Le besoin en soldats de Tsahal n’est pas le vrai problème avec les Haredim
Israël se dirige peut-être vers des élections anticipées pour l'enrôlement de quelques centaines de recrues ultra-orthodoxes, ce qui ne règlera pas le manque d'effectifs de l'armée
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Le fait qu’Israël puisse se diriger vers une deuxième élection générale dans quelques mois – si le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne parvient pas à former une coalition majoritaire – a relativement peu à voir avec l’armée ou ses préoccupations très réelles en ce qui concerne les effectifs, même si cet échec provient de différences inconciliables entre le parti laïc Yisraël Beytenu et les groupes ultra-orthodoxes concernant le recrutement des élèves des yeshivot.
Le chef d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, exige une augmentation du niveau d’enrôlement des ultra-orthodoxes, ou Haredi, dans l’armée israélienne et menace de sanctions économiques les institutions ultra-orthodoxes si elles n’atteignent pas ces objectifs. Les partis Haredi, Yahadout HaTorah et Shas, exigent exactement le contraire : davantage d’exemptions pour les étudiants des yeshivot de leurs communautés. Et Netanyahu a besoin à la fois de Liberman et des partis ultra-orthodoxes pour une coalition majoritaire.
Tsahal est en effet aux prises avec la menace potentielle d’une importante pénurie de soldats à la suite d’un amendement apporté en 2015 au projet de loi du pays qui réduit le service obligatoire des hommes de trois ans à deux ans et huit mois, et prévoit de réduire encore ce service à 30 mois dès 2020.
Pourtant, bien qu’il s’agisse apparemment des besoins en effectifs de l’armée, l’impulsion directe de ce combat partisan entre Yisrael Beytenu et les partis Haredi ne vient pas des besoins de Tsahal mais d’exigences juridiques.
En 2012, la Haute Cour de justice a annulé la « loi Tal » de 2002, qui avait dicté des niveaux d’enrôlement ultra-orthodoxes, mais qui a été jugée injuste et donc illégale. Une loi de remplacement plus exigeante a été proposée en 2013 par le parti Yesh Atid, mais elle a rapidement été amendée et adoucie lorsque les partis Haredi sont revenus au pouvoir. En 2017, la Haute Cour a également annulé cette loi, la déclarant tout aussi injuste.
Même pendant les années où cette loi de remplacement édulcorée en 2013 était en vigueur, l’armée n’a jamais atteint le nombre prescrit de recrues Haredi, parfois inférieur de plusieurs centaines.
Alors que Netanyahu doit actuellement trouver une autre formulation, qui réponde simultanément aux exigences de Liberman, des partis ultra-orthodoxes et de la Haute Cour de justice, faire en sorte que Tsahal soit à même de satisfaire ses besoins en personnel ne fait pas partie de ces demandes. Et même les propositions les plus spectaculaires qui sont sérieusement à l’étude ne seraient pas près de répondre aux besoins de l’armée israélienne.
Le plan de Liberman, bien qu’il soit considéré comme tout à fait trop extrême par les factions Haredi, ne verrait qu’une augmentation relativement modeste du nombre d’étudiants ultra-orthodoxes de la yeshiva. La proposition présentée l’année dernière par le ministère de la Défense de Liberman exigeait au départ que 3 348 hommes ultra-orthodoxes s’enrôlent dans Tsahal chaque année et 648 autres participent à un service national, une légère augmentation des quotas en vigueur. Ces chiffres augmenteraient, d’abord de 8 % par an pendant trois ans, puis de 6,5 % pendant encore trois ans et enfin de 5 % pendant quatre autres années, pour atteindre 5 737 recrues militaires ultra-orthodoxes et 1 107 militaires nationaux après une décennie.
Si le projet n’atteint pas 95 % de ces objectifs, des sanctions sous la forme de coupes dans les fonds publics alloués aux yeshivas ultra-orthodoxes seraient mises en place. Les amendes augmenteraient chaque année si les objectifs ne sont pas atteints.
Lundi, Liberman a confirmé qu’il s’agissait d’une bataille symbolique sur le caractère du pays, et non d’une bataille sur l’état de préparation de Tsahal en cas de guerre.
« Il ne s’agit pas seulement du projet de loi. Le projet de loi est devenu un symbole. Et nous n’abandonnerons certainement pas nos symboles… mais regardez ce qui se passe ici », a-t-il dit, faisant référence aux demandes des partis Haredi au cours des derniers mois pour arrêter tout travail gouvernemental le samedi, jour du Shabbat.
« Je veux insister une autre fois : Nous sommes en faveur d’un État juif, nous sommes contre un État halachique« , a ajouté M. Liberman, utilisant le terme hébreu pour désigner la loi juive.
Depuis la réduction des effectifs en 2015, l’armée a adopté toute une série de nouvelles mesures et de nouveaux programmes pour compenser ses pertes d’effectifs, et la perspective d’une réduction supplémentaire en 2020 fait toujours l’objet de protestations dans les salles de la Kirya – ministère de la Défense et quartiers généraux de l’armée – et de la Knesset.
L’enrôlement de ces quelques centaines de recrues Haredi supplémentaires chaque année n’aura probablement pas d’effet significatif sur les pénuries d’effectifs militaires, et les responsables de Tsahal ne le présentent pas comme un changement potentiel, d’autant plus que les militaires ultra-orthodoxes exigent en moyenne plus d’investissements par soldat de la part de Tsahal en raison de la position socio-économique relativement faible de leur communauté.
Il y a, bien sûr, d’autres raisons d’encourager l’enrôlement des Haredi dans l’armée au-delà des simples effectifs.
Israël demeure l’un des rares pays au monde où la conscription est quasi générale, et l’armée israélienne est décrite comme une « armée de citoyens », qui est censée refléter la nature diverse de la société israélienne.
Il s’agit d’une « valeur suprême qui continuera à servir de base aux activités de Tsahal et à les diriger », a écrit le ministère de la Défense dans ses recommandations de l’année dernière.
L’armée peut également servir de tremplin économique et social important, en offrant des compétences humaines, des qualifications et des expériences qu’il serait autrement difficile ou coûteux d’acquérir – surtout pour une communauté relativement pauvre et économiquement peu performante comme les ultra-orthodoxes d’Israël.
Pour la communauté relativement fermée des Haredi, cependant, la perspective de la diversité de la population militaire est précisément sa préoccupation.
C’est aussi l’obstacle à la participation des ultra-orthodoxes au service national, en remplacement de l’enrôlement militaire. Pour beaucoup d’Israéliens Haredi, la participation à tout cadre laïc ou, du moins, non religieux, est intrinsèquement problématique, même si, dans la pratique, cela signifie rester dans leur communauté – aider les personnes âgées, travailler dans les écoles ou servir de personnel médical d’urgence.
Pour l’armée, la fin de la réduction proposée de deux mois de service en 2020 et un budget plus important – à la fois pour offrir aux soldats des postes de carrière dont ils ont grand besoin et pour externaliser les services basics sur les bases de Tsahal aux entreprises civiles au lieu de compter sur des soldats pour assurer ces tâches – sont beaucoup plus préoccupants que quelques centaines de soldats supplémentaires.
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