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Analyse

La Russie, intermédiaire de facto entre l’Iran et Israël

Dans l'impossibilité de réunir Jérusalem et Téhéran à la même table, Moscou devra s'assurer que le conflit ne dégénère pas

Le président russe Vladimir Poutine (à droite) avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au Kremlin à Moscou, le 9 mai 2018. (Crédit : SERGEI ILNITSKY/AFP)
Le président russe Vladimir Poutine (à droite) avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au Kremlin à Moscou, le 9 mai 2018. (Crédit : SERGEI ILNITSKY/AFP)

En plein accès de fièvre entre l’Iran et Israël, la Russie appelle au dialogue et multiplie les contacts entre les deux pays avec qui elle entretient des relations privilégiées, se posant de fait en intermédiaire.

« Pour résumer, le Kremlin est assis entre deux chaises », constate l’analyste russe Alexeï Malachenko. « C’est une situation compliquée et difficile pour la Russie, qui a des liens avec les deux ennemis jurés ».

Les tensions entre l’Iran et Israël ont connu une dangereuse escalade dans la nuit de mercredi à jeudi, lorsque l’armée israélienne a mené des dizaines de raids aériens meurtriers contre des cibles iraniennes en Syrie.

L’Etat hébreu a affirmé qu’il s’agissait d’une riposte à des tirs iraniens sur la partie du Golan contrôlée par Israël.

Le Kremlin a aussitôt fait part de sa « préoccupation » et dit espérer de la « retenue de toutes les parties », appelant les deux pays à résoudre leurs désaccords « exclusivement par les voies diplomatiques ».

Présente militairement depuis septembre 2015 en Syrie, la Russie s’est imposée comme un acteur-clé au Proche-Orient.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (au centre), le président russe Vladimir Poutine (à droite) et le président iranien Hassan Rouhani (à gauche) posent pour une photo avant le sommet tripartite Turquie-Russie-Iran à Ankara, en Turquie, le 4 avril 2018 (AFP / Pool / Tolga Bozoglu)

« Le rôle de la Russie comme médiatrice est fortement apprécié dans la région. Ce rôle va se renforcer » si la crise entre Israël et l’Iran s’aggrave, estime Alexandre Krylov, spécialiste des Affaires étrangères à l’université russe MGIMO. « La valeur ajoutée de la Russie au Proche-Orient, c’est qu’elle garde de bons contacts avec des forces à qui d’autres acteurs de conflits régionaux refusent de parler: avec le Hamas, le Hezbollah, l’Iran, les Kurdes… »

Moscou constitue ainsi un pont entre l’Etat hébreu et Téhéran, à couteaux tirés depuis des décennies.

Avant même que les frappes aient lieu, Vladimir Poutine, investi lundi pour un quatrième mandat, avait reçu mercredi au Kremlin le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Moscou pour la deuxième fois depuis le début de l’année.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov était jeudi à Téhéran pour discuter des conséquences de la sortie des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et assurer, selon Moscou, que les deux pays allaient maintenir une « étroite coopération » sur ce dossier.

‘Relations de confiance’

Le ministre des Affaires étrangères russe Sergei Lavrov durant une conférence de presse avec son homologue allemand, à Moscou, le 10 mai 2018. (Crédit : AFP / Yuri KADOBNOV)

Lors d’une conférence de presse, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a affirmé que Moscou avait mis en garde toutes les parties contre « toute action qui pourrait se révéler provocatrice de part et d’autre », y compris lors de la visite de Netanyahu mercredi.

Cette rencontre, la veille des frappes, « montre que la Russie pourrait jouer un rôle » de premier plan, estime Fiodor Loukianov, expert en géopolitique. « Moscou pourrait ainsi utiliser ses relations de confiance avec les deux pays pour les aider à communiquer et faire en sorte que la confrontation ne dépasse pas certaines limites ».

Mais si la Russie juge « légitimes » les préoccupations sécuritaires d’Israël, elle considère surtout l’Iran comme « un partenaire indispensable sur plusieurs points, notamment sur le dossier syrien », rappelle Loukianov.

Longtemps antagonistes, la Russie et l’Iran ont vu leurs relations s’améliorer avec la fin de la Guerre froide. Alors que Téhéran était au ban des nations, Moscou a accepté au milieu de la décennie 1990 de reprendre le contrat de construction de la centrale nucléaire de Bouchehr (sud de l’Iran), abandonné par l’Allemagne.

En Syrie, l’Iran est comme Moscou un allié indéfectible du régime de Bachar al-Assad. Avec la Turquie, les deux pays sont les parrains du processus d’Astana, qui a permis une baisse de tensions sur le terrain syrien l’année dernière, sans aboutir à de réelle percée dans le règlement politique de ce conflit.

Pour l’expert Alexeï Malachenko, la Russie mettra tout en oeuvre pour garder de bonnes relations avec Israël et l’Iran, d’autant plus que les frappes israéliennes « ne menacent aucunement » la position de la Russie en Syrie.

Une stratégie qui a ses limites, explique l’expert: « Même avec la meilleure volonté du monde, personne ne peut amener l’Iran et Israël à la même table ».

« Si Israël venait à défier ce rôle dominant de la Russie, la Russie réagirait et prendrait position », souligne de son côté Loukianov. « Mais il y a peu de chances que cela arrive, car Israël sait que la Russie est le pouvoir qui définit les règles en Syrie ».

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