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Les Juifs progressistes américains réclament la fin du règne de Netanyahu

Un autre Premier ministre pourrait permettre de combler le fossé avec les démocrates et la communauté juive américaine, estiment des responsables

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une réunion du Likud à Jérusalem, le 18 septembre 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une réunion du Likud à Jérusalem, le 18 septembre 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

WASHINGTON — Alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu se bat pour sa survie mercredi, après un scrutin serré qui ne lui a pas permis d’atteindre la majorité à la Knesset, les Juifs progressistes américains se sont réjouis à l’idée de voir le règne du « roi Bibi » prendre fin.

Après 10 ans de gouvernement Netanyahu, qui a vu une détérioration considérable des liens entre Jérusalem et le Parti démocrate, les militants et leaders juifs progressistes ont fait part de leur espoir qu’un nouveau Premier ministre israélien vienne réparer les dégâts.

« Pour de nombreux Juifs américains progressistes, Benjamin Netanyahu est devenu synonyme de politiques réactionnaires et de comportement politique contestable », a confié Ori Nir, le responsable de la communication chez La Paix maintenant États-Unis, au Times of Israel.

« Avoir quelqu’un en charge, qui représente des valeurs et un style différents — même de façon temporaire, dans le cadre d’un accord de rotation – pourrait rebâtir chez les Juifs américains la confiance et les affinités mises à mal par Netanyahu au cours de la dernière décennie ».

D’après le dernier décompte des voix jeudi matin, soit 96,5 % des suffrages, Kakhol lavan obtiendrait 33 sièges, contre 31 pour le Likud.

Le bloc dirigé par le Likud comprenant le Shas, Yahadout HaTorah et Yamina, serait constitué de 55 sièges, soit à six de la majorité à la Knesset, plaçant Netanyahu dans une position la plus vulnérable qui soit depuis plusieurs années.

Le président américain Donald Trump l’a implicitement reconnu mercredi.

Le président américain Donald Trump parle à la presse avant d’embarquer sur Air Force One à l’aéroport municipal de Morristown, dans le New Jersey, le 15 août 2019 (Crédit : Nicholas Kamm / AFP)

Lorsqu’on lui a demandé s’il s’était entretenu avec le Premier ministre israélien depuis l’élection, il a répondu aux journalistes « Non. Les résultats ne sont pas encore complets, c’est très serré. Tout le monde savait que ce serait le cas. Nous verrons bien. Notre relation est avec Israël. Nous verrons ce qui se produit ».

Un officiel de la Maison Blanche a refusé de commenter si l’issue du scrutin et la coalition mise en place retarderaient la publication du plan de paix de l’administration.

Netanyahu avait fait de sa proximité avec Donald Trump un argument central de sa campagne de réélection, érigeant d’immenses affiches dans tout le pays le montrant en compagnie du président américain et d’autres dirigeants internationaux. Il a régulièrement dénigré la capacité de ses rivaux à faire aussi bien que lui sur le plan diplomatique.

Mais l’alliance entre les deux dirigeants a distancié Benjamin Netanyahu de nombreux Juifs, qui sont très majoritairement de gauche. Tout récemment, il a déclenché la colère des démocrates en capitulant aux demandes de Trump d’interdire à deux élues démocrates du Congrès d’entrer en Israël.

Un grand panneau d’affichage représentant le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans le cadre de la campagne électorale du Likud, au siège du Likud à Tel Aviv, le 4 septembre 2019. (Miriam Alster/Flash90)

Un nouveau Premier ministre, cependant, pourrait faire suivre une autre direction au pays et contribuer à la restauration du soutien bipartite pour Israël au Congrès, a confié un employé juif du Parti démocrate au Times of Israel.

« Toute issue qui réduirait le pouvoir de Bibi améliorera les relations entre Jérusalem et les responsables démocrates au Congrès », a confirmé Aaron Keyak, un ancien président du Conseil national démocrate juif.

« Ce n’est un secret pour personne que le Premier ministre Netanyahu s’est investi à fond dans son alliance avec le président Trump, et tout ce qui pourrait s’en écarter ou amoindrir cet état de fait, n’améliorera pas seulement les relations entre les Israéliens et les dirigeants démocrates, mais également la relation d’Israël avec la communauté juive américaine ».

Netanyahu ne s’est pas mis les responsables du judaïsme réformé et conservateur dans la poche, notamment après son revirement au sujet de l’espace de prière mixte et pluraliste au mur Occidental de Jérusalem.

Debra Newman Kamin, présidente de l’Assemblée rabbinique, une organisation internationale de rabbins conservateurs, a ainsi indiqué espérer qu’il ne resterait pas en poste.

Les membres du groupe de prière des Femmes du mur prient alors que des milliers d’ultra-orthodoxes manifestent contre elles au mur occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 8 mars 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Personnellement, j’en serais ravie », a-t-elle fait savoir au Times of Israel. « Je comprends qu’il soit considéré par beaucoup d’Israéliens comme ‘Monsieur Sécurité’, mais il n’a pas été un ami des mouvements réformé et conservateur en Israël. Il n’a rien fait pour promouvoir le pluralisme religieux. Il l’a même faite reculer en voulant plaire à sa coalition ».

Le dirigeant de Kakhol lavan, Benny Gantz, a promis de son côté d’honorer l’accord concernant le mur Occidental en cas de victoire.

Aaron Keyak estime qu’un nouveau gouvernement pourrait forger de meilleures relations avec les démocrates et les Juifs américains progressistes s’il en faisait également plus en faveur de la paix et évitait de faire d’Israël une cause uniquement républicaine.

« Ce n’est pas juste une question de personne, il s’agit de politique », selon lui. « J’ai besoin de croire qu’un accord de partage du pouvoir ou un Premier ministre de centre-gauche conduira des politiques qui soient plus conformes aux valeurs juives américaines. Je pense que les plus grands points de tension de la communauté juive américaine avec Bibi auraient été moindres ou absentes sous la direction d’un dirigeant comme Benny Gantz ».

Le président du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, au siège du parti le soir des élections à Tel Aviv, dans les premières heures du 18 septembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

D’après Aaron Keyak, cela inclut les personnes que le Premier ministre désignera aux postes diplomatiques sensibles. « Cela commence au sommet, mais inclut également ceux qu’il choisira pour représenter son gouvernement », considère-t-il. « Ce n’est pas seulement une question d’individu, cela concerne tous les rangs de responsabilité ».

Bien que ce proche du Congrès n’ait pas mentionné nommément l’ambassadeur israélien aux États-Unis, Ron Dermer, les démocrates lui reprochent d’avoir politisé Israël à Washington. Ancien employé du Parti républicain, Ron Dermer avait négocié en coulisses la tenue d’un discours de Benjamin Netanyahu au Congrès en 2015 sous l’ère Obama et défend ouvertement Donald Trump.

Kamin, pour sa part, clame que le non-soutien de Benjamin Netanyahu à la solution à deux États — et son virage à droite toute — nuisait à l’image d’Israël.

« Je pense qu’il représente mal Israël à l’étranger », regrette-t-elle. « Si le règne de Bibi prend fin, je pense que cela permettra aux gens de commencer à voir Israël différemment ».

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