Les appels à l’aide au cœur d’une expo à l’hôpital historique de Jérusalem
Événement célébrant chaque année l'art contemporain dans la capitale, le festival Manofim a démarré le 29 octobre avec l'inauguration de l'exposition "Infirmière, infirmière"
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Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Pénétrer à Birkur Sholim, c’est expérimenter une sorte de déformation du temps. Et c’est cet hôpital historique qui accueillera cette année l’exposition placée au cœur du festival d’art contemporain Manofim de Jérusalem, qui a commencé mardi.
Et c’est bien là l’idée.
Pour sa septième édition, le festival, imaginé et organisé par les artistes locaux He Shulov et Rinat Edelstein, continue sur sa lancée en investissant un site de la ville hors des sentiers battus – des garages de voiture au musée archéologique Rockfeller relativement peu fréquenté, les années précédentes, au choix de Bikur Cholim en 2019 – cet hôpital du centre-ville qui existe depuis le début du 19e siècle.
L’exposition « Nurse, Nurse » [Infirmière, infirmière] a été installée dans tout le rez-de-chaussée de l’un des bâtiments de l’établissement – sur les murs, les fauteuils et dans les bureaux des médecins, et même dans une unité néo-natale inutilisée.
« Nous tentons de trouver des sites spécifiques – ce qui nous amène dans des lieux inhabituels », explique He Shulov.
L’hôpital, qui a ouvert ses portes au milieu du 19e siècle et qui se trouve dorénavant à l’angle des rues Strauss et Haneviim, a été une structure publique importante pendant des décennies, et souvent l’établissement le plus proche pour y emmener les victimes durant les périodes de guerre et après les attaques dans la ville.
Lorsque l’hôpital était au bord de la faillite, au début des années 2000, il a été secouru par le magnat russe Arkadi Gaydamak qui l’a alors revendu à une firme de développement immobilier. Le complexe est actuellement loué au centre médical Shaare Zedek, et tandis que le principal bâtiment, l’édifice historique, a été déserté, en proie au délabrement, un autre accueille une maternité et une unité néo-natale de soins intensifs.
Bikur Cholim est encore un site populaire pour les naissances et en enregistre encore 6 000 par an, explique He Shulov, qui est elle-même née là-bas. Mais la structure historique sera finalement transformée en entreprise immobilière, regrette-t-elle.
C’est cette histoire qui a inspiré l’exposition « Nurse, Nurse » qui se penche sur les appels à l’aide, qu’ils soient médicaux, financiers ou personnels.
L’exposition commence dès l’entrée, où des vœux de bonne santé enregistrés par l’artiste Michal Helman accueillent les visiteurs en les invitant à pénétrer dans le « kishkes » – ou intérieur – de l’hôpital, explique He Shulov.
L’exposition est installée dans tout le rez-de-chaussée où les amateurs d’art contemporains côtoieront les malades durant les deux mois de présentation des œuvres d’art (l’exposition se terminera le 27 décembre).
Parmi les œuvres présentées, des vidéos, le long des murs, réalisées par Aya Ben Ron et Karam Natour, une exposition photo créée par Yuri Kuper à partir de la collection d’archives de Yad Ben Zvi et des installations artistiques réparties dans les couloirs.
L’artiste Ran Slapak a créé un matelas en céramique qui a été placé nonchalamment contre un mur, avec une légère impression sur sa longueur représentant les nombreux patients qui ont occupé les chambres de l’hôpital.
« Cette œuvre capture tous ceux qui ont dormi sur ces matelas et tous leurs germes », décrit He Shulov. « Elle fait également référence à toutes ces histoires d’individus ayant dormi sur des brancards dans les couloirs de l’hôpital » quand ce dernier se trouvait surpeuplé.
Il y a des œuvres de Gideon Gechtman, décédé en 2008 et connu pour son art dialoguant avec la mort. Parmi celles présentes dans l’exposition, des installations qui amènent à réfléchir sur la vie de l’hôpital ainsi que des travaux sur Yotam, son fils, décédé d’une maladie chronique alors qu’il était âgé d’une vingtaine d’années.
Du côté de l’artiste Nelly Agassi, des dessins architecturaux animés qui finissent par beaucoup ressembler aux organes de reproduction féminins – placés sur quatre écrans vidéos, fonctionnant au ralenti. Les vidéos de Moran Lee Yakir montrent, pour leur part, une effluve captivante de crème Kamil Blue, bleu ciel, s’écoulant le long de deux bras joints – prenant l’apparence d’un bassin bleu.
Dans le bureau d’un médecin, l’artiste Andi Arnovitz a installé des boîtes légères présentant des taches de couleur bleue, rouge et pourpre – pour déceler de la beauté dans des cellules cancéreuses.
Vers la fin de l’exposition, les visiteurs pénètrent dans l’ancienne unité néo-natale, où des vidéos évoquant des caissons de décompression, le rituel du lait maternel répandu (par Hadassa Goldvicht) et un incubateur massif remplissent l’espace.
Il y aura des visites guidées de l’exposition en compagnie de Nir Ortal jusqu’à sa fermeture et, le 29 octobre, une représentation de « Secours », par les artistes de Public Movement, un spectacle consacré à l’action politique en mouvement et conçu à partir d’une étude de recherches sur les équipes de secours d’urgence en Israël et à l’étranger.
Parmi les autres événements prévus lors du festival Manofim, des sessions intimistes et individuelles au Studio Art Cube Artists (les rendez-vous sont à prendre sur le site du Manofim), des représentations uniques, des ateliers pour les enfants, une conférence à l’institut Van Leer, l’espace de projection expérimental du cinéma Balash à la cinémathèque et des visites organisées dans la ville.
Les expositions sont à découvrir à Bikur Cholim, Beita, HaMiffal, HaCubia, Agripas 12, à la terrasse de Muslala, et autres galeries de Jérusalem. Le festival Manofim s’achèvera le 2 novembre.
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