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Les réparations de guerre, l’autre contentieux entre l’Allemagne et la Grèce

Le montant de la facture héritée de la Seconde guerre mondiale s'élève à 162 MDS d'euros

Alexis Tsipras, vainqueur des élections grecques le 25 janvier 2015 (Crédit : LOUISA GOULIAMAKI / AFP)
Alexis Tsipras, vainqueur des élections grecques le 25 janvier 2015 (Crédit : LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

L’Allemagne doit-elle des réparations de guerre à la Grèce ? Le nouveau Premier ministre grec Alexis Tsipras a promis de s’attaquer à ce contentieux, en rappelant aux Allemands qu’ils n’ont jamais dédommagé la Grèce mise à feu et à sang par les nazis, et menacée aujourd’hui d’asphyxie financière.

De Berlin, la réponse fuse sèchement : « Nein », l’Allemagne, super-puissance économique de l’Europe, ne doit pas un centime à la Grèce, qui croule sous une dette de plus de 300 milliards d’euros.

Le porte-parole du ministère allemand des Finances l’a assuré mi-janvier : « Près de 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, la question des réparations a perdu sa légitimité ».

Mais à Athènes on estime que le montant de la facture héritée de la Seconde guerre mondiale s’élève à 162 milliards d’euros, soit la moitié de l’abyssale dette grecque.

La gauche radicale Syriza et son allié gouvernemental, l’éruptif nationaliste Panos Kammenos, veulent rouvrir le dossier. Sa portée est hautement symbolique car il renvoie l’Allemagne, qui cultive volontiers son image de première de la classe en Europe, à la page la plus sombre de son histoire.

A peine nommé Premier ministre, Alexis Tsipras est allé déposer un bouquet de roses rouges au mémorial des fusillés de Kesariani, près d’Athènes, haut-lieu de la gauche grecque, où 200 communistes ont été exécutés par les nazis en 1944.

Lors de son premier déplacement en Allemagne, le ministre des Finances Yanis Varoufakis a juré que ce n’était « pas un signal en direction de l’Allemagne », mais « contre les nazis » d’Aube dorée, troisième force politique à l’issue du scrutin du 25 janvier.

Durant sa campagne électorale, Alexis Tsipras a assuré qu’il ferait valoir ce « droit inassouvi » à des compensations pour « un peuple qui a saigné et payé cher la brutalité du nazisme ».

A partir de 1941, l’occupation nazie de la Grèce a été parmi les plus sanglantes en Europe. Face à un peuple qui résiste farouchement, les troupes d’Hitler incendient, pillent, fusillent.

Faire barrage aux communistes

Les nazis saignent la Grèce à blanc. Le IIIe Reich impose ainsi un prêt forcé de 476 millions de Reichsmarks à la Banque centrale de Grèce. Il n’a jamais été remboursé. Dans un rapport de 2012, la chambre des députés, le Bundestag, l’a chiffré à 8,25 mds de dollars. En Grèce, il est évalué à 11 mds EUR, selon un rapport confidentiel remis au ministère des Finances et révélé en janvier par le journal To Vima.

Au lendemain de la capitulation allemande, les Américains ont pour priorité de faire barrage aux communistes. Les Grecs, en pleine guerre civile et qui bénéficient du plan Marshall, sont priés d’oublier leurs revendications jusqu’à la signature d’un traité de paix.

L’Allemagne se reconstruit et ne paie quasiment rien à ses anciens ennemis. « Cela a évidemment contribué massivement au miracle économique allemand » d’après-guerre, relève une note d’analyse de Rabobank.

« L’Allemagne a été le plus mauvais payeur de dettes du XXe siècle », assure le professeur d’histoire économique Albrecht Ritschl dans un entretien-choc accordé au Spiegel en 2011.

En 1990, peu avant la Réunification, les deux Allemagne signent le traité 2+4 avec les Alliés. Aucune mention « traité de paix » n’est faite. La Grèce l’approuve. Pour Berlin, cela clôt de facto le chapitre des réparations.

Depuis des décennies, l’icône de la résistance anti-nazie Manolis Glezos veut présenter l’ardoise à Berlin. La question des réparations « revêt aussi une dimension politique et morale », avance le nonagénaire qui, à 18 ans, est allé décrocher le drapeau nazi flottant au sommet de l’Acropole.

Au printemps dernier, le président grec, Carolos Papoulias, lui aussi ancien résistant, a profité d’une visite de son homologue allemand, Joachim Gauck, pour demander l’ouverture rapide de négociations sur cet épineux contentieux.

« Vous savez que je ne peux vous faire d’autre réponse que vous dire que la voie légale est fermée », lui a répondu courtoisement Gauck, avant de demander pardon aux Grecs, au nom de l’Allemagne, pour les exactions commises par les troupes d’Hitler. Une première près de 70 ans après la fin de la barbarie nazie.

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