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Israël à la pointe de l’utilisation des eaux usées

Traiter les eaux usées réduit la pollution et prévient les maladies, mais c'est aussi devenu un impératif pour répondre à une demande croissante en eau dans le monde

Un réservoir d'eau à Netufa. Illustration. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Un réservoir d'eau à Netufa. Illustration. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Traiter les eaux usées réduit la pollution et prévient les maladies mais c’est aussi devenu un impératif pour répondre à une demande croissante en eau dans le monde, affirme mercredi un rapport de l’ONU.

« Les eaux usées représentent une ressource précieuse dans un monde où l’eau douce disponible est limitée et la demande en hausse », estime Guy Rider, président de l’ONU-eau, à l’occasion de la journée mondiale de l’eau le 22 mars.

D’ici 2030, la demande pour les ressources en eau pourrait croître de 50 %, essentiellement dans les villes.

« Nous devons tous recycler davantage les eaux usées pour satisfaire les besoins d’une population en augmentation et préserver les écosystèmes », ajoute-t-il dans un communiqué publié conjointement par ONU-eau et l’Unesco, qui a coordonné le rapport « Les eaux usées, une ressource inexploitée ».

Si le document rappelle les enjeux sanitaires et environnementaux (en 2012, 842 000 décès ont été liés à une eau contaminée et à des installations sanitaires inadaptées), il invite à élargir la question du traitement de l’eau à celle de la préservation de cette ressource indispensable.

Richard Connor, rédacteur du rapport sur le traitement des eaux usées des Nations unies, pendant une conférence de presse, à New York, le 30 mars 2015. (Crédit : Mark Garten/Nations unies)
Richard Connor, rédacteur du rapport sur le traitement des eaux usées des Nations unies, pendant une conférence de presse, à New York, le 30 mars 2015. (Crédit : Mark Garten/Nations unies)

« Concrètement, le traitement des eaux usées génère de nouvelles ressources en eau », résume Richard Connor, le rédacteur en chef du rapport.

« Or, l’intérêt des décideurs s’est jusqu’ici porté avant tout sur l’approvisionnement en eau plutôt que sur sa gestion après son utilisation », déplore l’UNESCO, pour qui « les deux aspects sont indissociables ».

Aux États-Unis, l’eau de certains fleuves est utilisée jusqu’à vingt fois avant d’atteindre la mer. « Dans la station spatiale internationale, l’eau pour se laver et boire et celle provenant des urines est la même depuis des années ! » s’exclame Richard Connor.

A plus grande échelle, rendre l’eau de nouveau potable est possible : en Namibie, la capitale Windhoek, traite 35 % de ses eaux usées pour réalimenter les réserves d’eau potable et les habitants de Singapour et de San Diego boivent de l’eau recyclée.

Mais l’objectif principal et plus facilement atteignable est que l’eau traitée soit utilisable en agriculture, qui représente environ 70 % de la demande mondiale de cette ressource. Les besoins de ce secteur sont ainsi satisfaits en puisant moins dans les nappes phréatiques.

80 % des eaux usées non traitées

Dans cette voie, la Jordanie a été un précurseur dès la fin des années 1970 (90 % des eaux traitées sont destinées à l’agriculture), avant que d’autres pays arabes s’y mettent, et Israël est en pointe avec près de 50 % des terres cultivées arrosées avec de l’eau recyclée.

Des Israéliens nagent dans le Jourdain, en 2009. (Crédit : Haim Azulay/Flash90)
Des Israéliens nagent dans le Jourdain, en 2009. (Crédit : Haim Azulay/Flash90)

Avec 10 % des terres irriguées dans le monde de cette manière, la marge de progression est énorme.

Toutefois, pour que cette solution soit bien acceptée, il faut informer en amont la population et donner des garanties sur la qualité.

En Egypte dans les années 1990, un projet de réutilisation de l’eau pour l’irrigation et l’aquaculture a échoué. Idem dans certains endroits en Tunisie.

Au-delà de leur ré-utilisation, le rapport met en avant le gisement de matières premières (phosphore et azote) et de biogaz que représentent les eaux usées, et le revenu potentiel qui peut en être tiré.

La ville d’Osaka produit ainsi chaque année 6 500 tonnes de carburant solide à partir de 43 000 tonnes de boues d’épuration. Et le Japon vise 30 % d’énergie à partir des eaux usées d’ici à 2020.

En Suisse, les phosphates vendus doivent comporter 1 % de produit récupéré par traitement des eaux.

Pour les villes des pays en développement, là où « la crise est la plus grave », Richard Connor insiste sur l’intérêt de technologies peu coûteuses : zones humides artificielles, étangs de stabilisation, fosses septiques avec séparation des solides et des liquides, etc.

« L’option la plus viable, ce n’est pas forcément les systèmes centralisés d’assainissement exigeant un important investissement et ayant des frais de gestion élevés », affirme-t-il.

Quel que soit le système, le chantier est gigantesque : 80 % des eaux usées dans le monde sont rejetées sans traitement – plus de 90 % dans certains pays – ce qui aboutit à répandre dans la nature bactéries, nitrates, solvants chimiques et médicaments.

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