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Le tour de force de l’Egypte contre l’hépatite C

Depuis 2006, l’Égypte mène des enquêtes sur la propagation de l'épidémie et négocie des bas prix pour importer des médicaments

Cellules cancéreuses. Illustration. (Crédit : Pixabay)
Cellules cancéreuses. Illustration. (Crédit : Pixabay)

Comme plus d’un million d’Égyptiens, Ahmed Nada a souffert de l’hépatite C, avant de trouver le chemin de la guérison dans un pays devenu destination mondiale pour des patients en quête de traitement.

Le jeune homme de 31 ans a contracté la maladie par accident lorsqu’il a voulu donner son sang.

Auparavant, une contamination par l’hépatite C, même diagnostiquée, aurait été à peine prise en charge, voire non traitée. Mais un nouveau médicament bon marché produit en Egypte depuis 2015 et un programme gouvernemental destiné à éradiquer le virus a permis à M. Nada d’être soigné facilement.

« Au début, j’étais très en colère », se souvient M. Nada, parlant du moment où il a appris qu’il était atteint de l’hépatite C.

Il s’est inscrit sur un site gouvernemental dédié aux patients souffrant de cette maladie, puis a été dirigé vers le centre de soin le plus proche.

Aujourd’hui guéri comme 1,3 million d’Égyptiens, M. Nada raconte que l’ensemble du processus a été simple « dès le moment de l’inscription ».

Prix très attractif

L’Égypte a longtemps abrité le niveau de prévalence de l’hépatite C le plus élevé au monde, une épidémie déclenchée dans les années 1950 à cause d’un programme national de vaccinations massives avec des seringues non stérilisées.

Environ 20 % des malades atteints par ce virus transmissible par le sang, qui peut conduire à un cancer du foie et une cirrhose, se rétablissent sans avoir besoin de traitement, mais les autres peuvent rester infectés plus de 30 ans sans symptôme.

« Quasiment toutes les familles égyptiennes sont touchées », assure Henk Bekedam, responsable à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans un rapport de 2014 consacré à cette maladie qui a provoqué la mort de 40 000 Égyptiens par an.

Depuis 2006, l’Égypte mène des enquêtes sur la propagation de l’épidémie et négocie des bas prix pour importer des médicaments.

Première avancée : l’entreprise pharmaceutique américaine Gilead a développé le Sovaldi, un médicament approuvé par la FDA, l’Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments en 2013.

L’Egypte a réussi à négocier une réduction du prix de ce traitement onéreux, estimé à 84 000 dollars, ou 1 000 dollars pour un comprimé.

Le Comité national pour le contrôle de l’hépatite virale a ensuite mis en place un site internet pour l’enregistrement des patients qui a connu un succès immédiat.

« Le premier jour, nous avions 100 000 patients (…) et la semaine suivante 50 000 par jour », indique Manal Hamdy el-Sayed, membre fondateur du comité.

Un nouveau cap a été franchi lorsque l’Egypte a lancé en 2015 la production de ce médicament sur son propre sol, réduisant encore le prix du traitement à 1 485 livres (environ 70 euros), rapporte le directeur exécutif du comité Kadry al-Saïd.

Patients étrangers

De son côté, une société égyptienne, Tour N’Cure, a profité du bas prix du traitement pour attirer les patients venant de pays où le médicament reste inabordable.

Pour 7 000 dollars (environ 5 900 euros), elle offre le vol, un séjour d’une semaine, des tests sanguins et un traitement, et même cinq jours consacrés au tourisme en Egypte.

Cette société affirme que cette somme représente 8 % environ du prix du traitement seul appliqué ailleurs, comme aux Etats-Unis.

Les patients repartent chez eux avec un suivi médical et le reste des médicaments en poche.

« Nous soignons des patients originaires de presque tous les pays », assure Mostafa el-Sayed, directeur général de Tour N’ Cure, propriété de la compagnie pharmaceutique égyptienne Prime Pharma.

« Le traitement a fonctionné dès les cinq premiers jours », se réjouit Mirel Dâmboiu, un Roumain de 59 ans, venu en Egypte sur les conseils de sa famille.

M. Dâmboiu réalisera un dernier cycle de traitement en septembre, avant une batterie de tests.

Avec ce nouveau traitement, « nous n’avons plus peur » de l’hépatite C, explique M. Sayed, qui dit cependant s’inquiéter d’une chose : le fait que « des malades n’ont pas conscience d’être infectés ».

Selon M. Saïd, le gouvernement est en effet à la recherche de trois millions d’Égyptiens qui seraient porteurs du virus sans le savoir.

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