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Kiev critique le rapport israélien sur l’antisémitisme en 2017

Le ministère de la Diaspora a indiqué que "l'usage des Juifs comme épouvantails dans le discours public" s'est renforcé depuis l'annexion de la Crimée en 2014

Réalisée le 22 février 2015, cette photo montre la tombe endommagée de la fille du rabbi Nachman de Breslev, récemment restaurée par Oholei Tzadikim. (Photo credit: Oholei Tzadikim)
Réalisée le 22 février 2015, cette photo montre la tombe endommagée de la fille du rabbi Nachman de Breslev, récemment restaurée par Oholei Tzadikim. (Photo credit: Oholei Tzadikim)

MOSCOU (JTA) — Dans son principal rapport annuel sur l’antisémitisme, le gouvernement israélien a pointé du doigt l’Ukraine parmi les pays d’Europe de l’est pour la hausse rapportée des agressions dans le pays, suscitant les protestations de Kiev.

Cette allégation est apparue dans le rapport sur l’antisémitisme de 2017 que le ministère des affaires de la Diaspora placé sous la direction du ministre de l’Education Naftali Bennett a publié la semaine dernière, avant la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste du 27 janvier.

« Le nombre d’agressions antisémites enregistrées double par rapport à l’an dernier et dépasse le bilan de tous les incidents rapportés dans la région entière combinée », dit le rapport.

Le rapport ne précise pas le nombre total des incidents rapportés mais un porte-parole du ministère interrogé par JTA a dit qu’à travers toute l’année 2017, plus de 130 incidents d’antisémitisme ont été rapportés en Ukraine, notamment des agressions violentes.

Ces données émanent des communautés juives et de Nativ, une agence gouvernementale israélienne qui, dans le passé, appartenait aux services de renseignement mais qui ne gère aujourd’hui que les questions liées à l’alyah ou l’immigration des Juifs et de leurs proches en Israël.

Le rapport indique également que 2017 marque la seconde année consécutive où l’Ukraine présente le nombre le plus élevé d’incidents antisémites parmi tous les pays de l’ex-Union soviétique.

Le mémorial de Babi Yar, à Kiev, en Ukraine, en septembre 2014 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

L’Ukraine accueille approximativement 360 000 Juifs, selon le Congrès juif européen. La Russie en compte plus de 300 000, selon des données du Congrès Juif mondial.

Dans un reportage diffusé samedi sur Radio Liberty, un historien d’état ukrainien a rejeté le rapport israélien en le qualifiant de propagande anti-ukrainienne. Un chercheur spécialisé dans l’antisémitisme du pays a par ailleurs déclaré qu’il considérait le document comme faussé et peu professionnel.

Le chercheur, Vyacheslav Likhachev, affilié à l’association Vaad des communautés et organisations juives d’Ukraine, a suggéré dans le reportage que les auteurs du rapport s’étaient contentés de résumer les incidents trouvés sur Internet avec un « manque flagrant de professionnalisme et en violation de toutes les normes sur la documentation des crimes de haine, guidée par des groupes de contrôle spécialisés que ce soit en Ukraine et dans le monde », a-t-il dit.

Reut Moshonov, le porte-parole du ministère israélien, a pour sa part déclaré à JTA que « le rapport a été fait en utilisant des sources crédibles, et notamment au sujet de l’Ukraine. Nous espérons être en mesure de rapporter un inversement de la tendance actuelle l’année prochaine ».

Le directeur de l’Institut de commémoration nationale d’Ukraine, Vladimir Vyatrovich, a indiqué à Radio Liberty que « c’est dommage, mais les résultats de l’influence de la propagande se ressentent même dans les documents de certaines institutions israéliennes ».

Le rapport pointe également du doigt l’institution de Vyatrovich et ses tentatives présumées de réhabiliter la réputation des leaders nationalistes des années 1920 et 1940, malgré leur complicité ou celles de leurs troupes dans les meurtres des Juifs, parfois aux côtés des forces allemandes d’occupation pendant l’Holocauste.

Les manifestations de ces hausses présumées des attaques antisémites comprennent « une propagande anti-juive dans le discours public, des actes de vandalisme contre des sites juifs comme les cimetières, les sites de commémoration de la Shoah et les institutions communautaires », affirme le rapport.

L’absence d’une « action efficace » de la part des autorités a entraîné des attaques répétées qui ont été « menées par des auteurs qui n’ont jamais été attrapés », dit également le rapport. Dans de nombreux cas, les attaques antisémites ont été traitées comme des actes de vandalisme ou de banditisme sans l’élément d’aggravation que constitue le crime de haine, explique le rapport.

Suite à la révolution en Ukraine de 2014, qui s’est soldée par le renversement de Viktor Yanoukovitch par des opposants qui voyaient en lui un pantin corrompu de la Russie, « il y a eu l’impression que l’Ukraine qui, dans le passé, présentait un taux inhabituel au niveau de l’utilisation du discours antisémite dans un objectif de promotion de buts politiques, avait réussi à laisser ce fléau derrière lui », indique le rapport. Mais au cours de ces deux dernières années, « l’utilisation des Juifs comme épouvantails dans le discours public a augmenté et est devenue prévalente », ajoute le rapport.

Volodymir Groysman est à 38 ans le Premier ministre le plus jeune de l’histoire de l’Ukraine, et le premier à être Juif. (Crédit : Wikimedia Commons/via JTA)

Des Juifs avaient été nommés à de hautes fonctions gouvernementales suite à la révolution, comme cela avait été le cas du Premier ministre Vlodymir Groysman. Mais « dorénavant, les origines juives de ces individus sont perçues comme étant l’une des raisons de la réalité socio-politique difficile du pays », établit le rapport.

Même les leaders qui ne sont pas juifs, comme le président Petro Poroshenko, « sont considérés par l’opinion publique comme étant secrètement juifs », dit-il encore.

Le rapport cite des propos tenus par Nadiya Savchenko, une pilote héroïne de guerre devenue politicienne nationaliste, qui avait déploré que le gouvernement de Proshenko était « non-ukrainien ».

La prévalence de l’antisémitisme en Ukraine est une question sensible pour la démocratie israélienne parce que la question a figuré de manière prédominante dans la propagande anti-ukrainienne de la Russie, qui a annexé la Crimée en 2014 et qui est impliquée dans un conflit avec l’Ukraine via son financement des rebelles pro-russes dans le pays.

Le président russe Vladimir Poutine avait cité un antisémitisme présumé pour justifier l’invasion de la Crimée qui, selon lui, avait pour objectif de protéger les minorités ethniques durant la révolution. Israël, qui entretient de proches relations avec la Russie comme avec l’Ukraine, était officiellement resté neutre.

Le chapitre sur la Russie dans le rapport sur l’antisémitisme contient un langage qui est nettement moins dur que celui consacré à l’Ukraine. « L’année dernière on a assisté à une continuation de la tendance en baisse du nombre d’attaques antisémites en Russie », établit le rapport.

« Dans un certain nombre de cas, les politiciens et les responsables élus choisissent de se référer aux origines ethniques des militants de l’opposition et des artistes libéraux dont l’identité juive n’a aucune pertinence dans le cadre de leurs actions », écrit l’auteur.

Le rapport note onze exemples d’attaques antisémites en Russie, notamment le jet de cocktails Molotov sur les bureaux de la Fédération des communautés juives de Russie situés à Moscou au mois de septembre et des vitres brisées dans une synagogue au mois de juillet.

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