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Journée cruciale pour l’avenir politique du Premier ministre Netanyahu

Le Premier ministre fait face mercredi à un double défi avec une audition pour "corruption" et des pourparlers au point mort avec son rival Benny Gantz sur un gouvernement d'union

Le Premier ministre  Benjamin Netanyahu lors d'un événement marquant le premier anniversaire du transfert de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, le 14 mai 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un événement marquant le premier anniversaire du transfert de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, le 14 mai 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui cherche à rester en poste, fait face mercredi à un double défi avec une audition attendue de longue date pour « corruption » et des pourparlers au point mort avec son rival Benny Gantz sur un gouvernement d’union.

Israël est plongé dans l’impasse politique depuis les élections législatives du 17 septembre, qui n’ont pas désigné de vainqueur clair et menacent ainsi le règne de Benjamin Netanyahu, au pouvoir pendant 13 ans, dont la dernière décennie sans discontinuer.

Echanges de bons procédés, tentatives de collusion avec la presse, dons présumés de cigares et de champagne… Le procureur général d’Israël commence mercredi à auditionner les avocats de Benjamin Netanyahu dans trois affaires qui pourraient mettre en péril son avenir politique.

Au terme de cette audition, le procureur Avichaï Mandelblit pourra décider de la mise en examen ou non du Premier ministre pour corruption, fraude et abus de confiance dans l’un ou plusieurs des dossiers qui, tous, portent des noms de code à quatre chiffres.

M. Netanyahu, qui clame son innocence et dénonce sans relâche une « chasse aux sorcières », avait demandé que l’audition, qui devrait s’étendre sur plusieurs jours, soit retransmise en direct afin que « le public entende tout », affirmant qu' »il n’avait rien à cacher ».

Le procureur général a aussitôt rejeté cette demande, estimant que l’audition était « destinée à convaincre les instances juridiques » et non à « convaincre le public ».

Le Premier ministre ne devrait pas être présent à l’audition.

« Stupéfait »

Au même moment mercredi, les négociateurs du Likud (droite) de Benjamin Netanyahu et du parti centriste Kahol Lavan de son rival Benny Gantz avaient prévu de se rencontrer dans l’espoir de former un gouvernement d’union. Ces pourparlers devaient être suivis d’un tête-à-tête entre les deux rivaux.

Le président du parti Kakhol lavan, Benny Gantz (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) prennent la parole le soir des élections à Tel Aviv, lors d’événements distincts, le 18 septembre 2019. (Miram Alster, Hadas Parush/Flash90)

Mais mardi soir, après deux jours de pause nationale en raison du nouvel an juif, Kakhol lavan a annulé les rencontres de mercredi, estimant que les « conditions préalables » essentielles au dialogue n’avaient pas été réunies. Elles pourraient l’être cette semaine ou la suivante, a toutefois souligné le parti.

Le parti de M. Gantz estime notamment que M. Netanyahu ne peut diriger un gouvernement tant que ses affaires avec la justice ne sont pas réglées et qu’il ne peut représenter l’ensemble des partis de droite et religieux dans les pourparlers, mais seulement le Likud.

« Le Likud est stupéfait de la décision de Kahol Lavan de faire voler en éclats les négociations et d’annuler les rencontres (…) », a aussitôt réagi le parti du Premier ministre, accusant des membres de Kakhol lavan de refuser une alternance entre MM. Netanyahu et Gantz dans un gouvernement d’union.

Après les législatives du 17 septembre, aucun des deux grands partis n’était parvenu à obtenir la majorité au Parlement, même via leurs alliés respectifs, contraignant ainsi le président Reuven Rivlin à les départager, mandatant M. Netanyahu pour tenter de former le prochain gouvernement.

Un accord entre les deux partis permettrait de dépasser le seuil requis pour la majorité. Mais les discussions butent sur la question de savoir qui, de Netanyahu ou Gantz, serait le premier à diriger un gouvernement d’union.

« Face à face »

M. Netanyahu veut être non seulement le premier sur la chaise de Premier ministre, mais souhaite s’assurer d’un compromis lui permettant de se retirer provisoirement en gardant son titre s’il était inculpé par la justice. M. Gantz serait alors Premier ministre par intérim, ce qu’il refuse.

Si M. Netanyahu ne parvient pas à former le gouvernement, il devra alors retourner son « mandat » au président qui, lui, pourra alors le confier à M. Gantz. Mais à ce stade, rien n’indique que l’ancien général parviendra à rallier le Likud de M. Netanyahu ou à coopter ses alliés.

