Israël dénonce un ancien ministre « scandaleux » qui soutient l’AfD allemand
Rafi Eitan, l'espion qui avait aidé à capturer Eichmann, a salué le parti d'extrême-droite pour son attitude envers le judaïsme, espérant que son idéologie se répande en Europe
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Rafi Eitan, ancien ministre israélien et espion légendaire qui avait aidé à capturer Adolf Eichmann, a causé la surprise et un choc en Israël lorsqu’il a publiquement apporté son soutien au parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) issu de l’extrême-droite.
Dans un message filmé publié vendredi sur la page Facebook du parti, Eitan a salué la faction, disant : « Veuillez comprendre que chacun de nous, en Israël, apprécie votre attitude envers le judaïsme ».
« Dans n’importe quel cas, je suis sûr que si vous travaillez avec force et, plus important, de manière réaliste… Je suis sûr qu’au lieu de représenter une ‘Alternative pour l’Allemagne’, vous pourriez devenir une alternative pour toute l’Europe », a-t-il dit.
Il a également vivement recommandé aux membres de l’AfD de fermer leurs frontières « dans les meilleurs délais pour empêcher l’immigration musulmane » dans une lettre qui accompagnait la vidéo.
Eitan, qui a commandé l’opération de renseignements en 1960 qui avait permis la capture du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann en Argentine, a également été le président du parti aujourd’hui disparu Gil Pensioners et a occupé le poste de ministre des Affaires des retraités de 2006 à 2009.
Le message d’Eitan a entraîné la condamnation immédiate de l’ambassadeur israélien en Allemagne Jeremy Issacharoff, qui a « complètement rejeté » les propos d’Eitan.
« Il est difficile de comprendre comment la personne qui a capturé Eichmann … est en mesure de saluer ces Allemands de la droite radicale qui admirent tellement le passé nazi, allant jusqu’à souhaiter qu’ils deviennent l’alternative de l’Europe ! Triste et honteux », a-t-il dit dans un tweet.
Eitan a commencé son message filmé en saluant les leaders de l’AfD Alexander Gauland et Alice Weidel ainsi que la représentante de la faction Beatrix von Storch. Cette dernière a été accusée d’incitation après s’être attaquée à la police de Cologne, qui avait adressé sur Twitter des voeux de bonne année en arabe.
« Que diable se passe-t-il dans ce pays ? Pourquoi un site officiel de la police… envoie-t-il un tweet en arabe ? », avait-elle tweeté elle-même. « Est-ce que vous voulez ainsi apaiser les hordes d’hommes barbares et musulmanes qui pratiquent le viol en bande ? »
L’ancien ministre a envoyé cette vidéo et une lettre après une grippe qui l’avait empêché de se rendre à une rencontre de l’AfD pour évoquer l’antisémitisme au Bundestag allemand.
La croissance du parti de l’Alternative pour l’Allemagne, qui est arrivé à la troisième place lors des élections générales allemandes du mois de septembre avec presque 13 % des votes, est venue défier la culture d’expiation mise en place à Berlin après la Seconde Guerre mondiale et le massacre de six millions de Juifs pendant la Shoah.
Prenant la parole au mois de septembre quand l’AfD était devenue la première faction d’extrême-droite à entrer au Bundestag depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Issacharoff avait exprimé les « grandes inquiétudes » d’Israël.
« Les résultats des élections de l’AfD suscitent de grandes inquiétudes pour nous », avait alors déclaré Issacharoff au quotidien Die Welt. « Au sein de l’AfD, vous avez dorénavant un parti qui est maintenant la troisième force la plus importante au Parlement et dans les rangs duquel ont été entendus une série de propos antisémites », avait-il ajouté.
Par exemple, Gauland avait récemment indiqué que les Allemands pouvaient être « fiers » des soldats qui avaient combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, avait-il noté. « Cela ne correspond pas avec cette manière adoptée depuis longtemps par la république fédérale d’Allemagne d’appréhender sa responsabilité dans l’Holocauste et dans les relations spéciales entretenues par le pays avec Israël ».
L’AfD, qualifié par ses critiques d’antisémite et de raciste, est le tout premier parti ouvertement anti-immigrant d’extrême-droite à entrer au Bundestag depuis la Seconde Guerre mondiale.
De nombreux groupes juifs en Allemagne et à l’étranger ont déclaré que l’AfD était antisémite, pointant du doigt sa plate-forme anti-immigration et anti-juive et affirmant que quiconque cible les musulmans et autres minorités cherchera tôt ou tard à nuire aux libertés religieuses des Juifs.
Nachman Shai, député de l’opposition qui préside le groupe d’amitié parlementaire Israël-Allemagne, avait estimé pour sa part au mois de septembre que les élections démocratiques devaient être respectées dans le pays tout en les qualifiant de « formidable signal d’alarme » pour Israël et le peuple juif.
« La croissance de l’extrême-droite en Allemagne indique la présence d’esprits dangereux qui ne cessent de se renforcer », avait-il déclaré.
« La xénophobie, le racisme et l’extrémisme ont conquis une portion significative de l’opinion publique allemande et prouvent que la strate démocratique est fragile et vulnérable ».
Au même moment, un sondage d’ampleur réalisé au mois de septembre qui avait été commandité par un groupe de promotion des relations entre l’Etat juif et l’Allemagne avait révélé que la majorité des politiciens de l’AfD se préoccupaient beaucoup d’Israël.
Presque 90 % des 35 membres de l’AfD interrogés soutenaient totalement ou plutôt le principe édicté par la chancelière Angela Merkel, qui avait dit que « la sécurité d’Israël est la raison d’être de l’Allemagne ».
Raphael Ahren a contribué à cet article.
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