Les chauves-souris frugivores, capables de transformer du son en images
Grâce à des chercheurs de l'Université de Tel Aviv, on en sait plus sur la façon dont les chauves-souris, et peut-être d'autres mammifères, intègrent certaines informations
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
Des chercheurs de l’Université de Tel Aviv ont découvert que les chauves-souris frugivores, ou roussettes, sont capables de traduire, dans une certaine mesure, des informations sonores — tirées des ondes sonores produites par des objets — en formes en 3D, et donc en mesure de reconnaître visuellement des objets qu’ils ont d’abord perçus de façon acoustique.
L’étude permet ainsi d’en savoir plus sur la façon dont ces mammifères et peut-être d’autres, dont les humains, intègrent les informations sensorielles qu’ils perçoivent par l’ouïe, le goût, la vue ou l’odeur.
Les chercheurs ont étudié trois aspects de cette intégration multi-sensorielle des informations chez les chauves-souris frugivores d’Égypte, selon un article publié mercredi dans la revue Science Advances.
Elles n’utilisent que la vue pour découvrir la forme tri-dimensionnelle d’un objet et sont capables, lors du vol, de « basculer dynamiquement » entre les sens ; les chercheurs ont indiqué qu’elles s’appuyaient davantage sur la vision pour prendre des décisions où voler, alors que l’écholocation était privilégiée à l’approche d’un obstacle.
« La façon dont les animaux — y compris les humains — intègrent les informations obtenues grâce aux différents sens est une question majeure qui déconcerte les scientifiques », a indiqué le Prof. Yossi Yovel de la Faculté de Sciences de la vie George S. Wise, qui a dirigé l’étude. « Imaginez, par exemple, que vous voyez une voiture arriver de la droite, mais vous en entendez une autre venir de la gauche. Comment votre cerveau va-t-il traiter cette information ? »
« C’est une question ouverte fondamentale dans la perception sensorielle » et l’intégration des diverses informations chez les mammifères et les chauves-souris, nous a-t-il expliqué par téléphone. Cette étude permet d’en savoir plus, a-t-il ajouté.
L’étude montre que chez les chauves-souris, « les modalités sensorielles sont intégrées » et « parfois la vue est plus importante, parfois c’est l’écholocation, et à d’autres fois cela change lors de la réalisation de la tâche », a-t-il indiqué
Les chauves-souris ont recours à l’écholocation, en d’autres termes, elles émettent des ondes sonores avec la bouche et le nez pour naviguer dans les airs. Lorsque l’onde sonore touche un objet, elle produit un écho qui parvient aux oreilles de l’animal.
Elles sont également des créatures nocturnes et sont habituées à l’obscurité totale. Elles utilisent leur ouïe hypersensible pour se nourrir, repousser des proies et s’accoupler.
« Contrairement à la croyance populaire, les chauves-souris sont capables de voir, et certaines utilisent autant leurs yeux que l’écholocation », a fait savoir Sasha Danilovich, qui a mené l’étude, dans un communiqué. « Mais on ne sait pas bien comment elles intègrent la vue et l’écholocation. Nos découvertes nous éclairent sur la façon dont les chauves-souris frugivores opèrent dans l’obscurité ».
Lors de leur expérience de plusieurs mois, les scientifiques ont laissé leurs sujets voler entre des objets dans le noir, ne se servant que de l’écholocation. Ils ont ensuite allumé la lumière et placé les objets dans des récipients en plastiques. Cela neutralisait la capacité de ces mammifères à se servir de l’écho renvoyé par les objets.
« Nous avons découvert que les chauves-souris étaient en mesure de reconnaître quand même les objets », a expliqué le Prof. Yovel.
« Êtes-vous capable de sentir quelque chose et de savoir quelle forme ça
a ? » Peu de chances, sauf si vous y êtes familier, » a-t-il indiqué.
« Nous avons montré que les chauves-souris pouvaient transformer les échos produits par certains objets en représentations visuelles. Nous espérons maintenant que nous pourrons exploiter ce paradigme pour examiner si les chauves-souris peuvent se créer une représentation du monde en 3D rien qu’à l’aide de ces échos ».
« Les chauves-souris sont des modèles utiles pour étudier cela et d’autres phénomènes liés du fait de leur double utilisation de deux systèmes sensoriels éloignés : la vue et l’écholocation », a conclu le chercheur.
la Communauté du Times of Israël !
