatique a été levée (Crédit : AFP)
Le porte-parole du parti néo nazi Aube dorée s'adresse à la foule réunie devant le Parlement en soutien à leu chef dont l'immunité di^lomatique a été levée (Crédit : AFP)

Les élections européennes en Grèce, en donnant la troisième place au parti néo nazi Aube dorée, ont témoigné de sa progression électorale. Les insultes et provocations éructantes de ses députés cette semaine au parlement ont montré qu’il ne reculait pas non plus dans ses outrances.

La dernière séance du parlement, mercredi, avant la session d’été a remis au goût du jour des images d’affrontement verbal devenus plus rares depuis l’incarcération d’un tiers des 18 députés Aube dorée élus en juin 2102, dont deux ont récemment quitté ce parti.

Un quart d’heure d’intervention fulminante pour le fondateur d’Aube dorée Nikos Michaloliakos et le député Yannis Lagos, une demi-heure pour le numéro 2 du parti Christos Papas : les trois parlementaires en détention provisoire depuis sept mois ont transformé en tribune une brève permission dans le cadre de leur levée d’immunité parlementaire en vue de nouvelles poursuites.

« Voleurs », « imposteurs », « guignols », « minables », le ton est rapidement monté sur les bancs du groupe Aube dorée, un des leurs menaçant presque physiquement un député de gauche auquel le leader d’Aube dorée venait de beugler « ta gueule ».

Sur le fond, ce dernier a joué la carte de la victimisation et la thèse du complot politico-judiciaire contre son parti soupçonné par la justice d’être « une entreprise criminelle ». C’est dans le cadre de cette enquête que Michaloliakos est inculpé.

Mais le « show de provocations », « le récital d’outrances » d’Aube dorée, comme l’a décrit la presse grecque, se tenait également à l’extérieur de l’hémicycle.

Dans les couloirs du parlement ont retenti à l’arrivée des détenus le lugubre slogan du parti « Sang, honneur, Aube dorée » hurlé par une trentaine de leurs supporteurs poings levés, avec la « passivité de la sécurité du parlement », s’est indigné le quotidien Ta Nea, évoquant un événement « sans précédent » à l’assemblée.

« Société effrayée »

A l’extérieur, environ 400 militants du parti s’étaient rassemblés dans leur habituelle marée de drapeaux grecs.

Selon le quotidien Ethnos et plusieurs journalistes, un chant inspiré d’une marche militaire nazie avec des paroles « adaptées » à la Grèce a été entonné à deux reprises, promettant « cœur dur, frappe impitoyable, avec la rage ».

« C’est un de leurs trois hymnes, celui de niveau +intermédiaire+ avec une marche nazie et un chant plus +light+ », explique à l’AFP Dimitris Psaras, journaliste d’investigation dont le Livre noir sur Aube dorée fait référence.

Depuis l’offensive judiciaire lancée contre le parti après l’assassinat du musicien antifasciste Pavlos Fissas près d’Athènes en septembre 2013, ces aspects les plus martiaux d’Aube Dorée avaient plutôt été mis en sourdine.

« Mais les scènes de cette semaine ne sont pas de celles qui effraient l’électorat du parti qui apprécie la posture anti-système », estime le politologue Ilias Nikolakopoulos.

Arrivé en troisième position lors des Européennes derrière les conservateurs de la Nouvelle Démocratie et la gauche radicale Syriza, Aube dorée avec ses 536.910 électeurs (9,39%) ne représente certes qu’un tiers des suffrages du premier parti mais est la seule de ces trois formations à avoir gagné des voix par rapport aux législatives de juin 2012.

« L’enquête judiciaire en cours n’a pas empêché son succès dans les quartiers où sa violence s’est manifestée de la manière la plus
extrême », relevait récemment dans un article la chercheuse en sciences politiques Vasiliki Georgiadou, en notant le fort score du parti dans la banlieue de Keratsini où fut tué par un militant du parti Pavlos Fyssas.

« Croire qu’Aube dorée s’intégrera au système politique, disparaîtra avec la crise, sera disloquée par la justice: trois illusions », analysait Michalis Tsintsinis dans Ta Nea après « le jour de honte au parlement ».

« La Grèce est une société effrayée depuis les années 90, bien avant la crise », sentiment exacerbé par le discrédit des partis politiques, observe Dimitris Psaras qui entrevoit cependant une faille s’ouvrir au sein d’Aube dorée entre les députés emprisonnés et ceux « à l’extérieur », notamment le porte-parole du parti Ilias Kassidiaris, également inculpé.

« Kassidiaris a désormais son propre agenda, c’est pour ça que Michaloliakos ne figurait pas parmi les candidats aux Européennes » qui ont donné trois élus au parti toujours paria aux yeux de ses pairs européens.

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