Le Labour adopte une motion visant à interdire les ventes d’armes à Israël
Les militants ont agité des drapeaux palestiniens et scandé "Palestine libre" lors d’une conférence du parti, alors que celui-ci est accusé d’antisémitisme

Le principal parti d’opposition britannique, le Labour – le Parti travailliste –, a adopté mardi une motion critiquant fortement Israël et annonçant mettre un terme à toutes les ventes d’armes du Royaume-Uni à l’État juif s’il parvenait au pouvoir.
Un élu important a par ailleurs averti que le parti devait éliminer l’antisémitisme de ses rangs suite à plusieurs scandales.
Les participants à la conférence du parti à Liverpool ont voté contre l’usage de la force israélienne lors des manifestations violentes et des émeutes à la frontière de Gaza, en faveur du financement de l’agence des Nations unies pour les Palestiniens par le Royaume-Uni et en faveur d’un blocage des ventes d’armes britanniques à Israël.
Le vote a eu lieu après un débat houleux lors duquel des drapeaux palestiniens ont été brandis dans la salle des congrès et des participants ont scandé « Palestine libre ».
Emily Thornberry, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a averti que le parti devait expulser « les individus écœurants en marge de notre mouvement, qui utilisent notre soutien légitime à la Palestine comme couverture de leur haine ignoble du peuple juif et de leur désir de voir Israël détruit. »
« Ces personnes représentent tout ce contre quoi nous nous sommes toujours opposés et ils doivent être expulsés de notre parti », a déclaré Thornberry.
La motion contre Israël a été proposée par le délégué Colin Monehen, qui a déclaré dans son discours : « Je veux que nous disions cela à tous les Palestiniens : nous vous avons entendu crier au secours depuis l’obscurité et nous ne pourrons pas vous ignorer, ni votre tragédie. »
Monehen, ardent supporter pro-palestinien du leader du parti Jeremy Corbyn, a déclaré que les Palestiniens ne pouvaient pas être « laissés seuls dans l’obscurité » et a ajouté que leur histoire « devait être racontée », a rapporté Jewish News.
Il a critiqué la récente décision du président américain Donald Trump de ne plus financer l’UNRWA, l’organe de l’ONU qui soutient les réfugiés palestiniens et leurs descendants, suite aux accusations israéliennes de longue date selon lesquelles l’agence perpétuait le statut de réfugié.
« Je veux que nous envoyions un message à M. Trump pour lui dire que la réduction du financement de l’UNRWA, l’agence humanitaire créée par l’ONU pour venir en aide à ces personnes exilées, nées sans abri, nées apatrides, dans des camps de réfugiés, ne les écrasera pas. Cela ne diminuera pas leur détermination à rentrer chez eux », a déclaré Monehen.
S’expliquant sur les raisons de ses réductions de financement, les États-Unis ont qualifié l’UNRWA d’organisation « imparfaite » et argué qu’elle perpétuait les souffrances des Palestiniens en reconnaissant comme réfugiés les descendants d’individus qui avaient fui leurs foyers durant la guerre d’Indépendance de 1947-1949.
Israël accuse également l’UNRWA de perpétuer le récit palestinien en accordant, de façon unique, le statut de réfugié aux descendants de réfugiés, même lorsqu’ils sont nés dans d’autres pays et y ont la citoyenneté – un critère non appliqué pour les autres réfugiés à travers le monde pris en charge par l’organisme principal pour les réfugiés, l’UNHCR. La population de réfugiés palestiniens augmente donc chaque année.
Dimanche, Corbyn a insisté sur le fait qu’il n’était pas antisémite, mais a refusé de s’excuser pour une série d’incidents l’impliquant lui et d’autres membres du parti, qui ont été accusés d’antisémitisme et de sentiment anti-israélien.
Dans une interview accordée à Andrew Marr, animateur de la BBC, en prévision de la conférence annuelle du parti, Corbyn a défendu sa propre ligne de conduite et ses agissements dans certains scandales qui ont secoué le parti d’opposition ces derniers mois.
Quand Marr lui a demandé s’il souhaitait « exprimer des remords personnels » sur la crise actuelle, Corbyn a répondu : « Je dirai simplement ceci : je suis un anti-raciste et je mourrai anti-raciste. L’antisémitisme est un fléau dans toute société. Je m’y suis opposé toute ma vie et je continuerai à m’y opposer toute ma vie. »
Corbyn a insisté auprès de Marr sur le fait qu’il n’était « absolument » pas antisémite, tout en défendant l’une de ses précédentes remarques – selon laquelle les sionistes britanniques ne comprenaient pas l’ironie –, sa présence à une cérémonie pour les terroristes palestiniens et sa réticence à adopter la définition d’antisémitisme de l’IHRA.
Alors que des allégations d’antisémitisme pèsent sur Corbyn depuis qu’il est devenu le dirigeant du parti il y a trois ans, la polémique a pris de l’ampleur depuis mars.
Cette polémique au sujet de l’antisémitisme au sein du Parti travailliste a provoqué un schisme majeur dans ses rangs, conduisant certains Juifs britanniques à faire part de leurs craintes quant à leur avenir dans le pays.
Selon un récent sondage réalisé pour The Jewish Chronicle, près de 40 % des Juifs britanniques envisageraient sérieusement d’émigrer si Corbyn devenait Premier ministre.
JTA a contribué à cet article.
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