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La police accusée d’avoir utilisé un agent pour pousser un jeune au crime

Des documents classifiés indiquent qu'un complice avait entraîné un jeune d'extrême-droite à mener une attaque en étant en contact avec la police ; la police nie toute implication

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Illustration : Une voiture avec le slogan "Prix à payer" à la suite d'un crime haineux présumé à Jérusalem, le 9 mai 2017. (Porte-parole de la police israélienne)
Illustration : Une voiture avec le slogan "Prix à payer" à la suite d'un crime haineux présumé à Jérusalem, le 9 mai 2017. (Porte-parole de la police israélienne)

L’avocat d’un adolescent d’extrême-droite accusé de crime raciste, a déclaré que son client avait été provoqué par un agent de police, et que les autorités étaient au courant de l’attaque au préalable, et n’avaient rien fait pour l’empêcher.

Le Times of Israel a pris connaissance mercredi de documents qui semblaient confirmer que le complice plus âgé – 18 ans – coopérait avec les autorités. La police a fermement démenti cette allégation, soulignant le fait que l’homme était également en prison et avait été inculpé.

Ces accusations s’inscrivent dans un contexte d’augmentation de crimes racistes contre les Palestiniens et les Arabes.

L’adolescent, dont le nom ne peut être révélé car il s’agit d’un mineur, et le second homme, ont été mis en examen pour avoir tagué des slogans racistes en hébreu sur des murs dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem est, en décembre 2017.

Mais l’avocat du mineur a eu des soupçons quant à ce délit, quand il s’est aperçu que l’acte d’accusation de son client ne faisait aucune mention de son complice plus âgé, qui lui a fourni les outils nécessaires pour commettre cette infraction.

L’avocat, Moshe Polsky, de l’organisation d’aide juridictionnelle Honenu, a demandé à voir l’acte d’accusation du complice plus âgé, mais la police lui a indiqué qu’il était confidentiel.

Le Times of Israel a réussi à prendre connaissance de l’acte d’accusation de la Cour des Magistrats de Jérusalem à l’encontre du complice plus âgé, qui établit que le suspect avait préparé un sac avec le matériel nécessaire à l’attaque, notamment un spray de peinture et un cocktail Molotov.

Le complice plus âgé avait caché le sac dans le quartier juif de la Vieille Ville de Jérusalem et avait dit au mineur de l’y rejoindre. Selon l’acte d’accusation, le jeune aurait ouvert le sac et déclaré à son complice qu’il ne voulait pas utiliser de cocktail Molotov.

L’avocat Moshe Polsky de Honenu. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le suspect a tenté, sans succès, de convaincre l’adolescent de l’utiliser, et le mineur a fini par vandaliser une maison de Sheikh Jarrah, en taguant par ailleurs un graffiti.

Selon les documents classifiés du ministère de la Sécurité intérieure, dont le Times of Israel a également pris connaissance, le complice adulte avait alerté la police avant, pendant et après l’incident, qui l’avait intimé de ne pas y prendre part.

Les documents classifiés comprennent également une directive du ministère de la Sécurité intérieure, ordonnant à l’avocat du mineur de ne publier aucune information sur le complice adulte, car cela « exposerait les méthodes de travail de la police… et porterait atteinte à l’efficacité de ses activités ».

L’acte d’accusation contre le complice adulte fait également mention d’un autre incident, au cours duquel le suspect de 18 ans aurait encouragé le mineur à commettre un crime raciste en Cisjordanie, en lui fournissant le matériel nécessaire.

Les documents classifiés du ministère de la Sécurité intérieure montrent, là aussi, que le suspect avait tenu les autorités au courant à chaque étape de la planification et de l’exécution de l’attaque, qui n’a pas été évitée.

La police a fermement rejeté toutes ces allégations, indiquant qu’elles étaient « basées sur des faits erronés qui ne correspondent pas à la réalité. Contrairement à ce qui est prétendu, le prisonnier n’a jamais été utilisé comme agent de police. »

Le communiqué de mercredi mettait en évidence le fait que le complice adulte était derrière les barreaux, avec le mineur, ce qui suggère qu’il n’était effectivement pas un informateur.

« Sa mise en détention est le résultat d’une action déterminée de la police contre ses crimes », a déclaré le communiqué.

La police a refusé de révéler « les renseignements » qui corroborent leurs affirmations, mais a assuré qu’elle prend très au sérieux chaque allégation de crime raciste.

Avishai Raviv, un agent de sécurité du Shin Bet, qui surveillait les activités des militants d’extrême-droite, en 1987. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Polsky a fustigé les forces de l’ordre et a affirmé que cette affaire était un vestige d’une affaire impliquant un informateur du Shin Bet connu sous le nom de « Champagne ».

Ce nom de code était celui d’Avishai Raviv, un activiste d’extrême-droite, devenue indic pour le Shin Bet dans les années 80 et 90.

Après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995, Raviv a été accusé d’avoir eu connaissance des projets de meurtre de Yigal Amir, et de ne pas en avoir informé le Shin Bet en amont. Raviv a été traduit en justice et disculpé.

« En 2018, Israël fait face à une affaire « Champagne » que nous pensions finie en 1995. C’est un séisme qui concerne chaque citoyen », a déclaré Polsky.

L’avocat a ajouté que « l’obsession [de la police] à produire des résultats » dans la lutte contre le crime juif a « une fois de plus, dépassé les bornes ».

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