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Le commandant du Hamas éxécuté a peut-être été accusé d’homosexualité

Des rumeurs disent que Mahmud Eshtawi aurait collaboré avec Israël en échange du silence sur son secret sexuel, selon le New York Times

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam , la branche armée du Hamas, pendant un rassemblement anti-Israël à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 26 février 2016. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam , la branche armée du Hamas, pendant un rassemblement anti-Israël à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 26 février 2016. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Un important commandant du Hamas, qui a été publiquement dénoncé comme un espion israélien et exécuté, a également été reconnu coupable de vol et d’homosexualité, a rapporté mardi le New York Times.
 
L’exécution de Mahmud Eshtawi avait été annoncée le 7 février par le Hamas, des sources proches du dossier le présentant comme un haut fonctionnaire accusé d’espionnage pour Israël. Depuis lors, le groupe terroriste qui gouverne la bande de Gaza n’a pas fourni d’autres détails.

Les responsabilités d’Eshtawi comprenaient la supervision des tunnels qui avaient été précédemment utilisés pour stocker des armes et mener des attaques contre Israël. Il était responsable de quelque 1 000 combattants des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, et avait été auparavant un proche collaborateur de Mohammed Deif, le commandant du Hamas qui a souvent été la cible de tentatives israéliennes d’élimination.

Toutefois, selon le New York Times, Eshtawi, 34 ans, qui laisse derrière lui deux femmes et trois enfants, a également été accusé de turpitude morale, un euphémisme du Hamas pour évoquer l’homosexualité.

Sa famille affirme que les accusations portées contre lui ont été montées de toutes pièces par un commandant rival au sein des Brigades Ezzedine al-Qassam et qu’il a été torturé pour avouer des crimes qu’il n’avait jamais commis, ayant même taillé le mot arabe Zulum – faux – dans son corps en guise de protestation silencieuse.

https://twitter.com/arab_il/status/696347708118929408

Après avoir interrogé la mère d’Eshtawi et 11 de ses frères et sœurs, ainsi que d’autres personnes connaissant le cas, le journal a reconstitué les derniers mois de sa détention.

En janvier 2015, quatre mois seulement après la fin d’une guerre de 50 jours avec Israël, l’Opération Bordure protectrice, Eshtawi a été convoqué pour un interrogatoire par des agents des Brigades al-Qassam sur des soupçons qu’il avait détourné des fonds qui étaient destinés à son unité.

Eshtawi a rapidement reconnu avoir gardé l’argent, éveillant des soupçons qu’il couvrait quelque chose de plus important.

Une enquête plus poussée a trouvé un homme qui a affirmé avoir eu des relations sexuelles avec Eshtawi et qui a fourni les heures et les lieux spécifiques de leurs rendez-vous présumés. Les enquêteurs d’al-Qassam sont parvenus à la conclusion que Eshtawi avait utilisé l’argent pour payer l’homme pour ses rapports sexuels, ou pour acheter son silence. Une autre possibilité évoquée était que les services de renseignemnent israéliens connaissaient ses activités homosexuelles et qu’il leur a fourni des informations pour les empêcher de révéler son homosexualité dans une société qui est violement intolérante envers l’homosexualité.

Des rumeurs se sont répandues qu’Eshtawi avait révélé à l’armée israélienne l’emplacement de la cachette de Deif lors de l’opération Bordure protectrice, conduisant à une tentative manquée d’élimination ciblée par Israël, bien qu’il n’y ait pas de preuve pour corroborer cette hypothèse, lit-on dans l’article.

Le 15 février 2015, deux de ses frères et sœurs ont pu lui rendre visite dans sa cellule. Lors de la visite, sa sœur, Samia, lui a demandé si les rumeurs qu’ils entendaient sur lui étaient vraies et il hocha la tête. Lorsque Samia a accusé ses gardiens de le battre pour obtenir ses aveux, ils lui ont répondu qu’il avait avoué sans un seul coup. Mais, selon Samia, Eshtawi leva la main vers elle et il y avait écrit Zulum au stylo sur elle à trois reprises.

Dans une rencontre ultérieure avec des proches le 1er mars, Eshtawi a dit à son frère, Hussam, qu’il avait été torturé à plusieurs reprises. Six semaines plus tard, ses femmes ont réussi à faire sortir clandestinement une note manuscrite dans laquelle Eshtawi a affirmé qu’il a failli être tué au cours de séances de torture qui comprenaient le fait d’être suspendu au plafond pendant plusieurs heures d’affilée, jour après jour, fouetté, et privés de sommeil.

Lors d’une visite le 7 juin, Samia a dit que son frère a relevé sa jambe de pantalon pour montrer le mot Zulum gravé dans sa jambe avec un clou. Elle a également dit qu’il avait écrit deux pages dans lesquelles il accusait des commandants rivaux d’al-Qassam d’avoir monté son arrestation et sa détention. La famille a refusé de montrer la lettre au Times, mais a dit qu’ils l’avaient montrée le 15 juin au chef du Hamas à Gaza, Ismail Haniyeh, pour lui demander d’intervenir.

Le 2 juillet la famille a manifesté devant le domicile de Haniyeh, mais que les forces de sécurité de Haniyeh les ont violemment dispersés. Ils l’ont vu en vie pour la dernière fois le 10 août.

Une semaine après son exécution l’organisation Human Rights Watch a publié un rapport appelant les autorités du Hamas à enquêter sur la torture d’Eshtawi, qui selon elle était connue de hauts responsables au sein de l’organisation.

Des exécutions ont déjà été menées dans la bande de Gaza, y compris sur des places publiques dans le territoire palestinien, mais il semble que c’était la première fois que les Brigades al-Qassam aient condamné l’un de ses membres par une cour martiale et l’ait exécuté.

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