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Jénine : Un imam suspendu pour avoir dit que les chefs de l’AP sont des traîtres

Le sermon du cheikh de Jénine semble se référer à l'accusation du Hamas selon laquelle l'AP a aidé Israël à traquer et à tuer le terroriste Ahmed Jarrar

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Une rue de Jénine (Crédit : Almonroth, Wikipedia)
Une rue de Jénine (Crédit : Almonroth, Wikipedia)

Un imam palestinien de Jénine qui accusait implicitement l’Autorité palestinienne (AP) de trahison a été suspendu et condamné à une amende par le ministère de l’AP du Waqf.

L’imam a également été accusé de ne pas avoir encouragé les Palestiniens à soutenir le président de l’AP, Mahmoud Abbas.

Le cheikh Mohammed Abahreh, l’imam de la Grande Mosquée de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, a été informé dimanche qu’il ne serait pas autorisé à prononcer les sermons du vendredi jusqu’à nouvel ordre.

En outre, le ministère a décidé de supprimer 500 shekels (143 dollars) de son salaire sous prétexte qu’Abahreh avait « violé les directives du département du Waqf ».

L’AP exige que tous les prédicateurs des mosquées se conforment à une directive hebdomadaire émise par son ministère du Waqf qui leur fournit des sujets de discussion pour leurs sermons du vendredi.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre des efforts de l’AP pour empêcher les prêcheurs extrémistes et les partisans du Hamas de contrôler les mosquées, a expliqué un responsable de la sécurité de l’AP. Les prêcheurs reçoivent leur salaire du ministère du Waqf », note le responsable. « S’ils ne respectent pas les règles, ils sont passibles de sanctions. »

La directive de la semaine dernière aux prédicateurs leur a demandé de consacrer leurs sermons du vendredi à la question de la « confiance en Allah ». Le ministère a également demandé aux prédicateurs d’exhorter les fidèles à se rallier à la direction d’Abbas.

Cependant, Abahreh n’a pas respecté la directive et a choisi de parler de trahison et de ses dangers pour la société palestinienne, selon des sources à Jénine.

Bien qu’il n’ait accusé directement personne de « trahison », les paroles du prédicateur ont été interprétées comme une critique de la direction de l’AP, ont ajouté les sources.

Abahreh est originaire du village d’al-Yamoun, où les forces de sécurité israéliennes ont abattu plus tôt ce mois-ci le terroriste du Hamas Ahmad Jarrar. Jarrar était membre d’une cellule terroriste du Hamas qui a tué le rabbin Raziel Shevach dans le nord de la Cisjordanie en janvier.

Le président palestinien Mahmoud Abbas lit des notes alors qu’il préside une réunion du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine au siège de l’Autorité palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie, le 3 février 2018 (AFP / ABBAS MOMANI)

Le discours d’Abahreh sur la « trahison » était apparemment lié aux accusations du Hamas selon lesquelles les forces de sécurité de l’AP avaient aidé Israël à traquer et à tuer Jarrar.

Plusieurs Palestiniens se sont rendus sur les réseaux sociaux pour condamner avec force l’AP pour ses mesures punitives contre l’imam.

« Maintenant, ils vont faire venir un rabbin pour faire le sermon pendant les prières du vendredi », a commenté Ahmed Nawahdah sur Twitter.

« La collaboration avec Israël est plus dangereuse qu’un sermon du vendredi », remarque Mosaab Jaradat sur Facebook.

Ahmad Nassar Jarrar, 22 ans, chef de la cellule terroriste qui a tué le rabbin Raziel Shevach le 9 janvier (Crédit : Twitter)

« C’était un sermon magnifique et il aurait dû recevoir une médaille d’or », a déclaré Yassin Naser, un autre utilisateur de Facebook. « Le public a adoré le sermon. »

La suspension de l’imam de Jénine a coïncidé avec un sondage d’opinion publique publié dimanche, qui a montré qu’un nombre croissant de Palestiniens s’inquiètent d’une « régression de la liberté d’expression dans la société palestinienne ».

Mené par le Centre des médias et de la communication de Jérusalem, le sondage réalisé auprès de 1 200 Palestiniens a montré que le pourcentage de ceux qui déclarent que la liberté d’expression n’est pas permise est passé de 23 % en juillet 2016 à 30 %.

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