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La corruption pourrait devenir un problème coûteux pour l’AP

Bruxelles, le plus généreux donateur de l'Autorité palestinienne (AP) exige une plus grande transparence

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à Ramallah, le 31 mars 2014 (Crédit : Issam Rimawi/FLASH90)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à Ramallah, le 31 mars 2014 (Crédit : Issam Rimawi/FLASH90)

Lorsque la police israélienne a trouvé des milliers de téléphones portables de contrebande dans la voiture du haut fonctionnaire de l’Autorité palestinienne Rawhi Fattouh, il a rapidement été démis de ses fonctions – pour environ deux mois.

Un conseiller de Mahmoud Abbas, Fattouh, a été rétabli en mai 2008 après que son chauffeur, un fonctionnaire, ait avoué la contrebande, où la police israélienne des frontières a découvert lors de la fouille de la voiture de Fattouh à un passage de la frontière entre la Jordanie et la Cisjordanie.

Le scandale a attiré l’attention des médias internationaux, mais en 2011, l’affaire avait été classée. Le procureur palestinien, Ahmed Al-Moghani, a affirmé que son bureau ne disposait d’aucune information impliquant Fattouh.

Pourtant, disent les critiques, ce scandale et d’autres du même type sont révélateurs du problème de corruption persistant et qui sévit dans l’Autorité palestinienne depuis qu’elle a été formée sous Yasser Arafat après la signature des accords d’Oslo de 1993.

Longtemps ignorée à l’echelle mondiale en raison d’affaires plus urgentes, le problème a maintenant atteint un degré sans précédent de contrôle de la part de l’Union européenne, le principal donateur de l’Autorité palestinienne.

Depuis 1994, 7,7 milliards de dollars de fonds de l’UE ont été transférés à Ramallah.

En décembre, la Cour des comptes européenne a déclaré que les Palestiniens avaient utilisé pendant des années l’argent européen pour payer des fonctionnaires de Gaza, dont certains n’avaient en réalité pas travaillé depuis sept ans.

Le ministre du Travail palestinien, Ahmed Majdalani, a justifié les paiements, disant que les employés avaient des familles à soutenir et que les salaires ne pouvaient être interrompus d’un coup, mais le Parlement européen a adopté une position moins enthousiaste.

Depuis 1994, 7,7 milliards de dollars de fonds de l’UE ont été transférés à Ramallah.

Le mois dernier, il a adopté une résolution non contraignante
affirmant que les problèmes de paie soulèvent des inquiétudes concernant le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Il a mentionné le paiement controversé des salaires de l’Autorité palestinienne aux familles des terroristes purgeant leur peine dans les prisons israéliennes.

Dans un geste sans précédent, le Parlement a également souhaité que le financement futur de l’UE soit subordonné au respect par les Palestiniens des recommandations de réforme.

Guy Bechor, un expert israélien sur le monde arabe et ancien professeur au Centre interdisciplinaire de Herzliya, a déclaré : « Jusqu’à présent, l’aide de l’UE était inconditionnelle, maintenant, pour la première fois, nous assistons à des prises de position en faveur de conditionnalité et de transparence. »

Certains analystes attribuent cette vigilance soudaine de l’Europe à la colère sur le récent effondrement des pourparlers de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne.

L’ambassadeur de l’UE en Israël, Lars Faaborg-Andersen, a averti en janvier qu’il y aurait « un prix à payer » par les deux parties, si les pourparlers devaient échouer.

D’autres y voient la frustration face aux habitudes de dépenses de Ramallah et une fatigue générale des bailleurs de fonds en Europe, où les taux de chômage élevés et une croissance économique léthargique obligent les Européens à se serrer la ceinture.

Michael Theurer, président de la commission du Parlement européen sur le contrôle budgétaire, a écrit dans le Wall Street Journal le 9 Avril : « Comment l’Union européenne peut-elle préserver sa crédibilité en interne quand elle verse des salaires à des personnes qui ne travaillent pas, alors que des millions de citoyens européens sont au chômage ? »

Dans son éditorial, Theurer a lié les problèmes de fourniture de comptes de l’Autorité palestinienne à la réussite du Hamas, au pouvoir en place à Gaza et considéré comme un groupe terroriste par les Etats-Unis et en Europe.

« Plus l’Autorité palestinienne est perçue comme corrompue par le peuple palestinien, plus ils soutiendront le Hamas, » écrit-il.

« Par conséquent, pour promouvoir la paix et la stabilité, Bruxelles doit aider l’Autorité palestinienne à bâtir des institutions solides et transparentes. »

La référence au Hamas touche à une autre complication potentielle de financement de l’UE. Le mois dernier, le Hamas a signé un accord de réconciliation avec le Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Un gouvernement palestinien financé par l’UE avec le Hamas à bord « ne signifierait pas seulement des fonds de l’UE pour les terroristes, mais serait en contradiction avec la solution à deux Etats, ce qui est l’objectif même déclaré du financement en premier lieu », a déclaré Arié Zuckerman du Congrès juif européen.

Des fonctionnaires de l’UE ont affirmé qu’ils envisageraient comme légitime un gouvernement d’unité palestinien si le Hamas acceptait les principes sous-jacents au processus de paix israélo-palestinien, y compris la reconnaissance d’Israël et l’engagement à la non-violence.

L’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a déclaré que le gouvernement palestinien provisoire formé à partir du processus de réconciliation ne comprendrait pas de ministres issus du Hamas ou du Fatah, mais serait composé de fonctionnaires indépendants des deux partis.

Certains rapports font état de rumeurs au sein de l’Union européenne concernant la réduction de l’aide à l’Autorité palestinienne.

Si cela s’avérait exact, cette menace pourrait concerner autant Israël que les Palestiniens, selon Oded Eran, un ancien ambassadeur d’Israël pour l’Union européenne et actuellement chercheur principal à l’Institut pour les études de sécurité nationale de l’Université de Tel Aviv.

« La perspective de couper l’aide à Ramallah a servi comme une menace voilée à Israël », a déclaré Eran, « parce qu’ils estiment que cela placerait cette charge financière sur Israël. »

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