Israël menace de transférer l’argent des impôts de l’AP directement à Gaza
Saeb Erekat prévient que si Ramallah n'envoie pas à Gaza l'argent qui lui revient, Israël compensera le manque à gagner avec les recettes fiscales collectées au nom de l'AP

Israël a fait savoir à l’Autorité palestinienne (AP) qu’il pourrait utiliser les recettes fiscales perçues au nom de Ramallah et les envoyer à Gaza pour compenser l’argent que le gouvernement de Mahmoud Abbas a menacé de ne pas verser à l’enclave, selon un haut fonctionnaire palestinien, lundi.
Au cours des derniers mois, le président de l’AP Mahmoud Abbas a suggéré à plusieurs reprises que les dirigeants palestiniens basés à Ramallah réduiraient tous les budgets qu’ils ont alloués à Gaza, si le Hamas ne cède pas le contrôle du territoire à l’AP.
Le Hamas contrôle Gaza depuis qu’il a chassé du territoire l’AP dirigée par le Fatah, en 2007.
« La semaine dernière, la partie israélienne nous a informés que si nous ne versons pas tous les fonds alloués à la bande de Gaza, elle retranchera [l’argent] des taxes – elle perçoit pour nous les droits de douanes et les taxes – et les transférera à Gaza » a déclaré Saeb Erekat, négociateur palestinien principal à Ramallah, lors d’un séminaire.
Erekat n’a pas dit si Israël avait précisé aux Palestiniens à qui et comment il allait transférer les fonds à Gaza, qui est dirigée par le groupe terroriste palestinien du Hamas, une organisation terroriste qu’Israël ne reconnaît pas.
Interrogé sur la déclaration d’Erekat, le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), la branche du ministère de la Défense chargée de la liaison avec les Palestiniens, n’a pas souhaité répondre.
Un porte-parole du cabinet du Premier ministre a refusé de répondre à une demande de commentaires.
Israël perçoit les taxes sur les ventes, les droits de douanes et les impôts indirects au nom des Palestiniens chaque mois, et les transfère dans les caisses de l’AP.
Le montant total des impôts qu’Israël perçoit chaque mois pour l’AP s’élève à environ 150-170 millions de dollars, a déclaré Samir Abdullah, ancien ministre de la Planification de l’AP, lors d’un entretien téléphonique.
L’AP emploie ces taxes pour couvrir environ la moitié de son budget annuel, a-t-il ajouté.
Depuis avril 2016, l’AP a réduit une partie des budgets qu’elle avait alloués à Gaza afin de faire pression sur le Hamas pour qu’il en abandonne le contrôle, contribuant à une grave crise humanitaire dans la bande de Gaza.
Selon Hussein al-Sheikh, membre du Comité central du Fatah et de Abbas, cependant, l’AP continuerait à transférer 96 millions de dollars par mois à Gaza.
Une partie des budgets de l’AP pour Gaza comprend des sommes pour l’électricité, les soins de santé, la protection sociale et les salaires des employés.
Lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, Abbas a déclaré que les Palestiniens cesseraient d’envoyer des fonds à Gaza, si le Hamas ne renonçait pas au contrôle du territoire.
« Nous n’assumerons plus aucune de nos obligations s’ils persistent à rejeter les accords », a-t-il déclaré, faisant référence à un certain nombre d’accords de réconciliation, dont un accord conclu entre le Hamas et le Fatah en octobre 2017 par l’intermédiaire de l’Égypte.
A LIRE : Discours intégral d’Abbas devant la 73e Assemblée générale de l’ONU
Dans l’accord négocié par l’Égypte, le Hamas et le Fatah avaient convenu que l’AP assumerait l’entière responsabilité de Gaza, de la même manière que pour la Cisjordanie. Toutefois, les partis rivaux ne sont pas parvenus à le mettre en œuvre.
Israël a récemment cherché des moyens de pallier aux pénuries de nourriture, d’eau et d’électricité dans la bande de Gaza afin d’atténuer les tensions et les affrontements quasi quotidiens le long de la frontière.
Il s’agissait notamment de permettre au Qatar de financer les livraisons de carburant à Gaza pour alimenter la centrale électrique de la bande de Gaza et de doubler la quantité d’électricité que les Gazaouis reçoivent chaque jour. L’accord pour autoriser l’entrée du carburant qatari conclu et entré en vigueur avait été conclu sans l’approbation d’Abbas, suscitant la colère de Ramallah.
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