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L’antisémitisme du philosophe Alain est-il un scoop ?

A l'occasion de la parution simultanée de son Journal et d'un livre de "Solstice d'hiver", un livre de Michel Onfray démontant l'idole, la question se pose : que reste-il d'Alain ?

Le philosophe Alain en couverture du dernier livre de Michel Onfray (Crédit capture d'écran Ed. L'Observatoire)
Le philosophe Alain en couverture du dernier livre de Michel Onfray (Crédit capture d'écran Ed. L'Observatoire)

Cent-cinquante ans après sa naissance, la publication du journal inédit d’Alain qui chronique les douze dernières années de sa vie, laisse voir sans pudeur les opinions antisémites du philosophe et professeur cantonné jusque-là au rôle de l’humaniste bienveillant, Le Monde parle « d’aimable sagesse », dont l’héritage tombait petit à petit dans un oubli respectueux.

La parution opportune de ce journal et d’un livre critique de Michel Onfray, qui démontre ici un sens parfait du timing, risque de troubler durablement l’héritage philosophique d’Emile-Auguste Chartier, dit Alain, disparu en 1951 dans le Vésinet (Yvelines).

« Pour bien saisir ce qui se joue, un rappel est nécessaire (…), précise Le Monde, il parut pourtant, entre 1920 et 1940, incarner tout à la fois l’humanisme républicain, la grandeur pédagogique, le bon sens cultivé et matois, la réflexion libre menant à la sagesse philosophique. Autant dire qu’une mythologie s’est cristallisée, au XXe siècle, autour de sa silhouette et de son œuvre. Parmi ses élèves : Simone Weil, Raymond Aron, Georges Canguilhem, André Maurois, ­Julien Gracq ».

Mais il y a dans ce journal inédit, explique Michel Onfray surtout “concernant la Deuxième guerre Mondiale en général, et, en particulier, les Juifs, Vichy, Pétain, Hitler ou Mein Kampf, (…) des informations qui vont, me semble-t-il, définitivement ruiner la réputation du philosophe.”

C’est l’exercice auquel s’adonne Onfray dans Solstice d’hiver. Alain, les juifs, Hitler et l’Occupation. Ici, certaines citations tranchent violemment avec la bonhomie d’Alain.

« J’espère que l’Allemand vaincra, écrit-il au début de la guerre, car il ne faut pas que le genre de de Gaulle [qu’il écrit “de Gaulle”] l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive qui aura ses Judas Macchabée. » Ailleurs il est question de « pouillerie juive » ou de digressions sur les musiciens juifs qui « se grattent le ventre ».

Si Onfray prétend briser l’idole du bonheur, il s’avère que la question de l’antisémitisme d’Alain est connue depuis… 1987 au moins.

Le site de France-Culture, dans un panorama complet de la dispute sur l’antisémitisme d’Alain, rappelle que l’historien Marc Ferro l’évoquait déjà dans son livre Pétain.

Cette face sombre du philosophe est également abordé par le Bulletin de l’Association des amis d’Alain qui cite « plusieurs passages sans ambiguïté parmi ce qu’a pu écrire Alain ».

Plus significatif encore, ce qu’Alain lui-même a pu écrire de son propre antisémitisme, ses « aigres réflexions que j’exprime ici ont gâté beaucoup » de ses jours.

A la date du 28 janvier 1938, il écrit ainsi : « Je voudrais bien, pour ma part, être débarrassé de l’antisémitisme, mais je n’y arrive point ». Plus loin il évoque avoir fait de la peine à ses amis « Brunschvicg, Halévy, Lévy-Oulmann, Eisenmann » pour avoir pris position pour l’antisémitisme lors de son entrée à l’Ecole normale. « Ce qui est vrai c’est que je ne me relèverai jamais de cette faute, » conclut-il.

Journal inédit 1937-1950, d’Alain, édité par Emmanuel Blondel, Ed. Les Équateurs, 832 p., 32 €

Solstice d’hiver. Alain, les juifs, Hitler et l’Occupation, de Michel Onfray, Ed. L’Observatoire, 112 p., 12,50 €

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