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Le Hamas réprime la contestation à Gaza, mais jusqu’à quand ?

Des centaines de Palestiniens, qui disent que leur motivation première est économique, pas politique, se sont rassemblés pour protester contre le coût de la vie et les taxes

Capture d’écran d'une vidéo diffusée par la chaîne publique Kan d’une manifestation dans la bande de Gaza contre le coût de la vie, le 15 mars 2019. (Capture d’écran : Twitter)
Capture d’écran d'une vidéo diffusée par la chaîne publique Kan d’une manifestation dans la bande de Gaza contre le coût de la vie, le 15 mars 2019. (Capture d’écran : Twitter)

Le mouvement islamiste terroriste palestinien a durement réprimé les protestations contre sa gestion des affaires dans la bande de Gaza.

Pendant quelques jours la semaine dernière, des centaines de Palestiniens se sont rassemblés à différents points de l’enclave palestinienne pour protester contre le coût de la vie et les taxes, mais aussi exprimer leur irritation contre le Hamas, au pouvoir dans cet étroit territoire coincé entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée.

Le Hamas a sévèrement réprimé cette rare expression de défiance contre son pouvoir. Ses forces ont frappé et arrêté des centaines de personnes, selon les organisations de défense des droits humains.

La contestation est retombée au moins temporairement, mais les organisateurs ont promis de la poursuivre.

L’envoyé de l’ONU pour le Proche-Orient, Nickolay Mladenov, a condamné une « campagne d’arrestations et de violence », soulignant que les Gazaouis ne faisaient que protester « contre la désastreuse situation économique ».

Un habitant de Gaza sur deux vit sous le seuil de pauvreté, le chômage affecte 53 % de la population, 70% chez les jeunes, selon la Banque mondiale. Plus des deux tiers des deux millions de Gazaouis s’entassant sur le territoire exigu confronté aux pénuries d’eau et d’électricité dépendent de l’aide étrangère.

Ces derniers mois, les mesures de rétorsion de l’Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie et à couteaux tirés avec le Hamas, et les coupes dans les aides américaines ont amplifié les effets des restrictions israéliennes imposés depuis plus de 10 ans à Gaza (pour des raisons évidentes de sécurité) et sous lequel étouffe l’économie locale, dit la Banque mondiale.

En difficulté financière, le Hamas a augmenté les taxes sur les cigarettes et autres produits importés. Le prix des tomates a triplé.

Economique, pas politique

Plus de 1 000 Palestiniens ont été interpellés ou interrogés durant la répression, dit la Commission indépendante pour les droits humains, organisation créée par l’Autorité palestinienne rivale du Hamas.

Ossama Kahout, journaliste, a raconté qu’il diffusait en direct sur Facebook des images d’une manifestation en bas de chez lui à Deir al-Balah quand un groupe d’hommes a surgi et l’a frappé pendant une dizaine de minutes, lui couvrant le dos d’hématomes.

Lundi, un responsable du Fatah, mouvement concurrent du Hamas, a été battu près de chez lui. Le Fatah, qui soutient la protestation, a accusé le Hamas de l’agression. Celui-ci a nié et promis d’enquêter.

Les manifestants disent que leur motivation première est économique, pas politique.

La contestation a été suivie avec la plus grande attention en Israël où des responsables ont répercuté des images des réseaux sociaux illustrant le caractère autoritaire du régime du Hamas et la justesse du combat israélien contre le mouvement.

Le Hamas dénonce l’action d’agitateurs extérieurs.

Les autorités « n’ont rien contre les manifestations autour des difficultés dues au blocus » israélien, affirme le porte-parole du ministère de l’Intérieur du Hamas, Iyad al-Bozoum.

« Mais nous ne laisserons personne les exploiter pour semer le chaos », ajoute-t-il. Il n’a pas répondu aux questions de l’AFP sur le recours à la force.

Hind Khoudary, chercheuse pour Amnesty International, a été convoquée par les services du Hamas pour un interrogatoire censé prendre cinq minutes. En fait, elle a été interrogée en profondeur sur ses publications sur Facebook à propos des manifestations.

Anniversaire à risques

Mme Khoudary dit avoir entendu des gens crier dans les pièces voisines sous l’effet de ce qui semblait être des coups.

Elle affirme avoir été « maltraitée psychologiquement » pendant des heures avant d’être relâchée, à condition d’effacer ses publications. « Ces trois heures ont été parmi les pires de ma vie ».

« J’ai effacé les publications sur Facebook parce que je ne veux plus retourner dans cet endroit, je ne veux pas leur donner le prétexte de m’humilier une autre fois », dit-elle.

Singulièrement, Hind Khoudary avait documenté ces derniers mois les agissements de ceux que le Hamas désigne comme responsables des maux gazaouis : les Israéliens.

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