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Témoignage

Jour du Débarquement : un vétéran britannique se souvient du « chaos absolu »

il retourne en Normandie pour participer aux cérémonies du 70e anniversaire du Débarquement

Des amateurs d'histoire et de la deuxième guerre mondiale rejouent le débarquement sur la plage d'Anzio à 52 km au sud de Rome (Crédit : AFP/Andreas Solaro)
Des amateurs d'histoire et de la deuxième guerre mondiale rejouent le débarquement sur la plage d'Anzio à 52 km au sud de Rome (Crédit : AFP/Andreas Solaro)

« J’étais terrifié. Mais il n’y avait nulle part où se cacher, il fallait avancer ». A 97 ans, Ken Scott a la voix qui se brise lorsqu’il se souvient du 6 juin 1944 où, sur une plage de Normandie, il a plongé dans le « chaos absolu ».

Agé à l’époque de 28 ans, il était déjà un soldat aguerri par trois ans de combats dans le désert nord-africain au sein de la septième brigade armée britannique. Il avait vu la mort de près et sous toutes ses coutures.

Mais rien ne peut préparer à ce qu’il a vécu ce jour-là, le plus long, lorsque 130 000 hommes ont débarqué en Normandie.

« Tout autour de moi, les soldats tombaient comme des mouches, ils criaient, hurlaient, ils appelaient leur mère », raconte-t-il, soixante-dix ans plus tard, à l’AFP, dans sa maison à Royal Wootton Bassett, petit village dans le sud-ouest de l’Angleterre.

« On ne pouvait pas s’arrêter pour les aider. C’était impossible, on serait mort nous aussi. Il fallait avancer », ajoute-t-il, en regardant par la fenêtre, au loin, s’excusant presque d’être sorti vivant du carnage.

Avancer. Le mot revient souvent dans la bouche du vétéran, au corps fatigué mais dont le cerveau se souvient du moindre détail de ce jour-là, où plus de 3 000 soldats alliés allaient perdre la vie avant minuit, sous le feu ennemi.

« J’étais terrifié. Mort de trouille comme tous les autres. Mais il n’y avait nulle part où se cacher, il fallait avancer », insiste-t-il.

« On ne pouvait plus voir la mer tellement il y avait de bateaux. Imaginez toute la puissance de feu de la marine bombardant la côte pour faire taire les mitrailleuses allemandes. Le bruit, l’odeur. Les bombes et les obus pleuvant de partout. Vous ne saviez pas qui était visé, si c’était vous, Tom, Dick ou Harry. Parfois elles tombaient trop court. C’était le chaos absolu. »

Au total, 1,5 million d’hommes avaient débarqué sur les plages de la Manche à la fin juillet 1944.

La bataille de Normandie avait alors fait plus de 44 000 morts dans les rangs alliés, 54 000 côté allemand et 20 000 dans la population civile française.

Avancer, « Il le fallait »

« Comment être fier ce qu’on a fait ce jour-là lorsqu’on a vu ses copains tomber sous la mitraille? Non, c’est impossible », glisse Ken Scott, très ému.

Rescapé, il allait combattre onze mois encore, jusqu’à la capitulation du Troisième Reich le 8 mai 1945. C’était pour lui la fin de cinq années de guerre, dont trois au sein des fameux « rats du désert » engagés en Libye et en Egypte.

Vétéran d’El-Alamein, il a aussi été l’un des premiers à entrer dans le camp de concentration nazi de Bergen-Belsen, au nord de l’Allemagne. Ce qu’il a vu ce jour-là, il ne veut « pas en parler », dit-il, alors que sa voix se brise à nouveau.

Même s’il en a connu l’horreur, il estime que la guerre était nécessaire. « Il fallait liquider cette clique nazie, il le fallait », martèle-t-il, assurant ne nourrir « aucune haine, vraiment aucune » envers les Allemands.

Le 6 juin prochain, il retournera en Normandie pour participer aux cérémonies du 70e anniversaire du Débarquement. Il était déjà là il y a cinq ans.

Aujourd’hui, alors qu’il a « un pied dans la tombe et l’autre sur un morceau de savon », il pense que ce sera sa dernière visite aux plages où tant de copains sont tombés.

A la cérémonie prévue dans la cathédrale de Bayeux, il portera fièrement l’uniforme kaki avec lequel il faisait campagne ces dernières années, pour lever des fonds pour d’association des vétérans de l’armée britannique.

« Si on me demande pourquoi je le porte, je répondrai : ‘c’est avec cet uniforme que j’ai débarqué en France il y a 70 ans et c’est avec lui que je vais la quitter. Au revoir. Vive les Français!’ Et puis je rentrerai à la maison. »

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