Prof. Gideon Rahat (Avec l’aimable autorisation de l’IID)

Pour Gideon Rahat, professeur de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem, Israël assiste à une sorte de confrontation entre deux automobilistes qui foncent l’un vers l’autre.

Chacun « menace » l’autre pour le pousser à se retirer de la piste « mais dans ce genre de jeu, il arrive parfois que les deux pilotes se tuent », dit-il à l’AFP. « Un troisième scrutin serait ainsi possible, aucun des deux n’ayant bougé », faisant référence aux législatives d’avril, qui avaient mené à une impasse similaire, et celles de septembre.

Or un troisième scrutin pourrait favoriser M. Netanyahu qui resterait ainsi en poste d’ici là et affronterait la justice en position de force, à titre de Premier ministre, souligne-t-il. Mais le plus pérenne des Premiers ministres israéliens « a perdu de sa magie ».

Les affaires qui menacent à court terme Benjamin Netanyahu

  • Champagnes et cigares

Au coeur du « dossier 1000 », des cigares de luxe, bouteilles de champagne et bijoux. Les enquêteurs cherchent à savoir si le Premier ministre et des membres de sa famille ont reçu pour plus de 700 000 shekels (environ 185 000 euros) de cadeaux de la part de richissimes personnalités, notamment du producteur Arnon Milchan et du milliardaire australien James Packer, en échange de faveurs financières ou personnelles.

Soupçonné dans ce dossier de fraude et d’abus de confiance, M. Netanyahu affirme n’avoir fait qu’accepter des présents de la part d’amis, sans les avoir sollicités.

  • Mediagate

Dans le « dossier 2000 », le Premier ministre aurait, selon les enquêteurs, tenté de s’assurer une couverture favorable dans le plus grand quotidien payant d’Israël, le Yediot Aharonot.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le rédacteur en chef du Yedioth Ahronoth, Arnon Moses. (Crédit image composée : Flash90)

Il aurait essayé de mettre en place un accord avec le patron du journal, Arnon Moses. En retour, M. Netanyahu aurait évoqué la possibilité de faire voter une loi qui aurait limité la diffusion d’Israel Hayom, quotidien gratuit et principal concurrent du Yediot.

L’accord n’a finalement jamais été conclu mais M. Netanyahu pourrait être inquiété pour corruption, fraude et abus de confiance.

Ari Harow, un ancien chef de cabinet de M. Netanyahu, a accepté de témoigner pour bénéficier d’un régime de clémence.

M. Netanyahu assure qu’il était le principal adversaire de la loi en question et dit avoir même provoqué les élections anticipées de 2015 pour la bloquer.

  • L’affaire Bezeq

Le « dossier 4000 » est décrit comme le plus dangereux pour Benjamin Netanyahu.

Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir tenté de s’assurer une couverture favorable sur le site d’informations Walla. En contrepartie, il aurait octroyé des faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des millions de dollars à Shaul Elovitch, alors patron du principal groupe de télécommunications israélien Bezeq et du site Walla.

Shaul Elovitch arrive pour la prolongation de sa détention provisoire dans l’affaire 4000 devant le tribunal de première instance de Rishon Lezion, le 18 février 2018. (Flash90)

Au cœur de l’enquête: la fusion en 2015 de Bezeq avec le fournisseur de télévision par satellite Yes. Une telle décision nécessitait l’aval des autorités de contrôle. Or, à l’époque, M. Netanyahu détenait aussi le portefeuille des Communications.

Selon M. Netanyahu, la fusion Bezeq-Yes a été validée par les services du ministère et les autorités de contrôle comme étant pertinente. Il conteste une couverture privilégiée de la part de Walla.

Le 2 décembre 2018, la police a recommandé la mise en examen de M. Netanyahu dans cette affaire pour corruption, fraude et abus de confiance. L’enquête vise également Shaul Elovitch, toujours le principal actionnaire de Bezeq et sa femme, ainsi que Stella Handler, PDG à l’époque de ce groupe de télécommunications.

Le procureur général a mis hors de cause Sara et Yaïr Netanyahu, l’épouse et le fils du Premier ministre.

Et après? 

Le Premier ministre a indiqué le 1er janvier qu’il ne démissionnerait pas s’il était mis en examen. Il n’est pas tenu de le faire selon la loi, mais s’il est inculpé et toujours en poste, il deviendra le premier chef de gouvernement de l’histoire d’Israël à connaître pareille avanie.

Il sera contraint de démissionner s’il est finalement condamné et que toutes les voies de recours ont été épuisées, ce qui pourrait prendre des années.

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