L’avion syrien abattu menaçait-il Israël ?
Les récentes flambées de violence à la frontière nord sont le résultat des bombardements du régime, Damas et Moscou cherchant à faire tomber le dernier bastion rebelle au sud
Peu de temps après que son avion de chasse a été abattu mardi, la Syrie a publié un communiqué accusant Israël. Damas n’a pas tardé à expliquer que son avion était en mission dans le cadre de son « offensive contre les terroristes » dans la cuvette de Yarmouk.
Bien qu’il soit difficile de dire avec certitude qu’il ne soit pas entré intentionnellement dans l’espace aérien israélien, une vision globale du conflit syrien semble suggérer que le colonel Amran Marae s’est simplement égaré dans l’espace aérien israélien, faisant de lui la dernière victime des retombées de la violence de la guerre civile syrienne qui est sur le point de se terminer.
Il y a peu de raisons de penser que les forces aériennes syriennes avaient l’intention de frapper des cibles israéliennes ; au contraire, le pilote était probablement occupé à bombarder des cibles rebelles adjacentes au triangle Syrie-Jordanie-Israël dans le cadre d’une vaste offensive syrienne et russe.
Cette enclave, adjacente au sud du plateau du Golan, est sous le contrôle d’un groupe djihadiste lié à l’État islamique. L’affilié est l’un des derniers groupes liés à l’EI qui contrôlent le territoire syrien, et l’un des derniers opposants de la rébellion, les forces de Bashar el-Assad contrôlant aujourd’hui environ 70 % du territoire syrien.
Ces dernières semaines, les forces du régime ont réussi à éliminer les bastions rebelles du sud de la Syrie, notamment dans les provinces de Daara et de Qouneitra.
La stratégie du régime dans ces zones – bombarder des cibles rebelles et ne proposer qu’ensuite une évacuation – se joue actuellement dans cette région de forme triangulaire.
Mardi matin, les Syriens ont essayé de persuader les rebelles du triangle de suivre des milliers de leurs homologues à Qouneitra, qui ont accepté de partir pour Idlib tenu par les rebelles ces derniers jours.
Cependant, étant donné le refus des rebelles armés de déposer les armes, le régime a fait marche arrière et a repris le bombardement de la zone, comprenant des frappes aériennes.
La conséquence était évidente avec le lancement de deux roquettes SS-21 près de la frontière israélienne (déclenchement de sirènes de fusées en Israël et le tir de deux missiles intercepteurs) lundi, et le crash de l’avion de chasse syrien mardi.
Si on se réfère à d’autres régions, bientôt cette région triangulaire sera également sous contrôle syrien et le calme pourrait revenir à la frontière israélienne du Golan.
Mais avec le retour au calme, il est à craindre que les forces soutenues par l’Iran puissent également revenir.
Lundi, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le chef d’état-major militaire russe, le général Valery Vassilievitch Gerasimov, ont abordé avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’avenir de la Syrie, et ont proposé de contenir les troupes et les combattants soutenus par l’Iran en Syrie à au moins 100 kilomètres de la frontière nord d’Israël.
Actuellement, il y a environ 20 000 soldats iraniens et activistes soutenus par l’Iran (y compris le Hezbollah) qui combattent en Syrie, et Téhéran est fortement investi dans l’établissement de bases militaires pour ces derniers dans tout le pays.
Moscou pourrait les tenir à distance de la frontière et même les expulser totalement de la Syrie. La question cruciale est de savoir si la Russie souhaite le faire.
comments